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LES ORIGINES DE L’EGLISE ST JACQUES A LIEGE.

Conférence à la Société d’Art et d’Histoire

par Mr le Doyen Schoolmesters

I

Les origines de l’église de Saint-Jacques remontent au début du XIe siècle. L'an mil venait de sonner. Liège n'avait pas connu ces vaines terreurs dont, l'imagination s'est plue à entourer cette date fatale; elle n'avait pas attendu que cette échéance fut passée pour s'adonner avec ardeur à la culture des arts et des lettres. Depuis trente ans, on avait mis la main à l'œuvre, les églises et les monastères sortaient de terre et produisaient partout une germination admirable de piété et de science; un évêque italien initiait les Liégeois à la peinture, et les émailleurs venus de l'Orient avec la princesse Théophanie leur apprenaient les secrets de cet art magique.

La principauté s'organisait et se fortifiait, en même temps qu'elle étendait ses frontières; la ville enserrée par le fleuve d’une part et les collines boisées de l'autre se trouvait à l'étroit dans son ancienne enceinte; déjà elle avait envahi le Publémont, et les églises de Sainte Croix et de Saint Martin y avaient jalonné, sa route et ses progrès. Le fleuve lui-même avait, dût céder une partie de son domaine: grâce à la dérivation de la Meuse que Notger avait exécutée, en creusant le canal de la Sauvenière à travers la vallée marécageuse, une île avait été définitivement conquise sur les eaux; déjà deux apôtres y avaient dressé leur tente, Saint Paul et Saint Jean, lorsque Noter, le fondateur de la principauté, Notger comme l'appelle un auteur contemporain, « cet admirable composé de vertu et de science », descendit glorieux dans la tombe, le 10 avril 1008.

Balderic, le frère du comte Gislebert de Looz, fut appelé à lui succéder. Il eut le noble souci de continuer l'œuvre de son illustre prédécesseur. S'il s'appliqua d'un côté à augmenter les propriétés territoriales de Ste Marie et de Saint Lambert, il n'eut pas moins de sollicitude pour la culture intellectuelle et, religieuse de son vaste diocèse. Sous son règne, l'école de la cathédrale, confiée à la direction de l'incomparable Wazor, soutint sa brillante réputation: les disciples accouraient de bien loin pour venir y puiser, comme à un arbuste en fleur, le merveilleux nectar de la science, et Liège s'appelait alors dans le monde, la source de la sagesse et la nourrice des grands arts. Sapientiae fons, Magnarum artium nutricula.

Pour assurer, pour étendre ces bienfaits, il fallait créer une pépinière d’ouvriers infatigables, il fallait allumer des foyers de religion et de vie littéraire, el, c'est Balderic qui eut l'honneur de cette création, en appelant dans sa ville épiscopale les enfants de saint Benoît, ces pionniers de la civilisation dans l'Europe entière. Le monastère de Saint Jacques fut fondé pour eux et c'est là qu'ils vécurent pieusement et qu'ils travaillèrent avec ardeur pendant huit siècles.

Voici comment Balderic fut amené à faire cette fondation:

Parmi les feudataires de la principauté se trouvait le comte de Louvain, Lambert-le-Barbu. Homme violent et perfide, guerroyeur impitoyable, il avait reconquis par les armes les fiefs dont l'Empereur l'avait déclaré déclin. Il voyait d'un mauvais œil l'extension que prenait de jour en jour les possessions et l'autorité des Evêques de Liège. Peut-être est-ce lui ce guerrier puissant en armes et rempli de malice qui vint un jour demander à Notger de construire une forteresse sur les hauteurs où s'élève maintenant l'église de Ste Croix sous le fallacieux prétexte de protéger la ville et les richesses de l'Evêché contre les attentats de ses ennemis.

Balderic était son parent: un instant Balderic songea à en faire soir ami et le défenseur de la patrie; mais Gérard, l'évêque de Cambrai qui avait expérimenté les perfidies de Lambert, le détourna de ce dessein; «Défiez vous, lui dit-il, de cet homme, car il est rusé et sans foi. »

Les événements ne devaient que trop tôt justifier cette appréciation.

Balderic, mis en défiance, songea à prendre quelques précautions, pour placer le pays à l'abri des incursions de ce turbulent voisin. Aujourd'hui, c'est une ligne de forts qu'on élève à grands frais. L'Evêque, plus modeste, crut pouvoir se contenter d'ériger un château fort, aux frontières dut territoire, dans son domaine de Hougarde. Il n’avait pas fini de creuser le fossé qui devait servir de première ligne de défense, que le comte de Louvain comprenant ce qu'on voulait faire, s'en émut.

« Ces travaux sont dirigés contre moi: cette forteresse sera une menace perpétuelle pour ma bonne ville de Louvain, je n'en veux pas et je vous somme d'abandonner l'ouvrage. »

L'évêque eut beau lui répondre en douceur; lui remontrer qu'un château fort n'est pas fait pour attaquer, mais pour se défendre, lui rappeler le serment de fidélité qu’il avait prêté entre ses mains: Lambert ne voulait rien entendre et envahit la principauté. De nouvelles ambassades qu’on lui envoya coup sur coup, la sentence d’excommunication qui fut prononcée contre lui, L’intervention du roi d’Allemagne Saint Henri et une démonstration militaire qu’il fit faire sur les frontière du Brabant par Godefroid de Basse Lorraine, tout fut inutile : les déprédations et les massacres continuaient.

Alors Balderic convoqua la milice féodale que Notger avait eu le génie de créer pour la défense du pays, il appela ses frères les comtes le Looz, et en cette première journée d’état, devant cette assemblée où siégeaient tous les nobles feudataires de la principauté, il exposa la conduite du comte de Louvain et les tentatives qu’il avait faites vainement pendant trois ans, pour ramener le bien. Tous furent unanimes pour déclarer que le temps de la clémence était passé et qu’il était urgent de repousser la force par la force: tous promirent le concours de leurs armes et de leur soldats.

Les vœux et les prières de toutes la population accompagnèrent cette première armée liégeoise qui, sous la conduite de son prince, s’en allait combattre pour l’indépendance de la patri; mais hélas ! La victoire trahit la cause de la justice!

Au premier choc les troupes ennemies plièrent et furent dispersées ; mais le comte de Namur, trahissant les promesses qu’il avait faîtes, ayant appris l’échec que venait de subir le comte de Louvain son oncle, vint tomber à l’improviste sur les milices liégeoises, rallia les troupes brabançonnes et décida par cette attaque perfide du sort de la mêlée. Trois cents Liégeois restèrent sur le champ de bataille et un grand nombre fut blessé ou fait prisonnier. Cette, bataille eut lieu le 10 octobre 1013 dans les plaines de Hougardes.

Cependant l'Evêque était rentré dans sa ville épiscopale, où l'avaient accueilli les larmes et les lamentations de tout son peuple. Il se reprochait d'avoir pris une part active au combat et ne pouvait se consoler du sang versé et de la perte de tant de sujets fidèles.

En ces temps là, vivait à Liège un homme vénérable, italien de naissance, qui s'appelait Jean. Il était venu de l'Italie à la demande de l'empereur Otton et avait décoré de peintures le palais impérial d'Aix-la-Chapelle. Comme ses vertus n'étaient pas moindres que ses talents, Otton l'avait désigné pour occuper un siège épiscopal en Italie, mais devant l'opposition qu'il y rencontra, il se désista, et fort de la recommandation de l'empereur, S. Henri, il vint s'établir à Liège. L'Evêque l'accueillit comme un frère et bientôt l'amitié la plus intime unit ces deux cœurs. Balderic lui confiait ses chagrins et ses remords et Jean tâchait de le consoler et de le réconforter. « Pour expier le sang versé, pour fléchir la colère du Ciel, disait-il, vous ne pouvez rien faire de mieux que de suivre, l'exemple du Roi David et d'ériger une nouvelle maison de prière et de pénitence.» Baldéric, goûta ce conseil, réunit les fonds nécessaires et résolût de s'adresser aux fils de saint Benoît pour desservir le nouveau temple.

Restait à choisir un emplacement convenable.

Tandis que les uns proposaient de bâtir Outre-Meuse, loin du tumulte du monde, dans ce qu’on nomme aujourd'hui le faubourg d'Amercoeur, curtis amerina, les autres se prononçaient pour cette partie de la ville qu'on appelait l'île, où il y avait encore des terrains inoccupés. Ce lieu, si sauvage et si inculte fut-il, obtint la préférence. Déjà saint Paul et saint Jean y avaient leur sanctuaire, le nouveau temple glorifiera la mémoire d'un troisième apôtre, de saint Jacques-le-mineur, le cousin de N. S.

C’est ainsi que la fille ainée de Rome unissait dan une même vénération les saints de l'Eglise Mère et les saints nationaux: Saint Pierre, saint Jacques et Jean d'une part; saint Servais, saint Lambert, saint Hubert, saint Martin et saint Denis d'autre part.

Pour approprier ce coin de terre au séjour de l'homme, il fallait couper et arracher l'épais taillis qui y croissait depuis des siècles et qui avait servi de repaire aux animaux sauvages. On mit courageusement la main à l’œuvre et le 25 avril 1015 on posa la première pierre. La crypte de l'église fut bientôt achevée: le vendredi 7 septembre, de l'année suivante Baldéric eut la joie de la consacrer en l'honneur de saint André et de déposer les reliques de cet apôtre.

A cette, cérémonie assistaient l'évêque Jean, les comtes de Looz Gislebert et Arnoul, Godefroid duc de Lotharingie Wiger l'avoué de Saint Lambert, Godescale de Saint Germain, 0ldon de Tourines, Rodolphe de Halen, Lambert d'Oltapia, Hethelin de Senseille, Hengon de Vilencen, Hugues de Couthuin, et Hugues de Formala et une foule de clercs et de nobles.

Ce fut aussi en cette journée, en présence de cette noble assemblée, à l’autel même qu'il venait de consacrer, que Baldéric fit donation aux bienheureux apôtres saint Jacques et saint André, du monastère et du terrain environnant, avant une contenance de plus d’un bonnier; il l'affranchit de toute redevance, et donna pour la subsistance des religieux la terre allodiale de Selve-Celles en Hesbaye qui était sa propriété, et qui à raison de la beauté de ses bois s'appelait Sylva, et en outre les domaines de Matignée et de Yernaw près de Saint Georges.

En creusant le sol pour l’installation du calorifère nous avons retrouvé les ruines de cette crypte primitive au milieu du transept de l’église actuelle. Construite en pierre de grès de grandeur moyenne et posées par assises régulières, elle mesurait environ 9 mètres de largeur; les parois étaient cantonnées de piliers à sections rectangulaires, dépourvus de bases, ayant 1-60 de largeur et 63 cent de saillie; le pavement était formé d'un mélange de cailloux et de ciment; nous n'avons retrouvé aucune trace de colonnes.

Dans l'entretemps, qu'était devenu le comte de Louvain ? Avait-il continué les hostilités contre son évêque et son suzerain? Il semble que non; toujours est-il que l'histoire n'en fait pas mention et qu'au contraire elle nous le montre très soucieux de se réconcilier avec Baldéric.

Lambert-le-Barbu n'était pas seulement un guerrier, mais aussi un diplomate habile, qui eût rendu des points à bien des diplomates modernes.

Voici de quel stratagème il usa pour obtenir la paix sans humiliation et surtout sans bourse délier.

Arnoul, comte de Valenciennes, proche parent de Baldéric, étant sur le point de mourir, avait donné à l'église de Liège un château fort- situé sur les confins de la Flandre. Aussitôt après son décès, sa veuve Ludgarde se mit en route pour venir s'entendre avec l'Evêque sur la meilleur manière d'organiser la défense du château et le gouvernement de la ville qui en dépendait. Le comte de Louvain ayant eu connaissance de son dessein, plaça des soldats en embuscade sur la route qu'elle devait suivre, et lorsque la noble matrone vint à passer, sans respect pour son âge et sa haute qualité, il la fit arrêter et conduire à Louvain. Vous vous imaginez aisément l'effroi de cette dame et l'indignation des braves gens de sa suite. Dès qu'elle fut arrivée, Lambert la reçut avec honneur, et voici à peu près le discours dont il la gratifia:

« Pardonnez moi, Madame, le désagrément que je vous ai causé. Mes intentions ne sont pas hostiles et je n'ai pas voulu vous manquer. Si je vous ai fait arrêter, ce n'est point pour vous retenir prisonnière, ou exercer sur vous une pression coupable; non loin de là ! C’est tout uniment pour vous demander une faveur. Je suis brouillé, vous le savez, avec l'Evêque de Liège, votre parent bien-aimé, je suis toujours sous le coup de l'excommunication qu’il a fulminée contre moi; Et bien, je voudrais me remettre avec lui. Vous daignerez, je l’espère, me servir de médiatrice; c'est un rôle qui convient admirablement à votre caractère et à votre charité.

Pour faciliter la conclusion de la paix et obtenir mon pardon, il faudra, je le sais, offrir quelque compensation à l'Evêque de Liège en retour des dommages que je lui ai causés. Veuillez être assez généreuse, Madame, pour en faire tous les frais. Mes trésors sont épuisés, je ne puis plus même payer la solde des soldats qui ont été à mes gages jusqu’à maintenant; tandis que vous, Madame, vous n’avez pas d'héritiers, vous êtes riche, vous ne devez pourvoir qu'à l'entretien de votre maison et de quelques gens d'armes. Laissez-vous donc aller au bon mouvement de votre cœur. C'est une prière, et un ordre que je vous adresse; dites-moi ce que vous voulez et, ce que vous ne voulez pas ».

Ludgarde se laissa convaincre: elle céda de bonne grâce et après avoir pris conseil de son entourage, elle fit don au comte de Louvain d'un libre domaine qu’elle possédait à Hanret et qui comprenait près de 200 bonniers. Lambert, dès qu’il fut investi de cette propriété, permit à Ludgarde de continuer sa route et lui-même envoya une ambassade d'élite à son cousin l'Evêque de Liège, pour lui faire des propositions de paix et lui offrir en dédommagement du tort causé le magnifique domaine de Hanret qu’il venait de recevoir.

Baldéric, fidèle à la constitution du pays telle que Notger l’avait établie, convoqua les seigneurs de la principauté, que l’auteur contemporain appelle candidata patricii generis turba, et de commun accord avec eux il conclut la paix. Puis pour se conformer aux intentions de la comtesse Ludgarde, il fait donation du domaine de Hanret au monastère de Saint Jacques qu'il était en train de construire. La charte qui constate cette donation nous a été heureusement conservée; elle est datée de l’an 1015.

Ce changement de dispositions chez un homme qui toujours s'était montré si hautain et si opiniâtre pourrait nous paraitre invraisemblable, si de nos jours nous n'avions assisté à des métamorphoses plus étonnantes encore. D'ailleurs, alors comme aujourd'hui, il n'est pas difficile de démêler les motifs intéressés de ces conversions soudaines. Lambert-le-Barbu avait d'autres ennemis sur les bras; allié au comte de Namur et de Hainaut, il luttait contre le seigneur de Florennes et le duc de Lorraine, Gozelon.

Craignant que I'Evêque de Liège n'apportât à ses adversaires le secours de ses armes, il avait tout intérêt à négocier la paix. Cette paix il l'obtint, mais la guerre qu'il faisait lui fut fatale, il périt à la bataille de Florennes le 12 septembre 1015.

Telles sont les origines du monastère de Saint Jacques: elles sont bien pures et bien légitimes. C'est le regret d'avoir fait verser le sang de ses sujets, c’est le désir de leur procurer le secours d’une prière perpétuelle qui inspira le cœur de Baldéric; il dota le nouveau monastère de biens qui provenaient de son propre patrimoine ou des largesses volontaires de la comtesse Ludgarde; et la réconciliation de deux pays fut pour ainsi dire scellée avec le ciment qui servit à édifier ses murailles.

Baldéric n'avait pas attendu l'achèvement de la construction qu'il avait entreprise, pour appeler les moines bénédictins. C'est à Gembloux qu’il alla les chercher, et ces aimables prémices, comme il les appelle, étaient présents à la dédicace de la crypte: il leur donna comme avoué et comme protecteur son frère le comte de Looz, et il leur demanda en retour d'être auprès de Dieu les garants du salut de son âme.

Maintenant l’Evêque peut s'endormir en paix; l’œuvre n'est pas achevée, les murs de l'église n'atteignent que la hauteur des fenêtres; mais l'ouvrage est confié à des mains industrieuses et ces mains ne se sont jamais fatiguées de construire, de relever, de fertiliser; elles ont couvert le monde d'édifices gigantesques que la pioche de nos vandales civilisés a bien souvent honteusement profanés.

L'évêque mourut le 29 juillet 1018. Ses dépouilles, mortelles furent inhumées à Saint Jacques dans la crypte de Saint André et elles y reposèrent jusqu'au jour où son tombeau fut brisé par l'effondrement des voutes du vieux chœur roman. Après la reconstruction du temple, les ossements de Baldéric furent placés dans l'église nouvelle, et l'abbé de Saint Jacques, Gilles Lambrecht (1646) fit graver la pierre tombale que vous pouvez admirer aujourd'hui dans la chapelle du Sacré-Cœur; ce fut son successeur, Gilles Dozin, qui la fit mettre en place.

II

Le successeur de Baldéric, Wolbodon semble avoir eu des préférences pour le monastère de St Laurent, dont Eracle avait jeté les fondements, et ne pas s'être immédiatement préoccupé de continuer l’œuvre de son prédécesseur. Cependant, si le monastère n'avait pas encore d'abbé pour plaider sa cause, il possédait dans le comté de Looz, Gislebert, un avoué fidèle, prêt à défendre la fondation de son frère.

Un jour donc que l'empereur S. Henri se trouvait à Liège, probablement en l'an 1020, voici que Gislebert et son frère Arnoul viennent se jeter à ses pieds et se prévalant des nombreux gages de dévouement qu’ils lui avaient donnés sur les champs de bataille, lui demandent conseil et assistance pour l'achèvement de l'église St Jacques: sans cela, disent-ils, les propriétés qui lui ont été attribuées doivent nous revenir par droit d'héritage; elles solderont nos services militaires et nous et nos successeurs nous en userons , pour défendre la liberté de l'empire.

- Si vous me demandiez, répondit l'Empereur, un bienfait de l'ordre temporel, je ne pourrais qu'acquiescer à vos vœux, afin de récompenser vos mérites; mais, maintenant que votre prière a pour objet l'honneur de Dieu et la gloire de ses saints, ce serait presque un crime de la rejeter. Rassurez-vous donc. La bénédiction de Dieu ne fera pas défaut à la maison religieuse pour laquelle vous intercédez, le labeur de votre frère ne sera pas stérile, et déjà il lui a mérité, nous l'espérons, d'être agrégé aux chœurs des élus. Allons inspecter l'état des travaux : nous aviserons ensuite aux moyens de les continuer.

C'est ce qui fut fait. L'Empereur suivi de sa cour, escorté d'une foule innombrable, se rend à St Jacques, descend dans la crypte, fléchit les genoux devant, l'autel de St André, et après avoir fait sa prière, il dépose sur l'autel un pallium ou tenture précieuse; puis se tournant vers Wolbodon, il lui dit: je vous confie le soin de cette pauvre demeure: vous aurez pour elle une sollicitude paternelle, et comme autrefois le grand prêtre Josedech, vous vous servirez pour la parfaire des revenus que votre prédécesseur vous a laissés.

L'évêque eut beau protester que la charge était trop lourde pour ses épaules, que le lieu n'était pas fertile, mais un désert, l'Empereur insista. Ce n'est pas un désert que je vous confie, mais les reliques précieuses de S. André que j'avais données à Baldéric en reconnaissance de sa fidélité, et qui méritent à tout jamais d'être honorées.

Cet ordre fixa les hésitations de l'évêque: il fit reprendre l'ouvrage et pour diriger le nouveau monastère. Il fit choix d'un homme de premier mérite, d'Olbert, abbé de Gembloux.

Olbert avait été formé aux lettres humaines dans le monastère de Lobbes: il avait fréquenté les écoles célèbres de St Germain-des-Prés, d’Aldrade à Troyes, de Fulbert à Chartres; il avait initié l'évêque de Worms, Burchard, à l'étude des S. Ecritures et du droit canonique; il gouvernait depuis huit ans l'abbaye de Gembloux avec une habileté et une prudence consommée. Il menait de front la construction d'une église, la transcription des manuscrits, la culture des arts et notamment de la musique. Grâce à lui, le trésor de Gembloux s'enrichissait de plusieurs devant d’autel en argent ciselé, de calices en or et en argent, d'évangéliaires en lettres d'or et d'argent, de nombreux reliquaires, et d'ornements de toute espèce; la bibliothèque de volumes précieux. Il rédigea lui-même la vie de plusieurs saints et composa des chants suaves pour célébrer leurs vertus.

Ne se croyant pas capable de gouverner à la fois deux maisons religieuses, il opposa d'abord quelque résistance aux désirs de Wolbodon; enfin il céda et vint prendre à St Jacques les rênes du gouvernement.

Là, comme à Gembloux, il implanta les traditions de l'ordre de saint Benoit, et tandis qu'il construit d'une main l'église, le couvent avec ses dépendances, il organise de l'autre tous les détails de la vie religieuse, le travail et l'étude. Il fit venir de l'abbaye de St Vanne à Verdun des religieux formés à la discipline régulière par les leçons et les exemples du B. Richard, qu'on surnommait la grâce de Dieu.

L'Evêque Jean, l'ami de Baldéric vint à son tour chercher un abri dans le monastère qu'il avait aidé à construire; il décora de ses peintures le cancellum ou pourtour du chœur; malheureusement elles ne durèrent pas longtemps, elles furent bientôt altérées par l'humidité du climat. Jean finit là ses jours dans un âge très avancé, sous le rectorat d'Olbert, et fut inhumé dans l'église.

Gilles d'Orval nous a conservé son épitaphe

Passant, arrêtez vous et accordez moi un pieux regard.
Ce tombeau vous dit ce que je suis, l'inscription ce que je fus.
Italien de naissance, investi de l'épiscopat, moi Jean je dus m'enfuir, chassé de mon siège.
Exilé sans honneur je fus envoyé en ces contrées, et la chère Cité de Liège m’ouvrit un asile.
A Aix-la-Chapelle, dans les peintures du palais de Charlemagne vous pourrez voir l'art que mes mains ont cultivé.
0 S. Jacques, souvenez -vous de votre disciple fidèle dont les conseils ont servi à vous édifier ce sanctuaire.

Ici finit l'épitaphe première: une main postérieure a ajouté

Les récits de nos pères nous apprennent que ce corps, après avoir été transféré trois fois, repose ici et qu'il a mérité d'être glorifié par des miracles.

Lors de la reconstruction de l'église au XVIe siècle Jean de Coronmeuse, abbé de Saint-Jacques, déterra les ossements de l'évêque Jihan l'consieu et les fit mettre dans un mausolée sous la première arcade latérale du chœur. La base de ce monument subsiste encore, dans la chapelle de N.-D. de Consolation: la statue d'évêque qui était représenté couché sur le sarcophage, est très endommagée: elle repose dans les combles, soupirant depuis trente ans après une restauration.

Grâce au zèle de l'abbé Olbert, l'église de Saint Jacques fut bientôt achevée et l'Evêque Réginard put en célébrer la dédicace solennelle le 24 août 1030. - C'était une église de style roman comme celle de Saint Barthélémy. La tour carrée et massive qui subsiste encore nous révèle ses dimensions. Elle devait avoir trois nefs et mesurer environ 60 mètres de long, sur 20 de large ; le chœur était surélevé, et les belles arcatures romanes avec un entablement artistement sculpté, qui sont aujourd'hui au musée diocésain, ont probablement été exécutées un siècle et demi plus tard, pour clôturer ce chœur.

Olbert résidait alternativement à Liège et à Gembloux. Or, en l'an 1048 se trouvant dans ce dernier monastère, voici, qu'il pressent sa fin prochaine.

C'était le jour des SS apôtres Pierre et Paul. Il réunit ses religieux et leur parle longuement avec la science d'un docteur et l’affection d'un père. Tout en causant, il les conduit à l'église, devant l'autel de saint Pierre, et là au milieu des prières et du chant des psaumes, il les recommande au Pasteur des pasteurs, leur donne l'absolution de leurs fautes, les bénit une dernière fois, et part pour Liège: une triste nouvelle le pressait; d'y arriver. Wazon, la gloire de Liège, et de l'Episcopat, Wazon était atteint d'une maladie mortelle.

Outre le respect qu'il devait à son supérieur, l'amitié qui l'unissait à ce grand prélat lui faisait un devoir de se rendre immédiatement auprès de sa personne. Ils avaient été condisciples et amis d'enfance; leur affection avait grandi avec le temps et jusqu'à la vieillesse elle était restée sans déclin et sans nuage.

Heureux et consolé de cette visite désirée, Wazon voulut recevoir l'Extrème-0nction de sa main. Comme Olbert prenait congé de l'évêque, en lui exprimant l’espoir de voir sa vie se prolonger, celui-ci reprit tranquillement : « Mes amis, je ne mourrai pas aujourd'hui, mais demain, je vous en supplie au nom du Christ, venez à mon aide! »

0lbert, ne put retenir ses larmes et désespérant de la santé de son ami, il s’écria: « Seigneur, ne permettez pas que je lui survive plus de sept jours. », Le lendemain 8 juillet Wazon mourut. Après ses obsèques, Olbert rentra dans son convent; mais bientôt une fièvre violente le saisit et l'emporta le 14 juillet.

A la première nouvelle de sa maladie, les religieux de Gembloux étaient accourus. Associés dans la même affliction, ils célébrèrent avec les religieux de Saint Jacques les funérailles de leur Père. Ils auraient voulu emporter ses restes vénérés, mais quoiqu'ils purent dire ou faire, Liège eut le bonheur de les conserver comme un gage de la protection divine.

Olbert fut enterré dans l'église de St Jacques devant les marches de l'autel (Chron. Lobbiense) au milieu du chœur comme il convenait au premier abbé du monastère.

Voici l'inscription qui fut gravée sur sa tombe

Ci git le miroir des abbés et l'ornement de l'ordre monastique l'abbé Olbert, fleur du paradis
Il gouverna légitimement deux églises à la fois
Liège, tu possèdes son corps, et toi Gembloux tu l'affliges d'en être privé.

La pierre tombale qui recouvrait les restes de l’abbé Olbert se trouve aujourd'hui à Charleville, après avoir été volée par les commissaires de la République française.

Comme c'était l'usage et la règle, Olbert avait ouvert à St Jacques une école pour l'étude des belles-lettres et de la théologie. Parmi ceux qui s'y formèrent, nous devons mentionner le religieux anonyme qui vers l'an 1053 écrivit la vie de Baldéric et l'histoire de la fondation de l'abbaye, histoire qui vient d'être résumée ici. Gilles d'Orval utilisa ce récit pour sa chronique et, de nos jours, Pertz l'inséra dans la grande collection des Monumenta; il possède tous les caractères d'un document historique.

III

Le successeur d'Olbert fut l'abbé Albert qui dirigea l'abbaye jusqu'en 1066. Sous son gouvernement le trésor de l'église s'enrichit de reliques précieuses rapportées de Saint Jacques de Compostelle par un religieux.

L'histoire de cette translation a été écrite par un moine de Saint Jacques, vers la fin du XIe siècle et vraiment elle mérite d'être racontée.

Ce fut le doyen de la cathédrale de Liège, Anselme, l'écrivain des Gestes des Evêques de Liège qui décida l’abbé à envoyer un de ses religieux à de Compostelle. On désigna le frère Robert; plusieurs Liégeois, parmi lesquels on cite le Comte Herman de Greis, se joignirent à lui. Leur voyage fut on ne peut plus heureux.

Arrivés en Espagne dans un endroit où il y avait beaucoup de bruyères, ils rencontrent un voyageur. Il venait précisément de la Galice; il était l'ami et le chapelain particulier du roi Garcias, et celui-ci, l'envoyait en Allemagne pour négocier le mariage de son fils avec la sœur de l’Empereur.

Par une bonne fortune inouïe, ce voyageur était un compatriote; il s'appelait, Richard; il avait été chanoine la collégiale de Saint Pierre à Liège. Inutile de vous dire que ces Liégeois se rencontrant à quatre cents lieues de leur pays s'embrassèrent de tous leurs bras et se fêtèrent de tout leur cœur.

Richard les encourage à. continuer leur voyage; les assure qu'ils seront favorablement accueillis par le Roi, surtout dans les circonstances présentes et leur apprend que le prince doit se trouver à Compostelle vers le temps de Pâques.

Nos pèlerins arrivent à Barcelone la veille du dimanche des Rameaux.

Le lendemain ils vont assister à l'office dans la Cathédrale et présenter leurs hommages à l'Evêque du lieu. Ils n’ont pas plutôt dit qu’ils viennent de la Lotharingie et notamment de la ville de Liège, qu'un archidiacre, nommé Raimond, les interrompt et leur dit: Mais je connais la Lotharingie et notamment la cité de Liège, dont la réputation de savoir et de religion brille dans le monde d’un éclat incomparable. Le frère Robert se met alors à leur exposer le but de leur voyage. - Ah! Vous allez à S Jacques de Compostelle! Mais c'est parfait: voici l'Evêque, mon maître, qui va partir pour la même destination, vous l'accompagnerez et il vous prêtera l'appui de sa parole et de son influence.

En effet, l'Evêque les accueille avec une entière bienveillance et c'est sous sa conduite qu'ils s'acheminent vers Santiago. Ils y parviennent le mercredi de la Semaine Sainte.

Bientôt la nouvelle de leur arrivée se répandit et parvint aux oreilles du Roi. Celui-ci les ayant mandés au palais, ils s'y rendent aussitôt, l'Evêque de Barcelone leur servant d'interprète.

- « Sire, nous venons de la Lotharingie, pays qui ne doit pas être inconnu à Votre Majesté, afin d'implorer les suffrages du Bienheureux apôtre St Jacques pour la rémission de nos fautes. La ville de Liège est notre patrie; son évêque Théoduin, de concert avec son clergé et son peuple, vous souhaite la santé, la paix et la vie, la conservation et la prospérité de votre royaume. Il se prosterne à vos pieds et vous demande quelques parcelles du corps de St Jacques, pour en gratifier l'Eglise qu'il vient de fonder en son honneur.

Certes il n'a aucun titre pour revendiquer une si grande faveur; il ne peut se prévaloir ni de la reconnaissance ni de l'amitié, mais il a pleine confiance en votre générosité dont le monde célèbre les largesses.

Non, la gloire du grand apôtre ne doit pas rester confinée dans les étroites limites de cette cité; il convient de la faire rayonner sur tout l'univers. A mesure que se répandront les bienfaits de son apostolat, s'accroîtra aussi la gloire de la Galice, qui est le lieu de son repos et le siège de son pouvoir. »

Le Roi accueillit ce discours avec une bienveillance inespérée, et le jour de Pâques, après que la messe eut été célébrée dans la Basilique, il se rendit au chœur, suivi des Evêques et des principaux seigneurs du royaume. Selon les anciens usages, il ouvrit la séance en entonnant l’hymne Fulget praeclara, puis fit connaître à l’assemblée la requête des pèlerins liégeois. On fut unanime à déclarer qu’une demande présentée par des personnages si distingués ne pouvait pas ne pas être agréée. Seul l'évêque de Compostelle, Cresconius s'y opposa vivement:

« Certes, disait-il, il faut respecter les ambassadeurs, lorsqu'ils ont vraiment ce caractère: mais ceux-ci que sont-ils? Quel témoignage apportent-ils de leur mission? Ont-ils seulement une lettre de recommandation de leur Evêque, signée de sa main et munie de son sceau? Non : ce serait donc bien inconsidérément que vous leur accorderiez la faveur exceptionnelle qu'ils sollicitent. »

Le Roi daigna envisager les choses d'une autre manière, en vue surtout du mariage qu'il projetait: « Vous auriez raison, de les rebuter, répliqua-t-il, si leur bon air et les témoignages non équivoques de piété qu'ils nous ont donnés, ne les recommandaient pas mieux que toutes les lettres. Ils ont fait montre une religion si sincère que tout soupçon doit disparaître. Traitons les donc avec la plus grande bonté, afin que, pour l'honneur de notre royaume, d’autres de leurs compatriotes se sentent engagés à venir visiter ce sanctuaire. Accordons leur la grâce qu'ils implorent, et en reconnaissance ils nous prêteront leur concours et leur appui auprès de l’Empereur »

Aussitôt, sur l'ordre royal, on étend un double tapis sur le parquet du chœur et l'on apporte les coffrets aux reliques. Les ayant ouverts, on n'y trouve aucun ossement du bienheureux apôtre, mais une relique de St Barthélémy qui fut remise, entre les mains du frère Robert. Alors le roi pour montrer l'empressement de sa générosité envoie chercher un écrin de sa chapelle royale, le fait ouvrir et en retire avec beaucoup d'autres reliques une parcelle assez notable du bras de St jacques.

Fort joyeux de sa trouvaille, il s'écrie: « Il n'est pas convenable que nous laissions notre saint Patron voyager seul à travers le monde; que les glorieux martyrs St Sébastien et St Pancrace l'accompagnent donc comme une garde d'honneur. » Et se tournant vers le comte Herman et sa suite, il leur dit : « Recevez, seigneurs, ces cadeaux précieux, portez les à votre Pontife pour rehausser à tout jamais la splendeur de l'église qu'il a érigée en l'honneur de St Jacques. » Puis, comme quelques évêques et seigneurs voulaient que nos Liégeois prêtassent le serment de ne rien distraire de ce sacré dépôt, voici que tous élèvent spontanément la main pour le jurer.

- « Déposez ces reliques, répond le comte Herman, sur l'autel même où repose le corps de l'apôtre et tous nous jurerons, la main sur l'autel, de respecter fidèlement la destination que vous leur avez assignée. »

Devant cette manifestation de leur sincérité, les hésitations tombèrent et le Roi déclara que tout serment serait superflu

On oublia de réclamer la relique de Saint Barthélémy qui avait été confiée au frère Robert, et celui-ci crut pouvoir la conserver.

Après avoir remercié avec effusion le Roi et toute l'auguste assemblée, nos fortunés Liégeois reprirent le chemin de la patrie, et, d'étape en étape, ils arrivèrent à Huy. L'Evêque Théoduin y séjournait en ce moment. Lorsqu'il eut appris l'heureuse issue de leur pérégrination, il ordonna de préparer aux saintes Reliques une entrée triomphale.

Partis de Huy le dimanche, avec la bénédiction de l'Evêque, les pèlerins passèrent la nuit à Chokier, dans la maison du maïeur de Saint Jacques.

Le lendemain, c'était le 13 Mai, fête de saint Servais et premier jour des Rogations. Selon l'usage, la procession de tout le clergé de la ville devait se rendre, ce jour-là, à Saint Jacques, en chantant les Litanies.

Le frère Robert et ses compagnons arrivèrent à Liège en descendant les hauteurs du Publémont; à mi-côte, ils rencontrèrent les religieux de Saint Jacques et de Saint Laurent, revêtus de leurs ornements sacrés, avec leur croix et leurs bannières, chantant des hymnes d'allégresse.

Le peuple était accouru de tous les villages environnants, et tel était son empressement à vénérer les saintes Reliques qu'on dût improviser un autel pour le satisfaire.

Enfin le pieux cortège, suivi d'une foule innombrable se remet en marche en chantant les Litanies des Saints. Ils passent près de Saint Laurent et il semble que la grande ombre du glorieux martyr dût se dresser devant eux pour saluer ses compagnons de lutte et de triomphe.

Toute la ville de Liège était en fête! De toutes parts on acclamait le grand apôtre par ces mots de nos livres saints: Benedictus qui venit in nomine domini!

Arrivé au Pont d'Ile, voici que le pont menace de s'écrouler sous le poids de la foule. Un chanoine de Saint Paul, Werefridus, qui entonnait les versets des Litanies, vit le danger; cédant à une inspiration de sa foi, il se mit à chanter: « A periculo pontis libera nos Domine. Des dangers du pont, préservez nous, Seigneur. »

Le pont résista et la procession put atteindre l'église de Saint Paul, où l’attendait tout le clergé de Liège et un peuple immense. Tous saluèrent les saintes reliques par ce chant de la liturgie sacrée: Vous êtes les citoyens des Cieux et les familiers de Dieu; puis au milieu des cantiques de jubilation, au son de toutes les cloches, les glorieux ossements des saints furent portés à St Jacques et exposés à la vénération des fidèles.

Au témoignage de ceux qui furent les spectateurs de cette fête, jamais Liège n'avait connu pareil jour d'allégresse; jamais elle ne décerna un personnage illustre, pas même à la Majesté de l'Empereur, les honneurs d'un si magnifique triomphe.

Ceci se passait en l'an 1056.

Les reliques furent placées dans un autel où elles reposèrent pendant plusieurs siècles. Plus tard on les mit dans un reliquaire, et nous attendons pour les produire au grand jour, que nous ayons pu faire une chasse pour les contenir.

IV

Et maintenant je m’arrête, craignant d'avoir déjà trop abusé de votre patience.

Disons toutefois que l'abbaye de Saint Jacques resta généralement fidèle aux traditions de l'Ordre. Si parfois elle eut à souffrir d'embarras financiers, si même le relâchement l'envahit, elle ne tarda pas longtemps à se retremper et à reprendre sa ferveur première.

Elle fut toujours chère au cœur du peuple liégeois et eut l'honneur d'être choisie par lui pour être la gardienne de ses chartes et de ses privilèges.

C'est là que les deux nouveaux bourgmestres venaient chaque année, à la fête de Saint Jacques, en robes rouges, faire serment de garder intactes les franchises communales.

Aux moines de St Jacques revient aussi la gloire d'avoir amassé, au prix de labeurs incessants, une bibliothèque célèbre, qui contenait plus de 500 manuscrits, et cette gloire, plus insigne encore, d'avoir bâti cette splendide église, un des plus beaux joyaux de la couronne artistique qui décore, aux yeux du monde, le front de notre cité de Liège.

En terminant, je salue avec émotion et j'acclame avec bonheur l'abbé qui osa entreprendre cette œuvre grandiose et l'architecte qui l'exécuta. L'abbé c'est Jean de Coronmeuse, et l'architecte, je vous révèle son nom pour la première fois, c'est Maître Arnold magister operum novi S. Jacobi (1). Ils sont morts, mais la demeure sacrée qu'ils ont édifiée avec tant de grâce et de magnificence, proclame et exalte leur courage et leur génie.

Extinctus vuves. Domus haec te sacra loquetur.
Auspicio cujus tam bene structa nitet.-

(Epitaphe de l'abbé Jean de Coronmeuse.)

(1) C'est par un heureux hasard que j'ai découvert ce nom dans les archives de la collégiale de St Martin. En 1520, les chanoines de cette collégiale étaient en train de reconstruire le chœur de leur église; une difficulté surgit : le chapitre décide le 12 novembre que les maîtres de la fabrique consulteront maître Arnold, maître des œuvres du nouveau Saint Jacques et que d’après son avis ils tâcheront d'achever au mieux l'ouvrage commencé. Capiant Magistrum Arnoldum, magistrum operum novi S. Jacobi una cum alio si sit necessarium et de consilio eorum opus inceptum meliori modo quo fieri poterit perficiant cum comsilio in illa arte expertorum.

Mr le Doyen Schoolmesters

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