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Notre Dame des Récollets à Verviers


Historique du couvent, du collège, et de l'église des père récollets à Verviers

aujourd'hui paroisse Notre Dame

par J S RENIER, 1862


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FONDATION, ÉDIFICATION.

Le nom de Récollet, dérivé de Recollectus, recueilli, fut donné à des religieux Franciscains, qui désireux de pratiquer les vrais préceptes du saint Fondateur de leur ordre, règle dont on s'était écarté, s'assemblèrent à la fin du XIVe siècle pour opérer cette rénovation dite de l'observance.

Les plus timorés jugeant ensuite que l'on ne s'identifiait pas assez à l'austérité primitive, résolurent d'appliquer enfin la stricte rigueur de l'ancienne institution. Les maisons qu'ils ouvrirent furent dites de Récollection parce qu'ils n'y admirent que les sujets qu'ils reconnurent doués de l'esprit de recueillement. Leur costume fut celui de saint François, brun, à pièce, mais ils ne portèrent point la barbe, ce qui les distingua des Capucins issus de même souche ainsi que les Cordeliers et les Picpus.

Les Récollets adoptèrent le titre de Frères Mineurs de l'étroite observance.

Cette Congrégation prit naissance en Espagne l'an 1484 par le zèle de Jean della Puebla y Sottomayor, comte de Belalcasar. Elle fiat introduite en Italie en 1525, et y établie en 1530 par Clément VII qui lui fit donner des maisons spéciales, afin que l’on y appliquât, en leur plus grande perfection, les voeux de saint François.

La France reçut l'Ordre renouvelé en 1592, grâce aux soins de Louis de Gonzague, duc de Nevers.

Le premier couvent de Récollets en deça des monts, fut fondé en la ville de Tulle en Limousin; peu après s'ouvrirent ceux de Montargis et de Murat en Auvergne.

Partout où ces réformateurs se présentèrent, les frères dit de l'observance firent toute opposition possible à leur admission. De là, recours au Pape Clément VIII, qui par un bref adressé au cardinal de Joyeuse, lui commandait d'affermir par l'autorité apostolique, l'institution nouvelle; et le cardinal rendit en 1600 un mandement conforme aux désirs du Souverain-Pontife (1)

Les Récollets formèrent bientôt un établissement à Paris (il existait en 1603) et ils partagèrent la France en sept provinces.

Henri IV fit des dons importants aux Récollets, Marie de Médicis fut reconnue pour leur protectrice.

Eux de leur côté, recherchèrent avec empressement toute occasion de montrer leur dévouement au peuple par l'instruction, les exhortations et les services de tout genre surtout lors des maladies contagieuses, époques où leur zèle ne connaissait plus de bornes.

La réputation de ces hommes dévoués se répandit avec une rapidité remarquable et la Belgique comprise en partie dans leur province de Flandre, compta bientôt de nombreuses maisons de Récollection.

L'édilité verviétoise fut l'une des premières à reconnaître leur mérite et fit bon accueil aux membres de ces corporations, afin de les opposer comme barrière aux envahissements du protestantisme.

La venue des Pères Récollets en notre ville eut lieu dans les premières années du XVIIe siècle.

Nonobstant leur présence, un appel officiel leur fut ensuite adressé.

Detrooz, en son histoire du Marquisat, p. 138, nous apprend que:

« L'an - 1620, le magistrat et le curé de Verviers invitèrent à venir s'établir dans leur ville ces Pères Récollets de la province de Flandre, qui y prêchaient depuis longtemps les stations. »

Une chronique manuscrite que nous possédons, sans nom d'auteur, relatant les faits de 1666 à 1703, et provenant de la famille Berguenheusse de notre ville, dit à ce sujet:

« En 1627, le P. Bonaventure Bidar se présenta comme missionnaire ennvové par l'Ordre, à Verviers.

Il descendit en une maison de Craporue (qui depuis a été à Pierre Renard dit le Camu), où d'autres Récollets le rejoignirent bientôt; grâce aux libéralités des personnes auxquelles ils se présentèrent, ils purent acheter en Brou une maison qui fut après eux à Henry Dexhorez, marchand de notre ville. »

Cette maison démolie en 1855 conserva jusqu'alors, au-dessus de sa porte, une petite niche en pierre où avait posé une statuette. Le N° 37 actuel remplaça ladite construction en 1855.

Saumery en son travail intéressant, les Délices du Pays de Liège, t. 3, p. 253, ajoute:

« Ces religieux qui ont été admis à Verviers dès l'an 1627 par le prince Ferdinand de Bavière, alors Evêque de Liège, y exerçaient déjà depuis longtemps les pieuses fonctions de leur ministère.

C'est à leur zèle et à leurs travaux que l'on doit en ce pays l'extirpation de l'hérésie et des pratiques superstitieuses tendant au paganisme; c'est pourquoi ils en sont considérés comme les Apôtres. »

Si les Récollets déployèrent dès leur venue un zèle remarquable en leurs éloquentes exhortations et fonctions religieuses, ce qui concourut puissamment aussi à leur livrer toutes les sympathies, fut la manière affectueuse avec laquelle ils répandirent l'instruction alors si négligée, pour ne pas dire nulle.

La cité heureuse de posséder en eux toutes les ressources nécessaires pour éclairer la jeunesse, leur facilita l'acquisition d'un vaste terrain « dans le grand Werihas, proche la rivière, en sorte que le 30 Mars 1631, ils ouvrirent les fondements de leur couvent. Un autel fut élevé en ladite place et le révérend doyen de Theux y célébra la sainte Messe. Les travaux furent poussés avec tant d'activité, qu'à la fin de l'année les religieux eurent achevé un manoir pour y résider, et le premier jour de l'année 1632 la première messe y fut célébrée en leur oratoire. » (Ms Berg.)

Saumery donne à ce fait la date de 1633, cependant nous avons tout lieu de croire exact un écrit émanant de la localité.

La construction de l'oratoire s'étant trouvée défectueuse, il fallut le démolir moins de six ans après; en 1639, le couvent fut achevé. » (Notices historiques de M. Nautet, t. 1er, p. 25.)

Detrooz, p. 141, porte ce fait à 1739, est-ce par erreur typographique?

Enfin les Pères perfectionnant leur dessein, élevèrent bientôt tout auprès de leur maison une église spacieuse et bien ornée qu'ils dédièrent selon l'inscription de la façade:

Au Très Saint Sacrement de l'Autel, à la Vierge Marie sa mère, à son serviteur, saint François.

Hommage et dévotion du magistrat et peuple de Verviers 1647.

Ce document lapidaire se voit encore à son ancienne place sous l'autel de la chapelle de la Vierge.

« La dédicace de l'église, ne s'accomplit qu'en 1653 ou 1654 » dit le Ms Berg.

Elle dut avoir lieu par les mains d'un évêque, car les pilastres portèrent les croisettes rouges de l'onction épiscopale; on les vit reparaître, en ce siècle, lorsque l'incendie eût fait éclater le plâtras recouvrant le badigeon primitif.

Il est étrange que nos chroniqueurs et historiens se taisent sur leur origine.

Il est probable que l'hommage de 1647, fut suivi d'une bénédiction pastorale et ne reçut sa consécration solennelle que six ou sept ans plus tard, voici pourquoi:

Les troubles fomentés par les factions des Chiroux et des Grignoux dans le pays, avaient éloigné Ferdinand de Bavière de son siege; son successeur et neveu, Maximilien Henri, élu en 1650, habita souvent Bonn, ne revint que par intervalles à Liège, où de retour enfin en 1653, il célébra la messe le jour de saint Lambert (17 septembre). L'on peut donc attribuer à ce prince évêque, la consécration du Sanctuaire dont nous parlons.

De cette église primitive il reste encore une grande partie des murs de l'enceinte actuelle, mais le point resté intact est la vaste parois où s’élève l'image de la sainte Vierge: Le fond de la chapelle Notre-Dame étant l'ancienne façade, laquelle était percée à sa base d'une seule porte, surmontée de l'inscription précitée et de la niche où pose la statue miraculeuse. Au-dessus s'ouvraient trois fenêtres, deux cintrées aux côtés et une ovale, surmontant le tout, ouvertures remplies naguère. Le groupe de la Vierge et de l'enfant Jésus, taillé en pierre de sable, de bonne sculpture, mesure 6 1/2 pieds de haut. D'abord, colorié, sa teinte actuelle est noirâtre, et rien à notre connaissance ne cite l'époque où il prit cette dernière couleur qu'elle portait du reste, à la fin du siècle dernier.

L'ancienne tour de l'église brûlée en 1810, était de forme très élégante, s'élevait au-dessus du choeur et présentait une flèche élancée, soutenue de huit colonnes alternées par des arcades à jour, entre lesquelles les cloches étaient étalées.

L'ornementation intérieure du vaisseau était du meilleur goût, disent encore ceux qui l'ont connu. Ses proportions étaient les mêmes que celles de la nef actuelle, seulement le choeur double en étendue de ce qu'il est aujourd'hui, rompait par ses clôtures élevées, l'excès de longueur que l'on remarque dans le plan général.

Audit choeur, l'espace était divisé entre trois enceintes séparées; en celles de l'entrée à droite et à gauche, s'élevaient des petits autels d'ordre Corinthien.

Celui du côté de l'Evangile, montrait en sa niche la figure de la Vierge, qui le remplace â l'autel qui le remplace; celui du côté de l'Epître contenait un tableau représentant saint François à Portioncule. Dans le grand choeur, quarante-six stalles destinées aux religieux, précédaient le grand autel où se voyait un christ en croix peint sur toile et dont on vantait le mérite.

La plupart de ces oeuvres portaient les blasons de donateurs, et de nombreuses armoiries ornaient de même d'élégants lambris, ruisselants de sculptures, entourant l'église et desquels sortait une chaire dont la cuve était formée d’une ronde d'Anges. Six confessionnaux élégants étalaient des figures grandeur naturelle, représentant les vertus; le travail en était très estimé.

La tribune ou Jubé se composait de trois arcades de marbre, à rustiques, alternées de rouge et de noir, ce tout posé sur deux colonnes et deux pilastres, engagés, tous monolythes, de marbre saint Remy. Les orgues qu'ils supportaient furent d'excellente facture.

Le pavé de l'église s'orna de belles pierres tombales, et le choeur reçut iusieurs riches mausolées, entre lesquels brillait celui de la famille magistrale de Jean de Herve. Cette oeuvre était formée de vastes pièces de marbre noir, incrustées d'ornements en bronze entourant l'image de la mort, qui semblait appeler le spectateur. Cette pièce artistique échappa seule au désastre qui, au commencement de ce siècle, anéantit tout l'édifice qui nous occupe, mais elle fut vendue en 1818, vu sa valeur intrinsèque et la pénurie des finances, lors de la réédification de l'église. Comme pendant à cette tombe, était celle de Pierre Alexandre Pirons, de Verviers, seigneur de Baelen, chanoine de la cathédrale saint Lambert, à Liège, et dont le corps a été revu en entier en 1817, lors de l'ouverture des caveaux.

Une autre partie intéressante de l'ornementation du vaisseau était le plafond ou voûte en bois à cinq pans, formés de tableaux représentant les principaux sujets de l'ancien testament que l'on s'était avisé de badigeonner au début de notre siècle.

Enfin l'ensemble des bâtiments élevés par les Pères Récollets, destinés à recevoir cinquante religieux, offrait un vaste carré, dont l'église était le sud, le couvent formait au nord une parallèle, longeant la Vesdre; deux ailes reliaient à angle droit ces corps principaux: Celle de la façade était affectée au grand escalier et à la bibliothèque; la brasserie servait de fond, fermant une vaste cour intérieure entourée de portiques composant les cloîtres, constructions que remplace l'établissement Fischer et Cornet.

Une seconde cour fut formée en déça de la façade du couvent, limitée à l'ouest par le local du collége: « L'an 1665 (dit le Ms. Berg.) les Pères firent une belle et forte muraille devant ladite église avec un grand portail qui compose une cour entre le couvent et la rue.

Il est probable que cette clôture qui précéda la construction de la chapelle, partait des maisons de la place et s'étendait vers la rivière.


BIENFAITS DE L'INSTITUTION.

Tandis que les constructions élevées par les Récollets touchaient à leur fin, eux tout en payant de leur personne en ces travaux, ne négligèrent aucun des moyens propres au succès de leur double mission. Le plus ancien acte officiel les concernant, que nous ayons rencontré, existe en nos archives communales.

Il émane de Herman de Stockhem, archidiacre de Condroz, à propos de sa visite à l'église de Verviers en 1669; traçant les droits du curé de Saint­Remacle, il dit:

« Comme il nous a esté remostré par les Bourgmestres susdits que s'il arrive que quelque corps soit enterré dans l'église des Pères Récollets, le pasteur prétend d'avoir autant que si ledit corps serait enterré dans son église, nous déclarons le dit pasteur en tel cas se debvoir contenter de ce qui lui est assigné dans nos statuts par l'article 21. »

Nos religieux témoignèrent souvent leur reconnaissance pour la ville qui les avait accueillis; les chroniques contemporaines ne cessent de vanter leur dévouement en présence de chaque sinistre ou calamité:

« On peut espérer que Dieu les continuera (dit le MS. Berg.) car ils ne cessent d'agir tant pour la consolation des malades que pour le maintien des bonnes moeurs, en sorte que pour décrire le bien spirituel qu'ils ont apporté, il faudrait un gros volume. »

Detrooz nous apprend que pour procurer du soulagement aux malades, ils se vouèrent à une mort certaine pendant l'épidémie de 1636. Le Ms. Berg. continue ainsi ses éloges:

« Au péril de leur vie, ils s'exposent à tout hasard au feu, aux remparts en temps de guerre et à la contagion, où je les ai vu dans les années 1668 et 1669 courir avec gaieté de coeur au secours des pestiférés, pour leur administrer les choses nécessaires à leur salut et procurer aux pauvres les remèdes.

Comme aussi en l'an 1678 où les fièvres chaudes venues du siège de Limbourg, dépeuplèrent la ville. Des milliers de gens mouraient et l'on ne voyait que ces bons Pères nuit et jour à consolation des malades.

C'est à bon droit qu'on les appelle les Apôtres de cette ville, tant par leur zèle de charité que par la sainteté de leur vie apostolique. »

Les Notices Historiques, première série, p. 27, disent que:

« plusieurs des Pères Récollets furent en 1678 victimes de leur dévouement, et qu'en d'autres temps on les vit diverses fois aider les habitants à repousser des bandes de pillards exerçant leurs déprédations dans le pays. »

Si au milieu de tant de labeur ils défendaient aussi nos murs, c'est qu'ils avaient de même aidé manuellement à les construire.

La venue des Pères avait eu lieu à Verviers, alors que l'on était près de l'entourer de défenses solides.

La localité était sur le point de conquérir enfin son titre de ville, mais son importante ceinture s'accomplissait en grande partie par corvées et les Récollets y prirent une part fort active.

« Depuis la porte d'Ensival jusqu'au vieux Stordeur à l'huile, estaient des walles de terre bien gazonnés et palisardés faits par les Pères Récollets, assistés des bourgeois; comme aussi la distance depuis la porte de la Péchérie jusqu'à celle de Limbourg, estait aussy gazonnée et palisardée par lesdits Pères. » (MS Berg.)

Ledit Stordeur est actuellement le moulin Vandresse.

Cependant ce n'était pas assez pour nos religieux d'avoir concouru à élever ces remparts de même qu'à les défendre, ils devaient aussi aider à les démolir alors qu'ils s'achevaient à peine.

En 1676, les Français ayant assiégé et pris la ville de Limbourg, obligèrent nos ayeux à raser leurs fortifications, dont ils étaient si fiers, et pour lesquelles ils avaient épuisé toutes leurs ressources.

Il fut ordonné de faire sauter tout ce qui ne pouvait être lestement abattu, tel sort fut assigné à la tour qui s'élevait au faîte des Mezelles en la prairie dite Martin. On l'avait surnommée Tour aux Rats.

Les Récollets craignant que les débris lancés par les mines ne détruisissent leur maison, adressèrent une supplique au comte d'Estrade alors gouverneur de Maestricht pour la France, afin d'être admis à raser eux-mêmes l'édifice condamné.

Le susdit gouverneur avait en janvier 1674 parcouru le Franchimont lors de l'occupation alternative des armées alliées et impériales et avait assisté au pillage de Theux y faisant prisonnier nombre d'officiers allemands. Pendant ce temps, les impériaux qui occupaient Verviers, avaient envahi le couvent des Récollets « y tenant prisonniers le comte de Corbelly et deux autres nobles officiers avec deux capitaines, qui firent rançon à Maestrich pour 3,000 écus. » (Ms Berg.)

Dès que l'église des Récollets s'était vue dédiée, l'on y établit l'an 1651 en l'honneur de son vocable, une Confrérie du Très Saint-Sacrement à laquelle s'associa la population de Verviers toute entière.

En 1687, le P. Godefroid Delvaux, de notre ville, homme très éclairé, donna un lustre extraordinaire à cette association. Cet important concours permit aux Récollets de déployer à ce sujet un entrain inconnu jusqu'alors parmi nous, en fait de solennités religieuses.

Une occasion favorable de faire montre de goût en ce genre, fut la canonisation faite par le Pape Clément IX, d'un saint de leur ordre, Pierre d’Alcantara.

« La solennité fut annoncée pour le 24 octobre 1669 avec octave, messes solennelles, prédicateurs nouveaux chaque jour, etc.

Une foule innombrable s'y rendit: l'on organisa deux magnifiques processions parmi la ville avec les figures et représentations de la vie du saint.

Jamais cette ville n'avait veu si belle solennité ni ouy si bonne musique.

Le seigneur prince de Nassau, gouverneur de Limbourg, portant le collier de la Toison d'Or y vint avec toute sa cour, ses trompettes et timballes, il suivit le Vénérable.

Le soir on fit de grands feux par les rues et des illuminations parmi les fenêtres des maisons.

La même fête se reproduisit encore en septembre 1691, au sujet des canonisations de Jean Capistran et Pasqual de Baïlon. « (Ms Berg.)

Cependant cette prospérité dont étaient entourés les PP. Récollets, se couvrit de quelques nuages pendant les années 1658 à 1664, par la venue en notre ville de nouveaux religieux, Carmes et Capucins.

Les premiers occupants mirent tout en oeuvre, pour s'opposer à leur admission, mais nous croyons ne devoir donner des détails sur ce conflit qu'en parlant d'autre part de ceux qui le provoquèrent.


RÉCOLLETS, AUTEURS AU 17e SIÈCLE.

D'entre les Récollets se livrant à l'enseignement à Verviers, plusieurs joignirent l'exemple aux préceptes littéraires en publiant le fruit de leurs études.

Le Père Valentin Marée, dont le lieu de naissance est inconnu, jouit auprès de nos devanciers d'une réputation méritée de piété, de science et d'aménité.

« Il résida successivement dans les trois maisons de son ordre à Liège, à Boland et à Verviers, où il fut vicaire et maître des novices. » (Biog. liégeoise.)

Il publia en 3 volumes in-4° le: Traité des conformités du disciple avec son maître, c'est-à-dire de saint François avec J.-C.

Chaque tome eut sa dédicace dont l'auteur favorisa les principaux protecteurs des trois couvents qu'il avait habités.

La première partie parut le 11 septembre 1656 comme hommage à Anne de Barbieux, veuve de Guillaume de Caldenbourg, haut drossard du duché de Limbourg; la seconde à Messire Fredéric de Marselier, seigneur de Parcy et autres lieux; et la troisième fut dédiée aux membres du Conseil Municipal de Verviers, en 1660.

L'auteur y représente aux membres de cette magistrature que Dieu ne les a mis si haut que pour mettre les vices en bas. « Afin de parvenir à ce but, vous devez (leur dit-il) marier la justice avec la miséricorde, et la miséricorde avec la justice. »

Le P. de Bure qualifie cet ouvrage de très rare, singulier et original.

Il est probable que Marée vécut à Boland et à Verviers sous le gardianat du P. Barthélemy Deschamps, liégeois, qui fut gardien en ces deux résidences avant d'entreprendre son voyage en Terre-Sainte.

Deschamps partit de Liège le 3 mars 1666, avec le P. Macide de Rorde professeur Récollet, était à Nazareth le 12 janvier 1667 où il reçut l'ordre d'aller à Sidon comme supérieur de la résidence des Cordeliers et commissaire de ce quartier.

Le 1er Avril il fut mandé à Rama. Le P. gardien de Jérusalem le destinait pour le Caire, comme curé des négociants français, mais la santé du P. Deschamps s'altéra. Il reprit le chemin de l'Europe le 20 Août 1667, et arriva sans avoir touché terre, à Marseille le 8 Octobre suivant, bientôt il revit Liège où dix années plus tard il publia:

Voyage de la Terre Sainte et du Levant, par le P. Barthélerny Deschamps, Récollet de la province de Flandre. « Cet ouvrage est estimé pour son style et l'exactitude de ses descriptions. » (Biog. liégeoise.)

Peu après, le Récollet Mathias Hauzeur, né à Herve en 1590, illustrait son ordre par le célèbre colloque de Limbourg, qui eut lieu le 19 Avril 1633, en présence d'une foule considérable de personnages de tout rang, dans lequel il confondit les agents du protestantisme établis en ladite localité. Cet éloquent défenseur de la foi mourut à Liège le 12 Novembre 1676, âgé de 86 ans, laissant diverses oeuvres de mérite, entr'autres:

1° Les actes de ses disputes.

2° Un traité intitulé Exorcismus catholicus magni spiritus hoeretici aculens ecclesiasticus.

3° Un traité contre la doctrine de Jansenius, titré: Anatoimae Sancti Augustini.

« En 1677, Georges Tirsay, excellent professeur de philosophie de l'université de Douay, expirait à Verviers » (Biog. liégeoise), où sans doute il enseignait au collège. Un travail ou livre dit de saint Antoine, que les PP. Récollets publièrent avec un subside de nos édiles en 1690 et dédièrent aux magistrats et bourgeois de Verviers, était sans nul doute oeuvre de l'un de nos religieux.


FAITS RELATIFS AU MIRACLE DE 1692.

S'il n'y avait eu qu'une voix pour applaudir aux faits et gestes des bons Pères, pendant tout le cours de XVIIe siècle qui allait s'achèvant, un fait merveilleux était assigné par la Providence pour donner un relief nouveau, une suprématie incontestée à leur église.

« Le 18 Septembre 1692 (dit le Ms Berg.), se produisit en cette ville un gros tremblement de terre qui abattit plusieurs cheminées, environ deux heures et demie après-midi, et vers les quatre heures encore une forte secousse. Ce fut ce jour et à ce moment qu'arriva ce prodigieux changement à l'image de N.-D. au portail de l'église des Pères Récollets à Verviers. »

Ces commotions vinrent jeter l'effroi parmi notre population qui toute entière descendit dans les rues, se porta vers les places, les églises et fut grandement étonnée à la vue du prodige qui s'était opéré à la façade de l'église du Très­Saint-Sacrement.

La statue de la Vierge qui s'y trouvait exposée au dehors de la façade, aux regards de tous, venait de s'y présenter dans une pose toute différente de celle que son galbe offrait avant la secousse.

Vierge Noire de Arnold Henrard
sur l'ancienne façade comprise dans le sanctuaire.
Copie de la Vierge
dans la pose d'AVANT le miracle

De ce fait nous ne redirons pas les attestations signées des noms les plus recommandables, apostillées par les bourgmestres et échevins de l'époque, publiées en 1697, et dont les originaux réimprimés en 1853, existent aux archives de l'hôtel-de-ville. Chacun connaît ces oeuvres, cependant citons le narré inédit d'un témoin qui semble oculaire, l'auteur du Ms Berg., disant:

« L'image de la très-sainte Vierge et de son Fils, sont deux statues de pierre de sable sculturées l'une à l'autre, placées dans une niche au frontispice de l'église sur la porte d'entrée.

Ces deux statues estoient scavoir:

L'image du petit Jésus éloignée de sa mère de plus d'un pied, de posture droite, tenant veue sur la porte d'entrée en la cour; la main droite levée et deux doigts d'icelle aussi levés comme en forme de donner la bénédiction aux passants et la main gauche estoit sur la poitrine tenant en icelle une boule bleuse pour signifier le monde, avec une, croix au-dessus.

L'image de la Vierge estoit de mine belle et fière tenant veue de même que Jésus et en sa main gauche un sceptre orange, éloigné de son corps en bonne distance. La main droite estoit cachée derrière la posture de l'enfant; en sorte que les deux mains de la mère et l'enfant estoient séparées l'une de l'autre de deux pieds et demy.

Mais le tremblement de terre arrivant le 18 septembre de l'an 1692, les deux dittes postures firent des mouvements si prodigieux que, sans aucune fraction, les deux mains, scavoir la droite de l'enfant et la gauche de la mère, se joinnirent l'une à l'autre si fortement que les mains de Jésus estoient toutes cachées dans celles de sa mère, ne ressemblant qu'à une masse de pierre; on ne voyet que des petits déligneaments qui marquaient la forme des doigts de Notre-Dame.

Leurs faces estoient fixées l'une à l'autre ne regardant plus sur la porte comme devant et restèrent en cet estat l'espace de 28 jours, après quoi on apperceu par un second miracle, les doigts de la main de la Vierge s'ouvrir et eslargir si bien que la main de Jésus sortit de celle de sa mère, eux ne se regardant plus si fortement que du passé.

A ce spectacle tout le monde y accourut en foule. Toute la nuit suivante le tremblement de terre, il n'y manqua pas qu'il n'y eut du monde assez en grande dévotion, allumant des chandelles à l'entour des dittes images, et de suite tous les jours la dévotion s'augmente par de grands nombre d'affligés qui viennent de toutes parts offrir leurs voeux à Dieu et à la Vierge Marie, aux pieds de ces saintes images. Des aveugles y ont reçu la veue, des sourds l'ouye, des hydropiques la santé comme aussi des paralitiques et des lépreux. Le sujet pourquoi elle fut appelée Notre-Dame de Miséricorde, fut, qu'au tremblement de terre susdit, chacun voyant tel prodige estre arrivé cria : Miséricorde!

Le peuple y estant alors assemblé chanta les litanies de N.-D. de Lorette, entonnées par Gérard Henry Colar, bourgeois de cette ville, et sur la fin d’icelle, avant les Agnus dei, il chanta sans sugération Mater Misericordiae ora pro nobis, à quoi le peuple réitera le même dictame. »

Le P. Duriau, liégeois, qui mourut en 1753, moine du Val-Dieu, auteur d'un recueil manuscrit, (appartenant aujourd'hui à M. le chanoine Henrotte), donne au tome 26, p. 475 les mêmes détails à peu près que ci-dessus et les résume comme suit:

« Mais le 18e jour de Septembre 1692, en ce grand tremblement de terre on vit des changements prodigieux dans les susdites deux images et plus de 4000 personnes accoururent sur la grande place pour voir ces merveilles

1° Dans celle de Jésus dont les pieds étaient fixés sur son pied d'estal, en la même manière qu'ils étaient auparavant et tout le reste du corps s'est tourné vers sa mère, la regardant en face. Pareillement, la Vierge a tourné la tête vers celle de son fils qui la regardait amoureusement.

2° Les deux mains éloignées de plus de deux grands pieds scavoir: la gauche de la Vierge et la droite de Jésus se sont empoignées devant le sein de la Vierge; celle-ci tenant sous sa main gauche la droite de celui-là et la lâchant entièrement. Ensuite, l'on a vu la main du petit Jésus se dégager peu à peu de celle de sa mère, et paraître à travers les ouvertures de ses doigts qui se sont formés distinctement et élargis comme on voit à présent. Car auparavant, cette main gauche de la Vierge qui tenait le sceptre était sans forme, c'était comme une main de pierre solide et quelques simples traits de pinceau faisaient quelqu'apparence des doigts, étroitement fermés l'un à l'autre, mais présentement la main s'est formée parfaitement, par un ouvrage invisible, avec les doigts élargis, comme au naturel et empoignant la droite de Jésus. »

De nos jours M. Collin de Plancy, a reproduit ce sujet en ses légendes de la Vierge (p. 155) seulement, il anime son récit en plaçant le changement l'issue de la messe, tandis qu'il eut lieu dans l'après-dînée. L'auteur des dites légendes a pris pour titre de sa notice: « Si une statue peut se mouvoir. »

Quoi qu'il en soit, « Mgr le grand vicaire de Liège, Faes, fit bénir solennellement ladite image par le révérend gardien du dit couvent, le jour de la close Pâques 1694. En l'an 1697, Mgr le révérendissime co-administrateur et grand-vicaire de Liege, Bernard Guillaume de Hinnisdael, permit de faire la solennité des prodiges, avec octave, le 8 de septembre, jour de la Nativité, » (Note d'un poème de l'époque.)

Detrooz, p. 142, parlant de ces faits nous apprend que « quelques années après l'arrivée du premier miracle, le Pape approuva par une bulle la dévotion qui attirait le peuple dans cet endroit et reconnut comme véritables les miracles qui s'y étaient opérés. J'ai vu (dit cet auteur) les cahiers des preuves que l'on fit parvenir à Sa Sainteté à cet effet.

Tant de personnes dignes de foi, des magistrats, tous les médecins, tous les chirurgiens de Verviers et des environs, des ecclésiastiques, ceux qui ont été favorisés par des miracles: tant de personnes ont déposé affirmativement et avec cause de science sur leur réalité que les plus incrédules qui feraient la même lecture, auraient peine à ne pas y croire. »

Quelques mots des 104 déclarations du temps publiées en 1696 par le Père gardien Sylvius, ne seront peut-être pas déplacés ici:

La première est de Jean Sanglier, de Grandmont, peintre, âgé de 34 ans, résidant à Verviers. Après avoir attesté le changement, il donne pour preuve de la justesse de ses observations et du souvenir de la première pose du groupe, que deux ans auparavant il avait employé six jours à le nettoyer et repeindre.

2. Lambert de Batis, de Verviers, âgé de 73 ans, affirme qu'il avait pris l'habitude avant 1092 de conduire souvent ses enfants et petits enfants devant la statue, « tant pour les former à la piété que pour leur faire remarquer que l'enfant Jésus avait la main levée pour les frapper ou les châtier s'ils faisaient les mal appris; » qu'après le tremblement de terre la main de la mère couvrait celle de son fils.

5. Jean Quintin, tailleur de pierre, bourgeois de Verviers, âgé de 35 ans, confirme les mêmes faits, disant qu'il avait depuis longtemps considéré cette statue autant par respect que parce qu'elle lui plaisait comme oeuvre d'art.

6. Mathieu Goffin, âgé de 40 ans, maître peintre sculpteur et graveur d'images, et Catherine Collard Bertholet, sa femme, tous deux de Verviers, déclarent que certain jour celle-ci demandant à son mari pourquoi la statue du petit Jésus posé près de la Vierge des Récollets, tenait les doigts élevés, le mari répondit que le Sauveur voulait bénir, ensuite il alla s'assurer de cette pose par lui-même. « Le jour du tremblement de terre l'épouse Goffin conduite par la rumeur publique se trouvant en présence de la statue avec deux ou trois personnes arrivées de suite après le changement, vit les deux figures tournées l'une vers l'autre tenant leurs mains réunies. »

Outre l'exposé de ces observations et des guérisons remarquables qui s'y manifestèrent, l'on trouve encore au dit recueil la confirmation des faits par le docteur Delvaux, les chirurgiens Fassin et Perpéte, ce dernier de Herve.

La célébrité médicale de l'époque, Nicolas de Limbourg, traça les lignes suivantes à ce sujet :

« Moi, Nicolas de Limbourg, chirurgien â Theux, je juge et déclare que la manière dont le jeune Meise a recupéré l'ouïe est tout à fait surnaturelle et qu'on doit la considérer comme telle.

Fait le 25 Septembre 1693. N. DE LIMBOURG chirurgien. »

Ce Mathieu Meise était sourd de naissance, âgé de 19 ans, et berger à Oneux.


CONSTRUCTION DE LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME.

« Sous l'invocation de N.-D. de Miséricorde, il fut créé une Confrérie en l'église des Récollets, l'an 1698, par ordre de S. A. S. E. Joseph Clément de Bavière, évêque et prince de Liège, et par le bref de N. S. P. le Pape Innocent XII qui l'orna de quantité d'indulgences. Le Saint-Père les data de Sainte-Marie-Majeure, le 28 juin de la 7 année de son pontificat 1698. Mgr Hinnisdael, grand vicaire y ajouta 40 jours de pardon à ceux qui assisteraient aux litanies qui se chantent tous les jours en l'église après complies, pour mémoire â la postérité.

Or comme la niche où reposent les saintes images estoit à jour, battue du vent et pluie, un certain Frère Henri Mathieu, tertiaire conventuel, collecta peu à peu quelque denier dont il fit bâtir sur le portail, une petite chapelle toute entourée de vitres pour abriter les saintes postures.

Le bruit de tout cela ayant couru dans tous les cantons du monde catholique, les pieux pélérins y viennent au temps d'esté et temps très-fâcheux, même en hiver, y faire leurs dévotions. Des processions sont en cette ville presque chaque semaine, chacun recevant en satisfaction ses voeux par l'intercession de la sainte Vierge. »

(Ms Berg.)

Le Pape Clément XII par bref du 3 décembre 1739 attacha une indulgence plénière et perpétuelle aux fidèles visitant l'église le 18 septembre, en commémoration du miracle.

« Il faut scavoir aussi que les religieux n'ont pas toujours esté assidus aux litanies, ç'a esté le peuple qui les a induit à cette dévotion, car du premier c'estoient les bourgeois de ceste ville qui les chantoient avec quantité de peuple, principalement des ouvriers qui pendant le relâche du temps de souper alloient dévotement chanter les louanges de la Mère de Miséricorde devant son image, même en plein hiver.

Longtemps, elles furent entonnées par honaîte et vertueux jeune homme Bertrand Rigaux, secondé par d'autres personnes pieuses des deux sexes mais après l'approbation de l'ordinaire, le R. P. gardien Jacques Sylvius, remercia le dit Rigaux pour les faire chanter par ses religieux, comme ils le font.

Plusieurs enfants morts nés ont reçeu le baptême devant la ditte image, quoy que l'abrégé de l'histoire en fasse peu ou point mention; mais d'après les déclarations dont j'ai été témoin, il y a des assurances que des enfants son venus au monde sans vie et l'ont reçue à l'invocation de N.-D. de Miséricorde. »

(Ms Berg.)

Cependant la foule n'avait nul abri au-devant de l'église, le parvis semblait être devenu le vrai temple, par la foule qui ne cessait d'y stationner. C'est pourquoi l'on résolut d'entourer la sainte image d'une enceinte capable d'abriter les fidèles.

A ce sujet, nos archives communales ont conservé les trois pièces suivantes d'un intérêt tout particulier

« Messieurs les Bourgmestres et gens du Conseil de la ville de Verviers, ayant appris que plusieurs personnes tant de cette ville qu'étrangers estaient par une dévotion et zèle pour la gloire de Dieu et l'honneur de la glorieuse Mère de Miséricorde intentionnés de faire quelques aumônes pour l'érection d'une chapelle ou agrandissement de l'église des RR. PP. Récollets, ont commis et dénommés comme par cette commettons et dénommons le sieur Bourgmestre Welt-Hauzeur et le sieur Pierre Piron pour recevoir les dites aumônes et les appliquer comme dessus.

Actum ce 10 Mars 1698.

Par Ordonnance (Signé) B. Jodoci.

Les Bourgmestres et gens du Conseil de la ville de Vervier, spécialement assemblés en corps au lieu accoutumé ayant yeu et meurement considéré le plan et dessein dressés par le Frère Antoine Robet, Récollet, d'une chapelle à faire à l'honneur de N.-D. de Miséricorde au frontispice de l'église des RR. PP. Récollets de cette ville, leur présentés par le R. P. gardien dudit lieu, n'y ont rien trouvé à dire, au contraire ont approuvé autant qu'en eux est, le bon dessein de cette entreprise, souhaitant qu'il se puisse mettre au plus tôt à exécution, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Fait à la Maison de Ville, dans la grande salle, le 6 Octobre 1700.

Par Ordonnance (Signé) J.-B. Jodoci.

Les Bourgmestres et gens du Conseil de la ville de Vervier, assemblés en corps, sur les instances leurs faites, par le R. P. gardien d'estre en devoir d'agrandir leur église pour y treuver une chapelle à l'image miraculeuse de N.-D., déclare pour avancement de cette oeuvre pieuse, de leur accorder par forme d'aumône et appliquer à ce dessein la somme de six cent florins BBants qui leur serat fournie en temps opportun. »

Actum, ce dernier Octobre 1700.

La réalisation du projet ne se fit pas attendre: Le 2 Novembre 1700 l'on posa la première pierre de la chapelle N.-D., faisant corps avec l'église et telle en son ensemble qu'elle existe encore.

« Cette première pierre fut posée au nom de S. A. E. évêque et prince de Liège, par le bourgmestre Pingray, et la seconde par le sieur Pierre Stembert, aussi moderne bourgmestre de Verviers, au nom du seigneur Charles Ernest de Lynden, comte d'Aspremont, gouverneur de Franchimont; la troisième au nom de la ville de Vervier, et de suite en suite selon le rang des personnes. »

(MS Berg.)

Quoique la fin de ce texte soit assez obscure, l'on peut supposer cependant que l'on se contenta de ces trois premières pierres citées.

Au demeurant, cette cérémonie donne une idée de l'importance que l'on attachait au sujet qui l'avait provoquée, et de l'impression produite par le miracle de 1692.

Peu d'années après l'adjonction de cette annexe au monument primitif, l'affluence et la générosité des fidèles donnèrent lieu à la pièce suivante:

« Joannes Baptista Dei et Sanctae sedis gratia Archiepiscopus Tarcensis, etc, etc., concedimus licentiam supra petitam; volumus tamen quod Elemosinae omnes a deputatis magistratibus diligenter in particulari libro annotentur; sicut et ipsarum conversio, quae nonnisi in casum supra dictae cappellae fiat et singulis annis mense julio de iisdem elernosinis patri guardiano conventus rationem reddi mandamus.

Datum in abbatia Sancti Laurentii prope Leodium die 29 Juny 1709

Signatum Joannes Baptista Archiepiscopus Tarcensis nuntius et visitator apostolicus et de mandato Illustriss et Rncliss Dni mei J. Roida abbreviator. »

C'est-à-dire: Nous, Jean-Baptiste, par la grâce de Dieu et du Saint-Siege, archevêque de Tarse, etc., accordons le permis ci-dessus demandé.

Toutefois nous voulons que toutes les aumônes soient consignées par les magistrats députés, dans un registre spécial, et que leur application ne puisse se faire que par la susdite chapelle, et seulement dans un cas urgent.

Nous ordonnons aussi que chaque année au mois de Juillet, il soit rendu compte de ces mêmes aumônes au Père gardien du couvent.

Donné à l'abbaye de Saint-Laurent, près de Liege, le 29 Juin 1709.

Signé : JEAN-BAPTISTE, archevêque de Tarse, nonce et visiteur apostolique et par ordre de mon très-illustre et très-révérend seigneur, J. Roida abbréviatr.

Aussitôt que la chapelle fut achevée, ses parrois se couvrirent d'ex-voto de tout genre. De nombreux tableaux y représentèrent les guérisons et voeux exaucés par l'intercession de la Vierge Marie; d'entre toutes ces oeuvres, l'on montrait comme étant la plus parfaite une religieuse Récollectine sur son lit de mort.

De nombreuses et belles pièces d'argenterie y furent appendues aux murs et dans l'espace D'entre celles-ci, l'on remarquait un chandelier à sept branches tel qu'est décrit celui du temple de Jérusalem; un riche encensoir donné par l'hermite qui en ce temps habitait la Tourette aux Mezelles, mais par dessus tout, l'on admirait un vaisseau, d'argent aussi, de trois pieds de long, portant équipage complet, toutes voiles déployées, et s'agitant à la moindre brise. Il était suspendu à la voûte par une chaîne de cuivre. Ce don était dû à un voeu fait sur mer par l'un des membres de la famille Biolley-Pirons, pendant une tempête.


DU COLLEGE ET DE SES ETUDIANTS

Le Collége des Récollets, dès sa création, fut placé sous le patronage de saint Bonaventure, célébrité de l'Ordre. Ce vocable porte à croire que le fondateur de cet établissement fut Bonaventure Bidar, appelé en notre ville en 1627, et premier gardien du couvent.

Le P. Bouille (t. 3, p. 319) rapporte que « les Récollets y enseignèrent en vertu de leur admission, les Humanités, la Philosophie et la Théologie. »

Cette dernière branche ne fut établie que vers 1675. A ces divers cours l'on y joignit les Mathématiques.

« Les Pères rendirent de si bons devoirs (dit le Ms Berg) en éclairant la jeunesse, cathéchisant les ignorants, bannissant les superstitions, que Verviers, par leurs vertus, acquit les bénédictions du Ciel. »

Le premier d'entre leurs élèves que nous trouvions cité par nos auteurs, est Jean de Sonkeux, frère de Henri, le chroniqueur fécond dont les Notices Historiques ont souvent parlé. Celui-ci traça quelques lignes à la mémoire de son puîné, disant:

« Jean naquit le dernier jour de l'an 1655, dès sa présence à l'école, il y remporta tous les premiers prix, et fut l'un des principaux acteurs dans les comédies que les Pères font tous les ans à la St Remacle. » (3 Septembre).

Il se rendit ensuite au séminaire de Liège pour continuer ses études, et y soutint des thèses sur la philosophie universelle, qu'il dédia au comte Ferdinand de LYnden, gouverneur de Franchimont.

Jean de Sonkeux en 1681, fut reçu Bénédictin de l'abbaye de Saint-Hubert, sous le nom de Dom Adalric; il y professa la philosophie, en 1687, devint trésorier du monastère, intendant de la maison et abbé coadjuteur. Son Ordre le chargea de missions importantes, entr'autres à Vienne en 1694, après la mort de Jean-Louis d'Elderen, prince-évêque de Liège, pour y mettre l'abbaye de Saint-Hubert sous la protection spéciale de l'empereur. Il fut ami de ce prince défunt et de son successeur Joseph-Clément de Bavière, qui sut apprécier les profondes connaissances de cette intelligence d'élite. J. de Sonkeux reçut des marques de satisfaction du roi Louis XIV, ayant eu l'honneur de prêcher en sa présence à Luxembourg, et de l'y complimenter au nom de toute la province, le 22 Mai 1687.

A la suite d'une fièvre violente, le 11 Mai 1694, s'éteignit en son abbaye, âgé seulement de 38 ans, ce concitoyen distingué. (Voir Notices Historiques, t. 2, p. 317 et Biog. Liég.)

En 1680, nos étudiants parurent sur la scène politique, le Ms Berg. relate ainsi leur équipée:

« Contrôleur et péagers battus et chassés de cette ville. L'impôt du 60e ayant été aboli depuis la démolition de la citadelle de Liège, les Messieurs du chapitre le voulurent rétablir par tout le pays. Ils placèrent un comptoir à Vervier, y envoyèrent un nommé Martin Wilguot avec des visiteurs à ce faire, mais ce jour leur fut fatal: La première tentative fut faite par nos étudiants, secondés par les serviteurs des métiers. Le contrôleur et les péagers furent traînés hors des maisons où ils logeaient et conduits hors de la ville par les dits serviteurs à coups de pierre, jamais Wilguot et ses adhérents ne furent en si grand péril de perdre la vie. »

Un demi siècle plus tard, l'Administration communale, vu la turbulence de la jeunesse écolière, lança du haut de son siège magistral, l'acte ci-après que nous trouvons aux archives:

« Les Bourgmestres et gens du Conseil de la ville de Vervier, assemblés en corps sur la maison de ville, apprenant avec indignation que plusieurs étudiants du collège de St Bonaventure à la fin de leurs cours font des dégâts dans ces écoles du dit collège en y arrachant et renversant les bancs, pulpîtres, et commettant plusieurs autres désordres, requièrent de rechef les RR. PP., maîtres des dits étudiants, de tenir la main et advigiler sérieusement pour empêcher de pareils dégâts et désordres et de prendre des informations pour connaître ceux des dits étudiants qui ont fait de tels dégâts afin de pouvoir les obliger aux réparations d'iceux à leurs frais et contes.

Et tandis, défendent, aux dits RR. PP. maîtres et préfect des dits étudiants, de donner des prix à tous ceux qui seront convaincus d'avoir commis des excès pareils.

Fait au Conseil le 23e Août 1737.

Etait signé par ordonnance J.-N. MERCIER, absente scriba. »

Cette semonce fut bientôt suivie du fait suivant :

« En 1739 les élèves pour un manque d'égards dus à leur adolescence, (disent les Not. Hist., t 1er, p. 27) avaient fait une petite révolution ou plutôt beaucoup de tapage pour un peu trop de sévérité de la part de trois professeurs, à l'égard de jeunes gens qui se regardaient déjà comme des hommes faits et ne pouvaient souffrir qu'on les traitât comme de petits écoliers. »

La municipalité exigea réparation par le retrait des accusés, ce qui s'exécuta selon le désir des Bourgmestres dont la lettre conservée aux archives municipales est ainsi conçue:

« Les Bourgmestres et magistrat de la ville de Vervier assembles en corps sur la maison de ville, ordonnent que les clefs tant du collège que des classes tenues par les RR. PP. Récollets, soient incessamment mises en mains de leur huissier, pour être remises en celles du dit magistrat, requérant le R. P. gardien, d'écrire au plus tot au R. P. Provincial pour qu'il fasse sortir de même les trois maîtres actuels des dites classes et en envoie et établisse d'autres, faute de quoi les RR. PP. Récollets ne devront plus s'attendre à aucune grâce ni faveur de la part du magistrat.

Fait au Conseil de la ville, le 15 Janvier 1739. Par ordonnance:

(Signé) C.-E. HANSTER. »

(Alors étaient régents MM. hubert Godin et Jean-François Delmotte).

Rien ne nous apprend si à cette époque l'instruction se donnait dans le couvent même ou dans le bâtiment que remplace aujourd'hui le local de la Société de Chant, lequel s'appelait Sodalité, servit aux cours et appartenait à la ville.

Disons par parenthèse que l'ancienne clochette de ce collège, existante encore à l'hôtel de ville, porte la date de 1648.

Il est probable que la susdite bâtisse, affectée aux besoins de l'instruction renfermait les classes d'une certaine catégorie et le couvent celle d'une autre, vu les deux espèces de clefs réclamées par la lettre précédente.

Une muraille réunissait la chapelle de la Vierge à ce collége dont la porte cintrée portait ce chronogramme

SODALITAS DoNo CONCEDIT.

C'est-à-dire qu'il fut concédé par le Conseil en 1752.

Le nombre croissant des élèves put provoquer ce don, si la magistrature n'y eut pas pour mobile un moyen d'action plus direct sur l'établissement.

Une autre inscription lapidaire, ornait extérieurement la porte de la cour donnant sur le parvis de l'église. Elle portait

Collegium et Scolae sancti Bonaventurae consulum.

JEAN-FRANÇOIS BIOLLEY ET JEAN-HENRI FRANQUINET.

Ces bourgmestres siégèrent en 1767.

Auprès de l'inscription était une niche contenant une statue de saint Bonaventure.

En mai 1756, deux étudiants, Nizet et Dujardin, s'étant avisés de lancer des pierres avec des frondes, le premier en eut la tête brisée.

L'on a vu qu'ensuite de l'incident ou conflit de 1739 les élèves jouirent cette fois d'un triomphe qui ne fut point fait pour affaiblir en eux l'ardeur belliqueuse partage de leurs ancêtres, à preuve, la scène suivante prise d'un manuscrit dû à François-Joseph Bragarde, auteur verviétois, mort en 1777, il dit:

« En 1758, le 17 du mois d'Août, un déserteur était venu se réfugier à Verviers. » Il possédait les sympathies de nos étudiants, peut-être en qualité d'ex-condisciple, le chroniqueur se tait sur ce point; bref, « un détachement fut envoyé du château de Franchimont pour s'emparer du délinquant, ce qui eut lieu.

Déjà les archers sortaient de la ville avec leur proie quand les élèves l'apprenant coururent s'emparer d'armes, de fusils, poursuivirent la troupe et l'atteignirent près de Heusy, au pied du Jonckeu.

Là un combat réel fut livré, plusieurs soldats du régiment furent blessés, mais d'entre les élèves, l'un eut la cuisse cassée et en mourut le lendemain. (2) »

Un autre malheur mit la ville en émoi, dans l'année 1775. « Le 19 Juin, le jeune Grayet de Crapaudrue, âgé de 13 à 14 ans et déjà très instruit, se noya près de la foulerie Biolley » (aujourd'hui au Chat) « il fut reporté à la Sodalité ou collège et le 21 du dit mois, il lui fut fait une belle sépulture, à la paroisse où on le porta. En tête du cortège, marchaient les professeurs, les élèves suivaient avec des étendards, puis venaient les PP. Récollets ensuite six Carmes et six Capucins. » (Ms Berg.)

Ces religieux avaient à faire à forte partie en présence de l'animation de leurs élèves et la malice de ceux-ci ne se montra pas moindre que leur résolution: Chacun connaît cette historiette affirmée par Detrooz, en son histoire du Marquisat, disant qu'un élève condamné par les Pères à gravir le mont de Hôbiet avec des petits pois dans ses souliers, éluda le douloureux de cette punition en faisant cuire les dits pois.

Nos Récollets afin d'exciter toute émulation parmi la jeunesse, donnaient aux cérémonies de reddition des prix un apparat tout à fait remarquable.

Une vaste estrade était construite sur la place qui portait leur nom; un théâtre y était élevé et l'on y offrait à l'assistance drames et comédies, voire même des ballets.

Les pièces représentées furent souvent dues à la verve locale.

Pendant la seconde moitié du dernier siècle, l'auteur en vogue en ce genre, fut François-Joseph Bragarde, dont il fut déjà parlé.

Il n'est pas à notre connaissance que ces pièces ayant été imprimées en entier cependant leur analyse ou programmes très détaillés résumant le débit des rôles étaient distribués aux spectateurs. Nous possédons l'un de ces imprimés comprenant 8 pages petit in-quarto et dont la reproduction entière trouvera mieux qu'ici sa place, en une biographie, néanmoins, voici le trait y intéressant le collége, par les noms des élèves acteurs.

BETHULIE DÉLIVRÉE, TRAGÉDIE

Dédiée à Messieurs, Monsieur Jacques-Joseph Zinch et Monsieur Jean-Joseph Fion, Bourgmestres, et Messieurs du Magistrat et Conseil de la ville de Vervier, par la libéralité desquels les prix sont distribués. Elle sera représentée par les étudiants du Collége Saint-Bonaventure, sous la direction des PP. Récollets, le 27 Août 1773, à une heure après-midi.

ACTEURS DE LA TRAGÉDIE:

JUDITH, VEUVE DE MANASSÊS, Pierre-Jos.- Arnold Pelser, de Limbourg, Syntaxien.

ABRAM, SUIVANTE DE JUDITH, Jean-Henri Lamberty, de Verviers, Idem.

HOLOFERNE, GÉNÉRAL D’ARMÉE, Antoine-Joseph Dandrimont, de Theux, Rhétoricien.

ARSACE, CONFIDENT D'HOLOFERNE, Henri-François Pironet, de Stavelot, Poëte.

MANASSES, BEAU-FRÈRE DE JUDITH, Toussaint Dandrimont, de Theux, Rhétoricien,

ELIACIM, GRAND PRÊTRE, Olivier-Joseph Renier, de Vervier, Idem.

OSIAS, SUIVANT D'ELIACIM, Pierre Joseph Bluyssen, de Vervier, Grammairien.

MÉRARÉ, COMMANDANT DE BÉTHULIE, Michel-Joseph Petitbois, de Vervier, Figuristien.

ACHIOR, ROI, Jean-Philippe Jacquinet, de Charneux, Idem.

RUBEN, OFFICIER DE BÉTHULIE, Jean-François Constant, de Vervier, Idem.

VAGAO, OFFICIER D’HOLOFERNE, Lambert Joseph Loupart, de Vervier, Poëte.

TERAMENE, OFFICIER D'HOLOFERNE, Jean Richard, de Spa, Figuristien.

LES GARDES,

Le titre de Figuristien a trait aux figures de la Syntaxe, leur progression se nommait première et deuxième figures, correspondant aux quatrième et troisième classes des établissements actuels; alors aussi les élèves de poésie se nommaient verseurs.

Le spectacle devait se terminer par une comédie intitulée le Dissipateur.

Les acteurs y étaient les mêmes que pour la tragédie, à cette différence près que Jacquinet et Henri Richard y tenaient des rôles de femme ainsi que Pelser et Lamberty.

Mais pendant qu'une foule nombreuse goûtait toutes les péripéties de la scène biblique, tout à coup un cheval fougueux traînant une charette débouche sur la place, se rue vers l'assistance mise bientôt dans un affreux désordre, passe sur le corps d'un vieillard et le tue.

Bragarde, en sa chronique, nous apprend aussi ce fait sans indiquer si cette tragédie trop réelle interrompit la représentation.

Nous croyons utile de faire connaître quelques détails sur la manière dont l'instruction était distribuée dans le Collège de Saint Bonaventure.

Voici à ce sujet quelques passages des mémoires inédits de l'un des élèves, feu Thomas Angenot; travail que nous espérons publier un jour en entier.

Notons encore qu'à la date 1788, par laquelle l'auteur débute, notre futur poëte avait 15 ans, laissons le donc parler.

« Je revins au Collège et l'on m'y reçut comme verseur, l'instruction m'était donnée gratis; en retour, j'étais tenu de laver l'école tous les samedis et à la balayer chaque jour, mais cela me valait par mois deux sous de chaque élève payant. Ils étaient trente, je recevais donc trois florins (le florin de Liège valait 20 sous de Liège, ou 1 franc 18 et se nommait kaurlus).

Tous les verseurs réunis allaient chaque mois, avec la permission de la Magistrature, faire la quête dans les bonnes maisons de la ville, ce qui nous fournissait à chacun trois florins. Je fis des progrès; étant en syntaxe, je pus aller comme répétiteur chez les élèves de grammaire et donner des leçons de lecture. »

L'on voit que grâce à la libéralité de nos concitoyens, les élèves pauvres trouvaient encore des ressources en outre de leurs études. Laissons maintenant l'auteur susdit nous décrire un concours et la cérémonie du couronnement.

« Je devais commencer mon nouveau cours au Collège par l'étude de la poésie, mais un certain Gathoye de Stembert qui en sortait pour entrer en rhétorique avait jusque là remporté tous les prix et n'avait plus qu'à vaincre en ce dernier concours, pour obtenir le triomphe du couronnement. Cela piqua mon émulation, je sautai la poésie, j'entrai en rhétorique avec lui et nous nous escrimâmes toute l'année de manière à rendre la victoire incertaine, jusqu'à la dernière composition qui devait décider.

Le premier exercice fut l'examen sur toute la rhétorique que nous avions apprise par coeur pendant l'année; il nous fut laissé quinze jours pour nous préparer à cet examen.

J'y fus le premier.

Restait la composition. Au jour fixé, l'on nous donna le sujet à traiter en latin; j'y écrivis en recopiant un tuos pour un thuas et je perdis le prix, mais contre toute justice il ne fut pas possible de persuader au public que j'avais été vaincu.

Quoi qu'il en soit, l'on me choisit pour prononcer le discours au couronnement. Cette cérémonie avait lieu dans la salle de l'hôtel-de-ville, au premier à gauche, où se tient encore actuellement le Conseil de Régence.

Le P. Augustin Clément, notre préfet et professeur de poésie et de rhétorique qui craignait que je ne fusse intimidé par la foule, rue proposa de se mettre derrière mon fauteuil pour me souffler en cas que je vinsse à hésiter, mais je le priai de n'en rien faire, me fiant à ma mémoire.

Au jour marqué, on couronna Gathoye dans l'enceinte du Collège et de là nous le conduisîmes à l'hôtel-de-ville.

Les élèves de toutes les classes marchaient devant lui, sur deux rangs, vêtus de bazin blanc, chapeaux et souliers blancs, parce qu'ils devaient danser des ballets en l'honneur du vainqueur; chacun portait à la main une branche de laurier.

Pour moi, je marchai à côté du couronné, vêtu de bleu et coiffé comme un abbé.

En arrivant, nous trouvâmes dans la salle une nombreuse compagnie, car la révolution avait déjà éclaté en France et refoulé une partie des grands du royaume dans notre pays.

Je me trouvai donc pour prononcer mon éloge, en face d'une partie de la noblesse française, tant ecclésiastique que séculière, rangée sur des fauteuils. Après le couronnement, nous nous transportâmes chez M. François Biolley, qui était alors Bourgmestre. J'y fus de nouveau complimenté de la manière la plus flatteuse. M. Biolley me présenta sur une assiette volante un un verre de vin auprès duquel se trouvaient quatre couronnes de France, qu'il me pria d'accepter pour ma mère et me dit ensuite: si vous voulez continuer vos études allez à Cologne, je pourvoirai à votre entretien. »

Cette cérémonie de couronnement fut la dernière du genre à laquelle donna lieu l'institution de nos Récollets.

En ce temps se distinguaient entr'autres comme professeurs les Pères Etienne Leboutte, d'Ensival, André Roland, de Liège, Ernest Dejardin, de Ciney, et Archange Guittard, de Prume.

Ajoutons à propos des ballets dont il fut parlé, qu'ils étaient conduits alors par maitre Larose, de Verviers, qui, à cette fin, tenait un vaste local en la maison de Damzeaux, Pont-aux-Lions, et dite al Saule, aujourd'hui démolie. Les témoins de sa dernière oeuvre chorégraphique en parlèrent longtemps, et nous avons ouï des vieillards citer avec admiration le bouquet final, dans lequel parurent huit des danseurs les plus adroits, tenant chacun une épée dont ils soutenaient aussi haut que possible la couronne qu'ils descendirent sur la tête du vainqueur assis sur un trône, tandis que le groupe l'entourait et le couronna en mettant genou à terre. Bientôt après ce joli triomphe se présenta l'ère de dévastation pour les communautés religieuses, elle étendit ses désolantes fureurs sur notre ville. La maison des Récollets malgré tant de services rendus, ne devait point échapper aux étreintes des bandes spoliatrices se disant des disciples de la liberté.


MUNIFICENCE DE LA VILLE ENVERS LES PP. RECOLLETS.

L'on a pu remarquer ci-dessus en la lettre leur adressée en 1739 par notre magistrature, la menace faite de retirer à l'établissement les faveurs lui accordées par la cité, s'il n'était fait droit aux réclamations des étudiants.

Les Notices Historiques, t. 1, p. 27, demandent quels pouvaient être les avantages signalés; nos archives communales nous fournissent les sujets suivants:

« Le Bourgmestre et Conseil assemblé sur la maison de ville, sur proposition faite que R. P. Henry Delvaux vicaire des PP. Récollets et stationnaire de cette ville, serait obligé d'aller à Aix pour sa santé, ont trouvé à propos de lui subministrer pour son dit voyage et subvenir à ses nécessités, une somme de dix écus que le Sr Bourgmestre de Hasinelle pourra lui faire remettre à compte à ce entendu que la ville ne l'a gratifié de rien l'an passé.

Fait le 26 Mai 1690. »

Les mêmes « requièrent le Bourgmestre de Charneux de donner aux révérends Pères Récollets de Verviers, une somme de 60 florins BBants pour assister à payer l'imprimeur du livre de saint Anthoine dédié au magistrat et bourgeois de cette ville.

Actum Vervier ce 11e Novembre 1690. »

Idem « accordent aux révérends Pères Récollets de cette ville, une charité de quinze écus pour être employée à reblanchir leur église requérant le sieur Bourgmestre Franquinet leur sindicq de leur fournir et de les porter dans ses comptes.

Fait ce 12 Mai 1721.

Par ordonnance: H.-C. NIZET. »

« Les Bourgmestres et gens du Conseil de la ville de Vervier assemblés en corps sur la maison de ville déclarent de céder et donner en aulmnône et charité aux R. P. Récollets de cette ville, les matériaux bois et ferailles à provenir de la démolition de la petite loge ou bâtiment en haut du pont proche des dits R. P. sur la rivière de Vesdres provenant de Messieurs du magistrat de la dame douairière de Herve, à charge toutefois de faire à leurs frais le plustôt possible la ditte démolition.

Fait au dit Conseil le 7 Juin 1723.

Par ordonnance: H. NIZET. »

Mais d'entre les dons offerts les plus importants, sans doute, consistèrent dans la cession du local du collège, les frais de représentation aux redditions de prix et ces prix eux-mêmes (3).

Beaucoup de spécimen des prix doivent être conservés; nous en possédons plusieurs, portant sur leur couverture les armes de la ville imprimées et dorées, avec la légende:

Sigillum cousulum urbis Verviensis, et sur leur premier feuillet en blanc est écrit: Ex liberalitate et munificenciae D. D. consulum Verviensis, etc.

Après l'énumération des noms et titres vient une sentence ou un distique latin tel que celui-ci décerné à Jean-François Desamoris, de Verviers:

« Si bonus appares fac ne fallamur ocellis

Sic nostri Joannes cordis amoris eris. »

C'est-à-dire: Vous paraissez rempli de bonté, faites que nos yeux ne se trompent point et tous aurez l'affection de notre coeur.

Les vers suivants furent dédiés à Henri François Poulet, de Heusy, en 1739:

« Virtutem studium vigili curatibi quaeris

Hoec tibi prae cunctis sunt potiore loco. »

Ou bien: Efforces-toi par une application constante d'acquérir la vertu et la science, préfères-les à tout autre bien.

Ces livres de tout format jusqu'à l'in-folio, reliés en plein veau, semblent prouver par leur date et leur teneur qu'ils étaient acquis à des ventes publiques ou chez les bouquinistes, s'ils n'étaient des dons particuliers.

L'un d'eux offert en 1744 à Jean-Joseph Bohet, de Heusi, porte une note manuscrite disant qu'en 1680 « il fut à l'usage de Jean Le Beau, curé de Saint-Adalbert en Liège. » Lequel par un curieux rapprochement souscrivit avec l'abbé de Saint-Jacques, de Liège, dom Nicolas Bouxhon, la première édition des changements arrivés à la Vierge des Récollets, dont l'approbation porte la date du 7 août 1697 et qu'il signa Lebeau, curé de Saint-Adalbert, doyen des pasteurs de Liège, examinateur synodal.

Le lauréat auquel ce prix était décerné, fut rencontré par des soldats et tué dans un bois, près de la Louvetrie, comme souvenir y fut posée la croix Bohet, bien comme de nos chasseurs.


FAIT DIVERS.

L'on sait que le 8 Septembre 1678, le village de Stembert attaqué par les troupes que commandait le comte de Salme, fut secouru par les Verviétois.

Le Ms Berg., parle comme suit de l'une des victimes de ce dévouement:

« Un jeune homme de Vervier, fils à Gérard Sougnez, dit Piron, fut tiré à la fenêtre des cloches de l'église, il était près de recevoir l'habit de Capucin.

Il fut tiré à l'oeil, tué, enseveli en habit de Récollet et enterré en l'église des Récollets, proche la pierre à l'eau bénite. »

Ce fut aussi l'un de ces Pères que les blessés ennemis firent demander afin de recevoir leur confession et le secret sur le lieu de leur retraite.

En 1755, un événement rapporté par le Ms Idon, affligea la communauté.

« Au commencement d'Avril un médecin de Waremme atteint de frénésie, ne pouvait souffrir nul en sa présence, sinon un jeune P. Récollet de Vervier, le fils Gurnade, pour lors au couvent de Waremme. Une nuit son mal redoublant, il poignarda le P. Récollet, et lui froissa la tète avec la culasse de son pistolet. »

« En 1777, M. Nicolas Pirons, notabilité verviétoise, en s'agenouillant à la communion du prêtre au parvis des Récollets, tomba mort. » (Ms Brag.)

La terrible épizootie de l'hiver 1745 provoqua la détermination suivante, nous n'en extrayons que le rapport au présent sujet.

Recès, avertissement pour une neuvaine de grand'messes à célébrer dans les églises des ordres religieux, touchant la maladie épidémique dans les bestiaux.

« Messieurs du Magistrat avertissent le peuple dévot que vendredi prochain 12e du courant mois de février 1745, on commencera à l'église des R. P. Récollets à huit heures précises, et ainsi tous les jours, une neuvaine solennelle de grand'messes pour prier Dieu par la puissante intercession de la sainte Vierge, de faire cesser le redoutable fléau dont il nous châtie par la mortalité qui règne dans les bêtes à cornes.

Un chacun y étant intéressé est invité d'assister avec piété à ces saints sacrifices.

Actum ce 10e dito.

Par ordonnance:

(Signé) C.-E. HANSTER.

Il est à remarquer que jusqu'en 1793 grand nombre de ménages, à Verviers, possédaient chacun une vache.

Une spécialité produite probablement par les miracles de la Vierge des Récollets, se révèle en l'ordre ci-joint:

Messieurs du Magistrat de cette ville de Vervier,

« Ordonnent à telle vendeuse de chandelles qui peut avoir la clef de l'endroit où on expose les enfants morts sans baptême, joindant à la chapelle de la Vierge aux R. P. Récollets, de la remettre sans délai en mains de notre huissier porteur de cette, défendant à toutes telles revendeuses de chandelles d'aller quêter et importuner le monde dans la dite chapelle, à peine d'en être chassées par sergeants ou autres qu'on y enverra à cet effet à leur confusion.

Fait au Conseil le 8 Mars 1745.

Par ordonnance:

(Signé) HANSTER. »

Un passage du Ms Berguenheuse, parlant des enfants morts avant le baptême et exposés près de la statue de la Vierge note le peu de citations faites à ce sujet en la notice de 1697.

Le manuscrit de l'hôtel-de-ville rappelle plusieurs cas du genre et l'un d'eux donne une idée remarquable de l'amour des pères et mères pour leurs défunts.

La déclaration 74e, nous apprend que:

« l'enfant mort né engendré de Jean Uric et de Marie Benne son épouse, l'un et l'autre bourgeois de Liège ayant été enterré une nuit entière, son corps fut apporté par Marie Benne et Marie Perot aussi bourgeoises de Liège, pour lui obtenir de Dieu par la dite Mère de Miséricorde la grâce du saint baptême.

Environ cinq heures après-midy elles ont veu des signes de vie dans le dit enfant, scavoir un mouvement de la langue souvent réitéré apperceu et recognu non seulement par les comparantes, mais encore par François Scaureux bourgeois de Vervier et d'une grande multitude de personnes qui faisaient grand bruit à la veue de ce signe.

François Hacray, prestre, lui a conféré le baptesme sous condition, avec grand applaudissement de tout le monde présent. »

Une autre scène décrite au même recueil rapporte que non seulement l'on exposait ces corps dans la chapelle, mais que l'on y veillait auprès d'eux, selon la déclaration 104°, dont suit un extrait.

Le 10 Octobre 1696, trois personnes de Heuseu, Marie Moreau, Marie Hinan et Marie Henry Hinnan y apportèrent le corps d'une petite fille morte

« elles supplièrent Pierre Willeme jeune homme de Vervier, de veiller avec elles pour conférer le baptême au dit enfant en cas que l'on y vit des signes de vie. Tous quatre ont affirmé sous serment, presté le crucifix en main, que la nuit du septième au huitième jour de leur neuvaine, ils ont senti le corps et principalement la teste du dit enfant estre chaude et la veine du temple de la teste battre.

Ensuite de quoy le dit Pierre Willem a baptisé l'enfant. » Etc.

Quand au second incident rapporté en la lettre des magistrats du 8 Mars 1745 et concernant les marchandes de chandelles, leur importunité acquit de nouvelles proportions en 1754; le 4 Février un nouveau recès les signala disant:

« Vu l'impiété des vendeuses de chandelles, causant du désordre dans la chapelle pendant même le saint Sacrifice par leurs criailleries et vexations empêchant et troublant par ces manières indignes la dévotion des fidèles. Ordonne, tant au sergeant Martin Polis qu'aux gardes de la ville, de chasser hors de la chapelle ou l'église, toute celle des dites vendeuses qui se présumera de contrevenir à cette défense finale et de jetter leurs boutiques, chandelles et autres denrées qu'elles auront étalé indécemment et dans les lieux non convenables.

Affiché à la porte de la chapelle de la Vierge aux Récollets, le Dimanche 10 dito.

Par ordonnance

C.-E. HANSTER. »


NOUVEAU CHANGEMENT OBSERVÉ EN LA VIERGE DE RÉCOLLETS.

Le Ms de Bragarde s'exprime comme suit sur un fait que lui seul, à notre connaissance, expose:

« En 1756 le 1 de Janvier se produisit un nouveau changement dans la sainte et miraculeuse image de N.-D. Cela arriva entre 10 et 11 heures du matin, ce qui fût bientôt connu par toute la ville et occasionna un concours continuel de peuple pendant toute la semaine à raison que ce jour et les 13 et 14, cette sainte image parut toute changée de couleur suivant les uns, plus affligée d'expression suivant d'autres; le petit Jésus plus rapproché de sa mère et les yeux de la Vierge plus fermés, ce que par mon faible jugement je crois être véritable pour l'avoir pendant ces trois jours vue et contemplée dévotement plusieurs fois, mais à mon avis en différentes situations plus affaissée et triste.

Quant aux yeux qu'elle tient présentement fermés, je sais que je me suis rendu souvent à la chapelle et de quelque côté que je fusse, elle paraissait toujours me regarder. C'est aussi l'avis général de ceux qui y vont.

L'on attend l'approbation de N. S. P. le Pape. »

La perte des archives des Récollets, ne permet pas de savoir si celte approbation eut lieu.


RÉVOLUTION & SPOLIATION.

Dès que la première république française eut mis pied sur noire sol, ses représentants y furent lancés de toutes parts; le Franchimont reçut à ce litre les citoyens Vaugeois et Hébert qui destituèrent et abolirent tout ce qui avait ordre ou grade.

Le 7 Octobre 1792 les troupes françaises ayant dépouillé les églises de Liège les livrèrent aux plus vils usages. Celles de Verviers subirent bientôt le même sort.

Quant au couvent des Récollets, il fut transformé en hôpital militaire; le local du collège en boucherie, et en 1795 en caserne de gendarmerie y compris le magasin à fourrage, lequel excita les réclamations du quartier. Heureusement l'église ne fut ouverte qu'aux malades, et leur servit de promenoir.

La chapelle de la Vierge fut destinée è servir de forge, des fourneaux furent construits entre les deux piliers soutenant la galerie, des tuyaux s'élevèrent passant à travers les fenêtres et pendant plusieurs mois, cette enceinte vénérée ne désemplit de chevaux à ferrer ou de chariots défectueux.

La grosse argenterie des autels et de l'édifice avait pu être garée de la rapacité des soldats, mais dès leur apparition, on les avait vu se disputer les ex-voto décorant les parroies de la chapelle. Cette scène s'était passée sous les yeux des religieux.

L'un des pillards osa même porter les mains vers la statue miraculeuse pour lui arracher sa couronne et son sceptre, niais le gardien lui observa que ces ornements étaient en cuivre, pour cela ils furent laissés; longtemps après on reconnut qu'ils étaient en vermeil.

Malgré la terreur et la répulsion qu'inspiraient aux serviteurs de Marie la tourbe profanatrice et turbulente établie en cette enceinte pieuse, les femmes, les vieillards ne cessèrent de venir s'agenouiller dévôtement aux abords et jusque dans le sanctuaire, affrontant les blasphèmes et imprécations qui ne manquaient jamais de les assaillir.

Le service divin ne s'y célébrait plus, cependant l'un des Récollets, le P. Augustin Clément, préfet des études, encouragé par la présence des fidèles se hasarda d'y célébrer la sainte Messe un dimanche, pendant que les fourneaux activés mieux que jamais emplissaient la chapelle d'une fumée si épaisse que le prêtre fut longtemps avant de pouvoir commencer le saint Sacrifice.

Quant à l'intérieur du couvent et de l'église, ils restèrent à peu près intacts et les PP. y continuaient leur oeuvre dévouée envers les malades dont et établissement était rempli.

En l'année 1792, l'émigration de nos principaux concitoyens s'étant produite, plusieurs de nos religieux et prêtres s'étaient de même enfuis afin d'échapper aux mauvais traitements dont on les accablaient. Alors le Père Archange Guittard prit en mains les fonctions pastorales délaissées par l'émigration du curé Henri Dauchapt. Plusieurs fois le saint homme portant le Viatique fût poursuivi et sabré par des dragons du 10e régiment, alors en ville, heureusement il réussit chaque fois à leur échapper.

L'arrêté de d'Adon touchant la régistration des morts, naissances et mariages dans les communes abandonnées par leurs curés, porte :

La commune de Vervier authorise provisoirement le citoyen Archange Guittard à se conformer à l'arrêté ci-dessus repris et d'en remplir les vues.

Fait à la commune, le 10 Brumaire (1er novembre 1792).

(Signés) H. HAYEBIN, H.-F. SIMONIS, A.-J. HANLET & H. DETROOZ. »

Le 2 Mars 1793, les armées des alliés remportèrent un avantage signalé à Attenhoven; les troupes françaises abandonnèrent alors le pays de Liège non sans y commettre les plus pénibles excès, et le 21 Avril suivant S. A. le Prince Evêque reprenait possession de son siège.

Une paix durable semblait acquise, partout l'on rendit à Dieu des actions de grâces, les souillures des églises furent effacées, le concours des fidèles sembla les dédommager de leurs pertes et la chapelle N.-D. apparut bientôt plus brillante qu'auparavant.

Cependant, le 20 Juin 1794, le général Jourdan, à la tête de l'armée de la Moselle, avant vaincu les Autrichiens commandés par le prince de Saxe-Cobourg, a Fleurus, les Français reparurent en notre pays.

Le 20 Septembre suivant, ils rentrèrent à Verviers et comme un torrent dévastateur, envahirent tout ce qui appartenait aux corporations; les posseseurs en furent chassés, les églises dépouillées de tout ce qu'elles contenaient de précieux; meubles et immeubles furent enfin vendus à vil prix.

Cependant des Récollets ne voulurent point abandonner cette scène si désolée, croyant pouvoir reprendre leurs cours interrompus. Comme professeurs, ils invoquèrent les services que leur ordre avait rendus pendant deux siècles et offrirent ceux qu'ils pouvaient livrer encore; il ne leur fut accordé qu'un délai pour se disperser.

Quelques jeunes gens qui leur étaient restés fidèles se présentèrent un jour afin de recevoir encore leurs leçons et servir une messe clandestine, ils les trouvèrent sous l'habit séculier. Le gardien remarquant leur surprise leur dit:

« Ne vous étonnez, pas mes amis, nous venons de recevoir l'ordre formel de ne plus paraître aux yeux de personne à moins d'être vêtus à gens! »

En effet un crieur public battant le tambour parcourut la ville plusieurs jours consécutifs faisant savoir à chacun la singulière décision s'appliquant à tous les ordres religieux. Cette mauvaise plaisanterie s'ajoutait sans nul doute à l'arrêté officiel.

En 1796, le nombre des P. Récollets résidents était réduit à 12, lorsque fut prononcée leur expulsion de cet édifice que leurs prédécesseurs avaient élevé en grande partie de leurs mains, leur riche bibliothèque fut gaspillée et le culte de nouveau suspendu dans leur église.

Cependant, par ce respect qu'inspirent les choses vraiment saintes, l'on se hâta de préserver la chapelle des atteintes nouvelles, en la réclamant comme propriété des habitants et de la ville.

L'appui des Magistrats ne fit point défaut à ce voeu, non plus que la fervente persistance de feu l'abbé Magnée et des autres prêtres de la ville.


LISTE DES RÉCOLLETS PRÉSENTS L'AN 1795.

Voici les noms de nos Récollets que la spoliation trouva fidèles à leur poste:

1. Le Père Léonard de Moulin, né à Verviers, ex-gardien et alors définiteur, c'est-à-dire ayant passé par tous les grades de son ordre. Il avait été vicaire au couvent de Liege et pater aux Clarisses pendant 4 ans. Il mourut à Verviers dans son ex-couvent, le Jeudi-Saint de 1803.

2. Le P. Léonard Piot, de Maestricht, alors gardien; il retourna dans sa ville natale et y mourut de langueur.

3. Le P. Nicolas Mauhin, de Verviers, prédicateur stationnaire à notre paroisse Saint-Remacle; il y mourut vicaire en 1814.

4. Le P. Léonard ... du titre de discret ou conseiller du gardien.

Il avait occupé le gardianat de Waremme et fut prédicateur stationnaire à Petit-Rechain.

Sa mort arriva subitement sur le Thier de Hodimont lorsqu'il revenait de ses fonctions pieuses et au moment où l'évacuation de son couvent était prononcée.

Les Pères E. Dejardin et N. Mauhin allèrent reprendre son corps et vinrent l'enterrer dans leur cloître malgré les édits de la république. Ce fut le dernier qui jouit de cet avantage.

5. Le P. Etienne Leboutte, d'Ensival, chantre, professeur, prédicateur stationnaire à Saint-Remacle, retourna mourir au lieu natal.

6. Le P. André Roland, de Liège, professeur de poésie, de philosophie, de rhétorique et directeur du Tiers-Ordre.

Les Récollets changeaient de nom de baptême en entrant dans l'Ordre, or le P. André avait un frère, suivant à Liège la même règle. et ils échangèrent les leurs le jour de leurs voeux, le premier de notre religieux était Charles Bauduin.

Ce digne Père avait voué sa vie à Dieu et à l'enseignement; dès la suppression de sa maison de Verviers, il se rendit au collège Marie-Thérèse à Herve, qu'il dirigea jusqu'en 1808. A cette époque il fut question de reconstituer le corps professoral en notre ville, le Père André revint s'y fixer dans l'espoir d'en faire encore partie.

Il se présenta comme prêtre, M. J.-B. Ortmans le reçut en sa maison; notre population connaissant ses capacités l'accueillit avec faveur et les talents du protégé reçurent bientôt une application nouvelle, par la création du collège impérial dont il fut nommé directeur en 1809, et en même temps professeur de poésie et de rhétorique.

Il sut s'y concilier comme toujours l'estime de tous et servit ainsi de trait­d'union entre l'instruction ecclésiastique et laïque en notre ville.

On sait que le collège restauré avait été transporté au couvent des religieuses Sépulchrines et que son titre d'Impérial fut changé en 1815 en celui de Royal.

Le P. Roland y portait le vêtement séculier et avait précieusement conservé son costume de Récollet, priant ses intimes de l'en revêtir à sa mort, mais il fut impossible de retrouver sa chère relique lorsqu'il expira le 18 Mars 1823, son oraison funèbre fut prononcée par G. Petitbois son élève (qui mourut curé de Herve le 14 Septembre 1852).

Les profondes connaissances de Charles Bauduin Roland, unies à un talent mué pour la poésie, rendirent son commerce des plus agréables et ses services comme professeur féconds et appréciés.

Nombre de ses élèves devinrent des hommes d'élite qui ne cessèrent ou ne cessent de le citer avec toute la vénération due à ses mérites, témoins feu le Bourgmestre David, les savants Christiand, Courtois, Massau, le docteur Lejeune, et, de nos jours, entr'autres, l'auteur de la Cinéïde et Monseigneur N.-J. Dehezelle, évêque de Namur.

7. Le P. Ernest Dejardin, de Ciney, devint vicaire de Petit-Rechain, et mourut à Verviers le 6 Novembre 1829.

8. Le P. Servais Augereau, de Verviers, fut vicaire à Theux et mourut marguiller de notre paroisse Saint-Remacle, 1814.

9. Le P. Archange Guittard, de Prum, professeur, stationnaire à Saint­Remacle, préfet des études en 1789, et curé de notre ville par interim, comme on a vu plus haut. Il fut vicaire à Bodeux en 1803.

10. Le P. Augustin Clément, préfet des études en 1792, était né à Sittard et devint précepteur à Rotterdam.

11. Le P. Roch ..., sacristain.

12. Le P. Louis Lincez, de Verviers, il fut l'un des plus brillants prédicateurs en notre pays à la fin du dernier siècle. Une facilité prodigieuse jointe de vastes connaissances et à l'élégance de sa diction lui valurent le surnom de bouche d'or.

Il résida longtemps dans la maison de son ordre à Liège; nos Princes Evêques appréciant son mérite aimèrent à l'entendre et pour mettre ses talents à l'épreuve lui indiquèrent souvent le sujet du sermon au moment où il allait être prononcé.

Lors de la dispersion de ses collègues de Liège, il revint au couvent de Verviers en qualité de Récollet prêtre et fut prédicateur à Saint-Remacle (4)

Certain jour, au temps des troubles révolutionnaires il revenait d'avoir accompli ce devoir, quand passant derrière le Rain, qui alors, en face de la rue des Raines, présentait un rocher à pic descendant vers le canal, de là, le Père Lincez fut précipité sans que l'on put découvrir l'auteur de ce méfait.

Tout meurtri de sa chute, il eut cependant assez de force pour se cramponner au mur du biez afin de soutenir sa tête au-dessus des eaux; un laveur de laine l'aperçut et le délivra de ce péril. Le P. Lincez après un long évanouissement se ranima mais pour ne recouvrer jamais la raison, malgré les soins touchants dont il fut l'objet de la part de ses compagnons du couvent de Verviers. Il mourut le 26 mars 1800, âgé de 49 ans.

13. Les servants étaient au nombre de cinq, les derniers furent Frères Joseph Delwaide, de Verviers, portier, ex-sergent-major au régiment Vierset; Pascal... de Henri-Chapelle, cuisinier; François... id.; Philippe.... ...jardinier, venu du couvent de Spa; Simon .... id., et Nicolas Demarteau, né à Stembert, quêteur.

Afin de précipiter leur départ, l'on imagina divers moyens, entr'autres plaisanteries du goût de l'époque, par une belle nuit l'on éleva, au moyen de sangles, un âne à l'étage du dortoir et dans les corridors l'on se livra à des cris, â une course si bruyante que les pauvres religieux réveillés en sursaut crurent un instant que la maison s'écroulait.

Une autre fois l'on alla s'y permettre tels propos envers le P. Gardien, que celui-ci de haute taille et de force herculéenne saisit l'insolent et lui eut fait un mauvais parti si les secours ne fussent arrivés à temps pour le délivrer des étreintes du P. Piot, réputé alors le plus adroit et le plus bel homme de notre ville.

Après cette scène, ce chef se retira au grand regret de notre jeunesse studieuse dont il avait su stimuler et soutenir le zèle jusques dans les plus mauvais jours.

Les dernières preuves de dévouement qu'il fut admis à donner ainsi que ses religieux à notre population, desservirent ces jours de désolation, de famine et de mortalité de l'hiver 1794 surnommé le mauvais, et resté comme un effrayant souvenir dans la mémoire des contemporains de cette époque néfaste.

Le Récollets comme en tout temps s'y multiplièrent pour y porter secours.

Ceux d'entre eux qui possédaient encore quelques ressources, les épuisèrent en ce moment, comme offrande à l'humanité qu'ils n'avaient cessé d'éclairer, de secourir, et cela avant de dire un dernier adieu à leur saint asile.

Cependant l'ex-gardien Demoulin ne pouvant se faire à cette séparation, sollicita la faveur de finir ses jours en la cellule où il avait passé presque toute sa vie, ce qui lui fut accordé par le propriétaire.

Ainsi se termina l'existence d'un établissement d'instruction seul existant alors en notre ville, auquel durent leurs connaissances les générations de deux siècles, duquel sortirent nos célébrités industrielles et littéraires, dont la plupart furent mises en lumière par les recherches et matériaux fournis à la Biographie Liégeoise par notre savant bibliophile Jean-Laurent Massau.


LISTE DES GARDIENS.

Nous regrettons de ne pouvoir offrir ici une liste complète des gardiens de nos Récollets, la perte ou l'absence de leurs archives a rendu ce désir irréalisable jusqu'à ce jour; cependant voici chronologiquement indiqués ceux d'entre ces chefs rencontrés dans les matériaux de la présente notice

Bonaventure Bidard, fonda l'établissement, 1627

Clement de Bargiband, érigea la statue de N.-D., en 1664

Barthélémy Deschamps, visita Jérusalem en 1666

Paul de Croix, cité aux lettres des archives, 1683-84

Hubert Dodémont, nommé en une déclaration concernant le miracle, et faite le 6 Décembre 1692

Jacques Silvius, publia la notice sur le miracle en 1697

Il signa cette même année les attestations manuscrites conservées à l'hôtel-de-ville, avec ces titres: Frère Jacques Silvius, notaire apostolique et gardien du couvent des RR. PP. Récollets.

Dans la reproduction de ce travail, faite en 1853, le nom de J. Sylvestre est donné par erreur à ce gardien; à la page 17.

F. J. T. Fromanteau, de Hodimont, signa l'inventaire de la chapelle en 1760

F. Michel Bacquet, de Verviers, souscrivit le compte rendu de 1761

P. Pascal Ancion, né à Fraipont, mourut gardien en 1785

Il était docteur en théologie et sa mémoire vénérée se conserve encore parmi la population de notre ville.

Pendant son long et laborieux gardianat, il acquit à sa maison et à son ordre une série de succès par l'établissement des Calvaires, Stations ou Chemins de la Croix, dont il dota d'abord son église. Ensuite il étendit cette pieuse institution à tout le pays de Liège et à l'Ardenne. Le Ms Idon nous apprend que « le 18 Juillet 1762 le R. P. lecteur Ancion, bénit les Stations à l'église d'Ensival. »

Les ouvrages qu'il fit paraître sont encore dans les mains de personnes dévotes à cette pieuse pratique. La Biographie Liégeoise en a reproduit les titres Ils sont:

1° Instructions historiques sur les principaux points qui concernent les 14 Stations dit, Chemin de la Croix, avec les Abrégés des Bulles que les Papes Benoit XIII et Benoit XIV ont accordées pour l'extension et la confirmation des indulgences des Stations originaires de Jérusalem. Liege, Kints 1764, in-12.

2° Réflexions sur divers points de la morale et de mystères. Liege, Plomteux 1766

3° Le Chemin de la Croix divisé en XIV Stations, depuis le prétoire de Pilate, jusqu'au saint Sépulcre du Sauveur, avec un cantique sur les principaux mystères de l'enfance et de la vie de Jésus-Christ. Liège, Plomteux 1769.

4° Méditations divisées en 12 exercices sur les XIV Stations du saint Chemin de la Croix, enrichies par les Souverains Pontifes de toutes les indulgences des Stations des lieux saints de Jérusalem, que l'on peut gagner dans les églises des PP. Récollets et ailleurs où elles sont érigées; avec 14 belles gravures de Belling. Liege, Plomteux 1773, in-8°.

Il existe aussi du P. Ancion des sermons publiés d'abord séparément, puis réunis en un volume divisé en deux parties, le tout imprimé à Liège par Everard Kints et Clément Plomteux 1766 et 67, in-12.

La première partie contient 32 sujets intitulés les uns Abrégé du sermon, d'autres: Réflexions tirées du sermon fait aux tierçaires de la Congrégation érigée au couvent des FF. Mineurs Récollets à Verviers.

La première porte la date du 6 Juillet 1766; et la dernière, 1er Mai 1767 Les deux premiers sujets sont terminés l'un par douze vers et l'autre par huit.

L'approbation est jointe à chaque pièce; celle intitulée Réflexions sur les principaux points de la Passion de N.-S. -J.-C., porte le nom de Pascal Ancion, lecteur de la sainte Ecriture, 1er Avril 1767.

La seconde partie contient aussi des réflexions mais sans dédicace.

Celle datée du 30 Avril 1767 porte de même le nom de l'auteur. Il peut se faire que cette partie de l'ouvrage soit le travail cité par M. de Bec de Lièvre sous le titre de Réflexions.

Au savant et pieux gardien Ancion, succéda le P. Léonard de Moulin, né à Verviers.

Les élections au gardianat avaient lieu tous les trois ans, mais les sujets étant rééligibles, ce dernier fut revêtu trois fois de ce grade.

A son avènement, le personnel du couvent était au grand complet, c'est-à­dire que pendant les offices, les quarante-six stalles du choeur étaient occupées par les Pères de la maison. Laquelle comptait en outre habituellement quatre Frères servants.

Saumery confirme ce nombre en disant que cet établissement pouvait contenir 50 personnes. (Del. du P. de Liege, t. 3, p. 253.)

Léonard de Moulin céda enfin son siège à Léonard Piot, de Maestricht dépossédé en 1798, et dernier chef de cette communauté bienfaisante dont les membres virent se briser leur pieuse mission en traversant la tourmente révolutionnaire.


LISTE DE NOMS CITÉS EN DIVERS ÉCRITS & OUVRAGES.

En outre des religieux et gardiens précités, nous trouvons d'autre part d'abord les quatre fils de Colin de Rechain, de Verviers:

Pères Richard, Martin, Pierre et Frère Nicolas.

P. Valentin Marée, auteur du traité noté ci-dessus et terminé l’an 1660

Les trois frères Mangay, de Verviers, fils de Toussaint qui mourut en 1679

P. Simon le Bourguignon, professeur de théologie en 1679

P. Englebert professeur de théologie en 1679

P. Godefroid Delvaux, de Verviers, directeur de la Confrérie du Très-Saint-Sacrement en 1687

Frère Léonard Gomzé, nommé en une déclaration du miracle, faite en 1692

F. Remade Lepas, Récollet laïc, âgé de 41 ans, alors qu'il déposa dans les déclarations de l'année 1696

P. Martin de Rechain, âgé de 69 ans, id. 1696

P. Théodore Monsen, âgé de 54 ans, id. 1696

P. François Hacray, âgé de 34 ans, id. 1696

P. Henri Delvaux, cité au Recès de 1690

avec les titres de vicaire et stationnaire à Verviers; et en une déclaration datée de Liege 1696

où il est dit prêtre prédicateur en cathédrale et secrétaire du R. P. Provincial. 1696

F. Henri Mathieu, tertiaire conventuel, collecta pour abriter la statue en 1698

P. Guillaume Simar.

P. Jean Graffart.

F. Antoine Robet, architecte de la chapelle N.-D., élevée en 1700

F. André Grivegnée, professeur de figure, signa des prix décernés en 1739 & 40

F. Laurent Henrotte, professeur de figure, signa des prix décernés en 1744

P. Arnold Biolley, de Verviers; vu ses mérites, la communauté lui offrit dès son entrée le gardianat, mais il sollicita comme grâce d'être visiteur des malades, charge qu'il remplit avec un dévouement sans bornes jusqu'à la fin de ses jours.

P. Grenade, assassiné à Waremme par le médecin malade qu'il soignait en 1755

P. Raphaël Hubignon, professeur de littérature, signa des prix en 1756

P. Louis Mauhin, professeur de littérature, signa des prix en 1756

P. Herman Thys, professeur de langues, signa des prix en 1787

P. Isidore Bragarde, de Verviers, fils de François-Joseph, auteur des comédies rappelées plus haut; il mourut a Sittard.

F. Gilles Delchambre, de Baneux.

P. Dieudonné .... de Bastogne, organiste très-renommé à la fin du dernier siècle.

P. de Herve, de Verviers, prédicateur et savant distingué, cité aux Notices Historiques, t. 1, p. 77.

P. Arnold Dejardin, de Verviers, auteur de quatre graduels manuscrits sur velin, d'une grandeur et d'un travail remarquables.

P. Florent Chausette, de Verviers.

P. Gabriel Tignée, de Verviers, chantre.

p ... Closset, de Verviers.

P. Servais Adam, fut curé à Neufville, en Condroz, mourut à Seraing.

P. Clément ..., lecteur.

P. Ambroise ....

P ..... Henuset.

P. Antoine ... de Liege.

P. Lambert Hagneux, de Liege, fut curé à Saint-Remacle, faubourg d'Amercœur, et mourut pater de la maison des Orphelines, à Liège.

P. Bonaventure Hagneux, de Liège, était avec son frère vicaire à la même église Saint-Remacle, et le suivit à la susdite maison des Orphelines.

P. Gaspard l'Ange, sorti du couvent de Verviers le 15 Juillet 1794, nommé en une pétition des archives communales.

Des Récollets ayant habité la maison de Verviers, les derniers probablement firent deux de nos concitoyens

1° Le Père Justin Devaux, qui, pendant l'émigration, fut choisi pour précepteur des enfants de l'archiduc Charles d'Autriche. Il s'acquitta de ces fonctions honorables avec tant de mérite et de zèle que les marques d'affection les plus flatteuses lui furent présentées; mais le désir d'habiter sa patrie l’y ramena au grand regret de ses illustres élèves.

Le Père Justin se fixa à Liège où sa réputation d'orateur des plus distingués s'était développée et maintenue. Il y fut reçu en qualité de vicaire de Saint-Jacques, ensuite les postes les plus désirés lui furent offerts; mais, son exemplaire modestie lui fit constamment décliner tels honneurs. Cependant on le revêtit du grade de chanoine titulaire de la cathédrale de Saint-Paul. Il mourut dans ces fonctions, après avoir distribué aux pauvres les biens acquis pendant son séjour à Vienne.

2° Le Père Hyacinthe Renson, d'abord appelé à la cure de Ciney, devint chanoine titulaire de la cathédrale de Saint-Aubin à Namur.

Son dévouement et sa piété lui valurent, de la part de ses confrères, le surnom de Sanctissime. En 1832, il revint en son ancienne église prêcher aux fêtes de la Portioncule, et mourut à Namur.

L'on sait que les Récollets étaient nommés Pères lorsqu'ils avaient reçu l’ordre de prêtrise, cependant par humilité tous se signaient Frère, comme on l'aura remarqué même pour les Gardiens: c'est pourquoi dans la précédente liste d'entre ceux qui portent le second titre, il en est qui possédèrent peut-être le premier, ces noms étant pris en partie de pièces signées de leurs mains.

DÉBOIRES DES RELIGIEUX A LA FIN DU DERNIER SIÈCLE.

Voici le sens de quelques actes officiels les concernant et émis pendant les derniéres années de leur séjour parmi nous.

Des travaux du Congrès de Polleur, créé en 1789, surgirent les voeux solennels des habitants des communes de Theux et de Spa. Ces voeux émis le 23 Décembre 1792 portaient à l'article 12:

« Les biens, revenus des Evêques de Liège ou Chapitre cathédral des soi-disant états de Liège et toutes les cures, chapitres, monastères et couvents, de même que tous autres biens connus sous le nom d'ecclésiastiques, sont censés appartenir au peuple et lui appartiennent en effet, à charge de payer les justes indemnités et les autres droits qui seront trouvés être dûs sur ces biens. »

Une contribution de 10 millions ayant été imposée par la république, les maisons religieuses furent autorisées à faire des emprunts pour satisfaire pour leur part à cette exigence. Dès lors, la position des religieux devint à chaque instant plus pénible.

Le 28 Avril 1795, il en fut fait un recensement par la municipalité, le procès­verbal porte entr'autres objets:

Nous nous sommes transportés dans la maison des Récollets où le Gardien nous a dit être au nombre de 12 Pères, et cinq Frères, et six émigrés dont deux doivent être dans la communauté de Liège.

(Siqné) F. LÉONARD PlOT, Vic.

Le 20 Mai parut la défense de faire des processions en dehors de l'enceinte des églises.

Le 10 Novembre fut annoncée la location des couvents.

Le 14 Février 1796 vint l'ordre de reproduire les anciens inventaires des biens et meubles.

Le 23 Juin, l'on fit savoir aux prêtres Récollets Leboutte et Dejardin que tout salaire était aboli pour prêches et messes.

Le 6 Juin, défense d'accompagner les morts en habit de cérémonie, à peine de 100 à 500 livres d'amende; de 3 mois à 1 an de prison et 10 ans de gène pour la récidive.

Le 25 Janvier 1797, il fut dressé un inventaire de tout ce que les religieux possédaient; une commission fut chargée de recueillir les objets et les déposer à la maison commune.

Le 15 Février parut l'ordre de vendre les biens nationaux.

Le 28, celui d'envoyer l'argenterie au trésorier départemental.

Le 4 Mars, de remettre les registres, baux et documents.

Le 12, fut annoncée la vente pour le 17 des objets réservés.

Le 16, il fut établi des assemblées primaires ou communales dans divers quartiers dits sections, disposant des édifices des Récollets, de Saint-Remacle et des Carmes.

La première (dit l'arrêté) se tiendra aux Récollets et portera le nom de l’assemblée du Martyr.

La seconde à la paroisse sera dite du Mont.

La troisième dite du Tribunal sera aux Carmes et en cas d'occupation aux Conceptionnistes.

Le 1 Mai, l'Administration centrale ayant fait un accord avec une compagnie dite Delanoy pour l'enlèvement des cloches, les citoyens Melletier et Galle, envoyés par ladite Compagnie, se présentèrent pour descendre celles de nos églises et les conduire à Liège.

La municipalité conseilla leur rachat et réclama les horloges et la clochette du collége des Récollets pour l'appel à ses séances communales.

Elle fit observer que la descente des cloches absorberait le revenu et que si les envoyés voulaient être raisonnables ils trouveraient dans la commune des citoyens qui se réuniraient pour en faire l'achat.

Le 9 Juin, il fut ordonné au Père Leboutte d'afficher deux tableaux dans la chapelle et contenant les déclarations des ministres du culte se conformant aux arrêtés nouveaux.

Le 14 Juillet, ordre définitif de descendre les cloches.

Le 16, le P. Piot fut appelé à la séance pour la reddition des comptes des Confréries.

Le 20 Juillet parut un arrêté contre l'importunité des marchandes de chandelles.

Le 5 Août le P. Piot fut invité à remettre les clefs des blocs et les comptes de ses prédécesseurs.

Le 28 Août défense de sonner le glas pour ne pas inspirer de crainte aux malades.

Le 6 Septembre, ordre au Gardien de produire le répertoire des objets de la chapelle.

Le 13, rappel de la loi du 5 (ou 19 fructidor) enjoignant aux prètres le serment de fidélité à la république.

Le 4 Octobre, réquisitoire du commissaire départemental pour l'enlèvement des croix et signes du culte.

Le 13, l'ardoisier Simar enleva celles des Récollets, et la croix de saint François, surmontant la chapelle, fut déposée à l'hôtel-de-ville comme propriété communale.

Le 23, défense de vivre en communauté.

Le 5 Décembre, il fut fait une visite pour connaître si l'on s'était conformé à l'édit sur la descente des cloches, et les Récollets ne sont point cités au verbal, parce que les leurs avaient été rachetées.

Enfin le 1 Février 1798, après spoliation complète, il fut permis à chaque grande commune de garder une cloche.

Le 3 Mai, le local de l'ex-collége, la maison du syndic, les locaux des vicaires marguilliers et clercs, furent loués au plus offrant. « Considérant que les ministres du culte romain n'avaient pas plus de droit d'être logés que d'être salariés aux dépens de la commune. »

D'entre les Récollets qui se conformèrent au règlement nouveau, art. 7 de la loi du 7 vendémiaire an 4 (28 Septembre 1795), Louis Lincez, de Verviers, fut le premier que nous voyons se présenter pour desservir la chapelle de N.-D, Gérard de Moulin, aussi Récollet, le suivit. Puis vinrent les prêtres Noël Herman, Joseph Colette, Guillaume-François Coumont et Jean-François Toquet, tous de Verviers. Cet accord eu lieu le 20 Septembre 1797, ou le 5 jour complémentaire.

Le 25 Septembre le Gardien Jean-François Piot, vint s'offrir à l'administration pour prêter le serment, ce qui lui fut refusé parce qu'il ne s'était pas présenté dans les trois jours accordés.

Théodore Dujardin, Récollet, à même demande reçut même réponse; cependant le 8 vendémiaire (29 Septembre), ils furent admis à leur désir, ainsi que d'autres prêtres retardataires, en déclarant qu'ils n'avaient exercé aucune fonction relative à leur ministère depuis la promulgation de la loi précitée.

Le P. Nicolas Mauhin les imita le 26 Novembre suivant.

L'on considéra cet acquiescement comme un acte de faiblesse, mais eut-il été plus louable pour ces pasteurs d'abandonner leur troupeau?

Les articles les concernant en la susdite loi et auxquels ils se soumettaient étaient ceux-ci :

Art. 5. Nul ne peut remplir le ministère d'un culte s'il n'a fait et signé la déclaration suivante

Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission aux lois de la république.

Art. 6. A peine de 500 livres d'amende 3 mois à 1 an de prison et dix ans de gêne pour la récidive.

Art. 7. Tout individu qui une décade après la publication du présent décret exercera le ministère d'un culte sans avoir satisfait aux deux articles prédents subira la peine portée à l'art. 6.

Pour constater en quelque sorte un droit bien acquis, celui de l'instruction donnée, le P. Gardien pria l'administration de lui accorder un certificat déclarant que lui et les siens avaient enseigné en leur collége jusqu'au jour de l'occupation militaire. Cette demande fut accueillie le 5 Décembre " sans vouloir rien préjuger sur leur institution » dit la missive.

Le 5e jour complémentaire an 5 (20 Septembre 1797), l'Administration et le commissaire du directoire arrêtèrent, art 2, que les couvents des Récolleis, Sépulchrines, Capucins, Conceptionistes et Récollectines, seraient désignés pour cinq écoles primaires.

Le 2 vendémiaire an 6, les citoyens aptes à l'instruction publique furent invités à se faire inscrire au secrétariat.

Le premier qui vint s'offrir fut le Père Archange, il fut inscrit sous son nom de Henri Guittard.

Mais, ce rétablissement ou réouverture des écoles ne fut qu'un leurre pour les communautés désignées, le retrait d'autorisation eut lieu bientôt après, car le titre d'institution enseignante leur assurait la possession de leurs édifices, et le directoire voyait ainsi lui échapper ces biens nombreux et désirés.


RESTAURATlON DE L'ÉGLISE.

Nonobstant les faits accomplis par ces années de dédain envers toute oeuvre religieuse, notre population faisait tous ses efforts pour sauver de la profanation l'église des Récollets. Ce voeu, fit comme suit, le sujet de la séance du 21 brumaire an 6 (12 Novembre 1797)

« L'Administration s'étant fait donner lecture d'une pétition revêtue des signatures d'une quantité immense de concitoyens connus et domiciliés dans cette commune, tous pères de famille, invitant cette administration à solliciter près du corps législatif pour que par l'intermédiaire des autorités supérieures il mette à la disposition de cette commune l'église des ci-devant Récollets - pour exercer le culte catholique, le seul qui y soit professé. Observant que cet édifice, qui n'est guère propre à un autre usage, conviendrait d'autant mieux non-seulement parce qu'il est contigu à la chapelle qui appartient à la commune, mais parce qu'il est situé au centre d'une bonne moitié de cette commune.

Observant en outre que l'art. 354 de la Constitution établissant la liberté des cultes n'a pas voulu que cette liberté devint illusoire et impraticable et c'est ce qui arriverait si tous les édifices destinés au service des cultes étaient détournés à un autre usage.

Considérant que depuis longtemps on sollicite la construction d'une nouvelle église.

Considérant que deux édifices sont à peine suffisants pour l'exercice des cultes.

Le citoyen Chapuis faisant les fonctions de commissaire du pouvoir exécutif à son defaut, entendu; arrête, de renvoyer la présente pétition à l'administration centrale en l'invitant à la renvoyer au corps législatif à qui compéter et y porter toute sa sollicitude. »

Le 3 vendémiaire an 6 (23 Septembre 1797) le citoyen Lambert-Joseph Simar, ardoisier, adjudicataire locataire du couvent des Récollets, alla déclarer en la séance du conseil, qu'il destinait l'église du dit couvent, pour l'exercice du culte catholique.

Le 6 frimaire (2 Novembre) la municipalité décerna ce paragraphe flatteur à cet édifice, à propos du rétablissement du culte:

« Considérant que la ci-devant église paroissiale est celle à laquelle les personnes professant le culte catholique sont le plus attachées, après celle des ci-devant Récollets. »

Pour le rétablissement de celle-ci la population avait adressé sa pétition le 7 Décembre, le 25 l'Administration centrale répondit que les pétitionnaires pourraient toujours se la procurer par location auprès de la Régie des Domaines.

L'Administration communale et A.-J.-H. Chapuis, faisant fonctions de commissaire du Directoire, expédièrent cette lettre « au citoyen L.-J. Bosard, premier signataire de la pétition et aux citoyens L. Damseaux et L. Jardon, pour leurs connaissances. »

Une autre pétition collective pour les trois églises Saint-Remacle, Carmes et Récollets, reçut même réponse le 31 Décembre suivant.

Malgré ce mouvement favorable parmi le peuple, les réglements étaient sévèrement appliqués contre les religieux, d'après le fait suivant trouvé aux archives communales.

Le 16 brumaire an 6 (7 Novembre 1797) :

Charles Bauduin Roland ou Père André fut accusé « de s'être rendu dans trois maisons demander des chandelles pour son église » il fut cité à la séance du conseil, et déclara n'avoir pas cru contrevenir à la loi. Une visite domiciliaire s'ensuivit au couvent, " il y fut trouvé 37 chandelles, plus, 3 francs 13 sous et 3 liards.

Le Conseil considérant qu'ainsi le dit Roland avait contrevenu aux lois qui défendent la mendicité, il fut envoyé au citoyen juge de paix, avec le corps du délit, pour le poursuivre s'il y a lieu. »

Tout porte à croire qu'il fut absous.

Il était dans la règle de son ordre d'obtenir par des collectes les chandelles de l'autel et l'huile de la lampe du choeur. Cependant les Récollets, vu leur voeu de pauvreté, ne pouvaient posséder aucun argent dans leur maison, c'est pourquoi leur syndique habitait la pièce du college donnant sur la rue, et avait charge de recevoir et de paver pour eux.

Le 23 frimaire an 6 (11 Décembre 1797) fut affichée la vente du couvent et de l'église; elle eut lieu le 22 nivose (11 Janvier 1798) à Liege, en la salle de vente de l'administration centrale du département de l'Ourte. Elle consistait: « en la maison conventuelle située commune de Verviers, divisée en deux lots :

1° Le couvent, hangards, abbatis, cour, jardins, occupant une surface de terrain d'un bonnier, quatre verges grandes, trois petites et 140 pieds mesure décimale.

20 L'église.

Le revenu fixé à 1500 livres et le capital à 30,000. »

Les enchères furent ouvertes sur l'offre de 22,500 livres ou 536,000 livres en assignats.

Après l'extinction de six feux, sans offre plus favorable, le tout fut adjugé à Pierre Denis Neuville et à son command Léonard Jardon, qui fournirent chacun la moitié de la somme.

L'on a vu que les deux sanctuaires de l'église N.-D., n'avaient pas cessé un instant d'être un objet de vénération. Jusqu'en 1803, l'on était parvenu à conserver intact l'ensemble de leur décoration. Lorsqu'il s'était agi de démeubler l'église et d'en vendre les ornements, ainsi que cela s'était pratiqué ailleurs, le P. Gardien et le F. Demarteau en avaient acquis l'entièreté, qu'ils avaient cédée immédiatement aux habitants cotisés à cet effet, pour le prix auquel les meubles avaient été adjugés par le citoyen Bécard. La collecte à ce sujet produisit 2665 fr. Les orgues de l'église étaient beaux, excellents et Frère Nicolas eut désiré les retenir, afin de les installer en l'église de Stembert, son village. Il crut pouvoir en disposer en remboursant leur prix d'achat, et, croyant l'affaire possible, amena divers habitants du dit lieu avec leurs atelages au-devant du parvis de N.-D., pour leur remettre l'harmonieux fardeau préalablement dépécé. A cette vue, les femmes de la place des Récollets et de la rue du Marteau s'ameutèrent entourant les charettes, s'opposèrent à l'enlèvement et annoncèrent qu'elles ne quitteraient le terrain que quand leurs chers orgues seraient bel et bien réinstallés en leur tribune et fonctions. Ce qui eut lieu, car la foule qui grossissait à chaque instant protégea les réclamations de ces admiratrices de l'art religieux.

L'osé de cette manifestation fut servi peu après par un incident ainsi relaté par le Ms de feu Théodore Devaux, de notre ville:

Le 27 Décembre 1803, devant l'image de la Vierge, fut amenée une femme de Soumagne, elle marchait difficilement avec une béquille; quand elle eut fait sa prière, elle se leva pour s'en retourner et s'apperçut qu'elle n'avait plus besoin d'appuy pour marcher. Alors on sonna toutes les cloches de la ville et l'on chanta le Te Deum en actions de grâces pour remercier le Tout-Puissant et la sainte Vierge d'avoir opéré ce miracle, dont vinrent se convaincre des milliers de personnes. »

Ce fait émut la ville et les environs; se produisant après tant de troubles, il contribua sans doute à l'émission en cette même année de divers actes très favorables au rétablissement de l'église N.-D.

La chapelle avait déjà reçu des directeurs, ils étaient MM. Hubert-Joseph Arnoldy, Mathieu Ernotte, François-Joseph Grandjean, Henri Dubois, D.-D. Dormant, Noël Servais et Antoine Gobsé, qui signèrent les collectes pour le rachat des ornements le 28 avril 1803.

L'on a vu déjà qu'un décret de la république avait ordonné qu'il ne restat qu'une seule cloche dans chaque commune. Or, les PP. Récollets, de très ancienne date, avaient eu pour habitude de sonner la cloche chaque matin à cinq heures moins un quart, pour l'appel des ouvriers.

La défense de l'usage des cloches reposait sur les lois du 22 germinal an 4 (11 Avril 1795) et du 15 fructidor (1er Septembre 1795) interdisant toute espèce de convocation pour l'exercice du culte.

Quand apparut telle application en notre ville, nos industriels s'en émurent, de nombreuses réclamations furent adressées aux autorités, mais en vain jusqu'au 6 fructidor an 5 (23 Août 1796), alors:

« Le Commissaire du Directoire, vu le rapport du chef du bureau de police tendant à ce qu'au lieu de la cloche du réveil, il y soit substitué un tambour qui batterait la caisse parmi toute la commune tous les jours à quatre heures du matin.

L'Administration, entendu, arrête:

De s'occuper incessamment de la nomination d'un citoyen propre à battre la caisse à moins de frais possible, et demande que ce tambour demandé nous soit livré. »

Le Directoire fut immédiatement obéi, la livrance eut lieu en la personne d'un certain Réné Girard admis à cet office, dans lequel il débuta le 25 du susdit mois par la course quotidienne bruyante et matinale de 4 à 5 heures

Le procédé offrait nombre d'inconvénients, mais le décret le voulait ainsi, néanmoins une pétition réclamant l'ancien mode d'éveil fut signée par la généralité des habitants; elle attendit six années avant d'être admise. Voici sa teneur:

« Citoyens, Officiers municipaux!

Notre fidélité aux lois de la république, notre soumission en celle qui ordonne qui ne reste qu'une cloche en chaque commune, n'empêche pas que vous observiez citoyens, que plus des deux tiers des habitants de cette ville obligés de se trouver à leur atelier â heures prescrites, ne pourraient néanmoins à temps marqué s'y rendre qu'à l’aide de cloches et horloges publiques. Sous cette vérité, nous venons vous représenter que la cloche et l'horloge des ci-devant Récollets de cette ville, sont d'une nécessité indispensable pour cette si nombreuse classe ouvrière.

Ce qui nous a porté à requérir, citoyen, de vous employer avec nous pour qu'elles nous soient laissées, ne voulant en cela que le bien public loin de contrevenir à la loi.

Nous vous offrons de nous cotiser jusqu'à la valeur de l'estimation, »

Suivent 145 signatures des habitants des rues du Marteau, Spintay, Saucy. Hodimont, Xhavée, Brassine (place Verte), place du Sablon (des Récollets).

Le maire David accorda l'autorisation demandée et le 18 floréal an 11 (28 Avril 1803) la collecte fut faite par les administrateurs des hospices qui recueillirent 11 1/2 louis, somme remise en son temps aux sieurs Nelletier, Galle et Cie constitués pour l'enlèvement des cloches. M. Renatte Godart avait avancé cette valeur.

En tête de la souscription figurent MM. Servais Kaison et Daudezeux, chacun pour une couronne, maximum des dons.

Cette pièce sans date est signée:

Guillaume Seruvier, président; A.-J.-H. Chapuis, municipal.

D'autre part il fut fait des avances à l'acquéreur de l'église pour échanger ce sanctuaire, contre l'ancien local de l'école, c'est pourquoi l'on en écrivit aux directeurs de la chapelle comme suit:

« Le 6 vendemiaire an 11 (29 Septembre 1803).

J'ai ordonné l'expertise du collége, par le conseil municipal pour en demander l'aliénation au corps législatif. Instruisez-nous des conditions et transmettez-les moi.

P. DAVID. »

Une année après se produisirent les pièces suivantes:

A Monsieur le Préfet du Département de l'Ourte, maintenant à Aix-la-Chapelle.

« MONSIEUR LE PRÉFET,

Nous venons de prendre connaissance par la voie de la feuille publique de votre circulaire du 11 fructidor concernant la fermeture des églises non reconnues par le gouvernement. La chapelle des ci-devant Récollets, appartenant à la commune et tombant sous les dispositions de cette lettre, nous nous empressons Monsieur, de vous adresser quelques observations à ce sujet.

L'église des ci-devant Récollets, qui appartient maintenant à M. NeuvilIe-Kaison étant contigue à la chapelle, nous avons formé le projet de l'acquérir pour en faire une église annexe. C'est ce qui a été approuvé par Monsieur l'évêque dans le cas ou cette translation ait lieu ....

Nous vous prions de suspendre l'exécution de votre lettre du 11 fructidor jusqu'au moment ou le conseil municipal ait pris une mesure quelconque pour l'acquisition de l'église des Récollets.

Salut et respect.

Vervier 24 fructidor an 12 (11 Septembre 1804).

Les membres de la Commission administrative des hospices,

(Signé) IWAN SIMONIS, P.-F. MALEMPRE, H. BIOLLEY, P.-J. DRÈZE. «

En voici les apostilles:

« Le Maire de la ville de Vervier déclare que l'église et la chapelle des ex-Récollets de cette ville sont indispensables pour l'exercice du culte, tant à cause de la grande population de cette commune, que par l'affluence des fidèles de celles environnantes, qui y viennent pendant toute l'année faire leurs dévotions.

En conséquence, le Maire invite M. le préfet de solliciier près du gouvernement l'autorisation d'exercer le culte dans les susdites église et chapelle. M. le Préfet est en outre prié de permettre provisoirement et en attendant la décision du gouvernement, que cette église soit réouverte.

Vervier 24 fructidor an 12 (11 Septembre 1804).

P. DAVID.

Et pour la direction préposée à l'administration de la chapelle,

(Signés,) JEAN WEBER & NOEL SERVAIS. »

« Cette église serait plus utile au public pour auxiliaire que l'église des Dames du Saint-Sépulcre. Je suis d'avis que si l'on pouvait s'assurer la propriété de l'église, ce serait un grand bien-être pour l'utilité publique, de la rendre annexe de l'église paroissiale de Verviers.

(Signé) H.-J. DAIJCHAP, curé du canton de Verviers. »

Tandis que les Administrateurs des Hospices s'adressaient au Préfet, ils reçurent ce même jour cette pièce:

EMPIRE FRANÇAIS.

Verviers 24 Fructidor an 12 (11 Septembre 1804).

Le Maire de la ville de Verviers aux Administrateurs des Hospices, du Bureau de Bienfaisance et aux Directeurs de la chapelle des Récollets.

Je vous préviens, Messieurs, que je viens de recevoir officiellement la lettre du Préfet aux maires, qui leur ordonne de faire fermer les églises de leur commune où l'exercice du culte n'est point autorisé par le gouvernement.

Les devoirs de ma place exigent que je défère aux ordres de l'autorité supérieure, surtout lorsqu'ils sont calqués sur la loi.

Eu conséquence, je viens d'ordonner au commissaire de police de fermer sur-le-champ la chapelle et l'église des ex-Récollets. J'espère que cette mesure ne sera pas de longue durée, l'autorité départementale après avoir reconnu la nécessité de cette église pour l'exercice du culte dans notre commune, s'empressera sans doute d'en solliciter l'autorisation du gouvernement; mais en attendant, j'espère que M. le Préfet le permettra provisoirement.

J'ai l'honneur de vous saluer.

(Signé) P. DAVID. »

Aussitôt l'on se mit à l’oeuvre pour terminer les négociations concernant l'échange de l'église afin de posséder un titre réel à la faveur demandée.

L'adhésion des Administrateurs des Hospices fut datée du Fays 17 Septembre 1804, et signée J.-I. Franquinet.

En attendant une solution, il fut dressé un inventaire du contenu de l'église, le 19 pluviose an 12 (9 Février 1804) et un concierge fut nommé.

Voici quelques-uns des articles émis à cette occasion:

2° Ne permettre de sonner les cloches à moins que pour l'éveil des ouvriers tous les jours à cinq heures moins un quart du matin, pour Messes, Salut et cas d'incendie ou par ordre du Maire ou des Administrateurs.

3° De ne laisser monter personne à l'autel de la Vierge autre que les ecclésiastiques qui y vont dire la Messe et ceux qui servent le culte.

5° D'ouvrir l'église et la chapelle tous les jours à 5 heures du matin en été, 6 en hiver, fermer à midi, dimanche excepté. La chapelle à 4 en hiver et à 6 en été. »

Mais alors que tout reprenait un cours désiré, il fut enjoint de fermer les églises et chapelles dont le maintien n'avait pas été officiellement reconnu. De là grand émoi en ville, et le 20 pluviose an 12 (10 Février 1804), le peuple de Verviers réclama l'appui des directeurs de la chapelle, disant:

« C'est en conformité de la loi du 18 germinal an 10 et de l'arrêté du préfet qui en est la suite, que la vaste chapelle communale dite des Récollets vient d'être fermée.

Ce ne peut être que par une combinaison mal entendue. Vous avez été hier témoin oculaire de la désolation où se sont trouvés non-seulement les habitants des rues populeuses de Hodimont, Saucy, Spintay, Marteau, Brou, Xhavee, Place Verte et Sablon, mais encore les nombreux et paisibles cultivateurs qui depuis des siècles y viennent s'acquitter de leurs devoirs religieux, parce que le seul office que l'on fait dans leur église est insuffisant.

Mais s'il existe une plaie profonde, il existe le moyen d'appliquer le beaume par votre zèle.

Exhortez, priez MM. les membres de la Députation pour le remontrer de vive voix, aux dignes mandataires civils et ecclésiastiques de notre département, etc.

Suivent les signatures. »

L'affaire en resta là jusqu'au 11 fructidor même année (29 Août 1804), alors qu'un décret rappela l'application de la loi précitée.

La Commission administrative des hospices et les directeurs de la chapelle émirent le résultat de leurs démarches le 20 fructidor (7 Septembre 1804); la tin de cette lettre que voici, donne une idée remarquable de la ferveur à cette époque:

« A Messieurs les Conseillers municipaux de Verviers.

Chargé par vous, Messieurs, de l'administration de la chapelle et de l'église de la Vierge miraculeuse de Vervier, nous avons traité pour le bien de la commune avec M. Neuville-Kaison pour l'échange du college contre l'église des ex-Récollets qu'il a acquise et nous espérions qu'il la céderait contre le collége. Le propriétaire ne peut céder l'église à moins qu'il n'ait outre le college, la maison du syndic des ex-Récollets appartenant aussi à la ville.

Il observe qu'elle lui est indispensable et qu'il ne peut sans cela traiter le marché, mais il offre en revanche une place pour y bâtir un quartier pour les desservants et portier, du côté de M. Arnoldy au-dessus de la porte d'entrée de sa fabrique, et d'entrer dans la bâtisse pour quelque chose.

Malgré notre bonne volonté et notre zèle pour l'intérêt commun, nous ne pouvons espérer de procurer la somme nécessaire à payer à la ville pour le college et la maison du syndic, ce qui doublerait le prix.

Nous ne pouvons aujourd'hui que vous faire le présent rapport, laissant à votre sagesse de traiter cette affaire.

Pour preuve de cette nécessité nous n'avons qu'à vous observer que la dévotion envers la dite Vierge miraculeuse est tellement répandue, qu'il y vient environ 1000 étrangers par semaine l'une dans l'autre, outre que chaque jour de fête solennelle l'affluence y est telle que 10,000; supposez 80,000 annuellement et que chacun dépense 50 centimes soit 40,000 francs. »

Ces chiffres donnent la mesure de l'importance que l'on attachait à cette restauration et ne surprennent point quand, d'après les registres, l'on trouve pour une seule année de ces temps bizarres le prix de treize mille messes reçues et trois mille deux cents francs trouvés dans les blocs.

L'on sait que le 7 Juin 1802, l'évêché de Liege avait vu monter sur son siege Jean Evangéliste Zaepffel, le 17 Septembre 1804 une députation lui fut envoyée par les administrateurs de nos hospices; même démarche fut faite au Préfet afin de presser l'affaire en litige et l'on alla même jusqu'à espérer à cette époque que l'église N.-D. pourrait être érigée en paroisse.

La fermeture de la chapelle n'avait été qu'éphémère, un délai de deux mois fut accordé afin qu'elle procurat ses titres.

Le 30 brumaire an 13 (4 Novembre 1804), furent préposés officiellement à sa direction, MM. Jean Weber et Noël Servais.

Nonobstant la visite de l'évêque en notre ville, le délai de deux mois étant expiré l'on reçut la missive suivante:

Liege 21 brumaire an 13 (12 Novembre 1804).

Le Préfet et Membre de la Légion d'Honneur, au Maire de Vervier.

« J'avais prévenu en son temps Monsieur l'Evêque de Liege et le Maire de Vervier, de l'autorisation que je vous avais donnée pour continuer pendant deux mois l'exercice du culte dans la ci-devant église des Récollets.

Ce prélat vient de m'écrire pour me prier de ne pas prolonger cette autorisation, attendu que cet édifice est une propriété particulière et que la chapelle qui la joint ne peut décemment servir à l'exercice du culte.

Vous voudrez donc bien donner des ordres nécessaires pour que cette église soit fermée aussitôt que le délai de deux mois sera expiré.

Je vous salue respectueusement.

DEMOUSSEAUX.

Reçu le 24 brumaire an 13 (5 Novembre 1804), à 6 heures du soir.

Le Secrétaire, Leloup.

Il y fut répondu le lendemain, et une réplique de l’Evêque de Liège fut adressée au Maire le 27 brumaire an 13 (18 Novembre 1804) comme suit:

« Monsieur,

M. votre curé a eu effectivement l'attention de me prévenir sur l’échangede l'église des Récollets de votre commune avec l'ancien collége et c'est avec satisfaction que j'ai appris par votre lettre du 25 que je puis regarder cette affaire comme terminée; ne doutez pas de mon zèle à répondre à vos voeux pour la conservation de cette église, la religion et la piété des fidèles y sont intéressées.

M. le Préfet pense comme moi à cet égard, connaissant le local où se trouve la Vierge miraculeuse, je dois désirer qu'il soit pris d'autres arrangements pour ce placement et que l'accès pour arriver à l'autel soit rendu plus facile et plus décent. Il me reste à vous faire une dernière observation concernant les messes:

Dans l'état où se trouve le clergé en général il est dans l'ordre que les plus nécessiteux et les plus vertueux ayent la préférence; M. votre curé doit mieux que personne faire cette distinction.

Agréez, etc.

J.-E. EVÊQUE DE LIÉGE.

Pour comprendre l'expression d'accès plus décent pour se rendre à l'autel insérée en cette lettre, il faut savoir que du temps des Récollets l'on n'avait accès à la galerie de la chapelle que par le couvent; aussitôt celui-ci vendu, l'on fut obligé de poser deux escaliers dans l'enceinte même dont ils envahirent l'espace en y produisant un effet désagréable, vu leur pose isolée et maladroite.

Il fut enfin décidé en Novembre 1804 ce qui suit:

La Commission des Hospices civils, en date du 18 pluviose, revu celui du Maire du 22 frimaire dernier (13 Décembre 1803), considérant qu'il est de toute urgence d'organiser définitivement l'exercice du culte dans l'église et la chapelle des ex-Récollets, arrête:

1° Les prêtres autorisés par la commission pour desservir, etc. , recevront par mois un traitement de 15 florins de Liége.

2°Pour dire messe et autres devoirs relatifs au culte.

3° Se remplacer par un suppléant agréé, en cas de maladie et lui donner 10 sous ou 60 Cmes par messe.

4° Présenter ce suppléant dans les quinze jours.

5° Paye du traitement, le 1er ou 30 de chaque mois au receveur des hospices.

6° Dire les messes tous les jours ouvrables.

7° M. Servais Augereau, ex-Récollet, à 6 heures, M. Colette, abbé, à 7 heures, Jean-Joseph Hanlet, vicaire à Saint-Remacle, â 7 1/2 heures, J.-B. Thys, ex-Carme, à 8 heures, Jacques-Alexandre Duesberg, abbé, à 9 heures, Guillaume-François Coumont, ex-vicaire de Hodimont, à 10 heures, Hanlet, à 11 heures les dimanches. MM. Colette, Duesberg et Thys, recevront chaque dimanche 10 sous en sus pour le salut et autres offices.

Augereau 20 sous pour messe le dimanche et fêtes obligées, outre le salaire.

M. Hanlet 15 sous en sus pour le même objet,

8° Défense d'accepter des fidèles, aucun argent pour messes.

9° Ce qui ne peut être perçu que par le Reçeveur des Hospices, accompagné d'un membre de la Commission.

10° En attendant la nomination d'un nouveau directeur, prépose le concierge à cette recette. - Verviers 19 pluviose an 12. (9 Février 1804).

Cet arrangement opéré, il fut fait des collectes pour que la restauration s'accomplit sans retard. En tête des listes datées du 27 Novembre 1804 se trouvent ces noms honorables:

Kaison-Devaux 5 louis.
Ve Granjean 2 id.
J.-J. Lejeune 2 id.
Mlle Hélène Kaison 2 id.
Devaux 3 id.
Cornet, soeurs 2 id., etc., etc.

Ce même mois encore, les communes environnantes voulurent s'associer à cette oeuvre pieuse à l'effet de compléter une somme de 4,000 florins fixée par l'autorité ecclésiastique pour assurer l'entretien du culte, en voici le détail:

Note des Recettes que chaque quartier de la commune a produit ainsi que les villages circonvoisins, pour l'acquisition et réparation de l'église des ci-devant Récollets, comme de la chapelle de N.-D. de Verviers, en Novembre 1804.

MM. l'abbé Debion, Vanderzanden et Godheer, pour les quartiers des rues Hodimont, Saucy et Spintay 191 7 2
MM. l'abbé Duesberg et Servais, rues du Marteau, Sablon et Sépulcrines 635 1
MM l'abbé Thys et Kokaito, pour Xhavée et Place Verte 112 8
MM. l'abbé Magnée et Cornet, pour rues Crapo, Heusy et Marché 605 12
MM. l'abbé Duesberg et Lonhienne, rues des Raines, Sommeleville et Secheval 441 15
MM. Balan, vicaire de Hodimont, et Arnoldy pour la commune de Hodimont 306 1
MM. Lincé, maire, W. Lonhienne et J. Rigau de Verrier, pour la commune de Dison 182 7 1
MM. Lavai, maire, W. Lonhienne et J. Rigau de Verrier, pour la commune de Petit-Rechain 63 3
M. Fassin, pour la commune de Lambermont 48 7 2
2586 2 1
Produit de la vente des bancs 862 3 2
pour compléter la somme convenue de 4000 florins de Liege 551 14 1
4000

Néanmoins, ce ne fut qu'en 1808 que l'échange définitif de l’église avec le collége eut lieu, moyennant 4,800 francs donnés à la ville et que produisirent de nouvelles souscriptions intra et extra muros; (ce collége était estimé à 11,500 frs.)

La chapelle qui avait possédé de si riches ornements était bien dénudée alors. Un inventaire de ce temps dit, qu'elle prêtait son calice d'argent à l'église et gardait pour son service un calice d'étain et une sonnette de même métal.

Le chanoine Franck lui légua enfin par testament « son calice d'argent et son surplis de batiste et de dentelle fine. »

Ce don fut le début de nouvelles libéralités pour les deux parties du sanctuaire.

En 1809, il fut décidé d'y faire des bancs neufs et les habitants d'Andrimont désirèrent y contribuer par des dons en argent et en nature. Cette dernièreliste porte:

Drossart, maire 3 bois de haute futaie.
Nicolas-Denis de Colombs 2
Mathieu Pironnet 3
Guillaume Maquinay 1
Jean-Laurent Crama 1 et un morceau de gros bois
Pierre Bertrand 3
Mlle Catherine Magis 2
Nicolas Henrotte 2
Jean Vinchenne 2
Pierre Lejeune 1
Michel Legrand 1
Jean-Joseph Wilkin 1
François Frictz 1
Thimister 1
Jacques Meunier 4 limons
Barthélémi Thurion 4 id.
Etienne Crama 1 arbre
Ve P.-T. Mathieu 2 et voiture
Nicolas Lejeune 2 id.
Les frères Henrotte 1 et 1/2 couronne
Julien Delwick 1 et chaux
Et. Henrotte 1
Delle Denis 1 et une pièce de bois
L'ex-Chevalier Zinck 1 arbre et autre promesse

Total 34 arbres, dix limons ou terases, plus 28 fl. 17 sous.

D'autres devaient contribuer par des corvées pour le transport, mais tant de bonnes intentions ne purent se réaliser; le banc modèle venait d'être exposé dans la chapelle, lorsqu'un événement déplorable, comme on verra, vint y porter la désolation.


INCENDIE, DESTRUCTION DU COUVENT ET DE L'ÉGLISE.

Les prêtres desservant l'église et la chapelle, tous verviétois, s'étaient ainsi que les administrateurs voués à leurs fonctions avec le zèle le plus louable et ne négligèrent nulle occasion de raviver la dévotion envers le monument restauré par leurs soins. Chacun se trouvait heureux de voir la Foi se manifester sans entraves et de retrouver l'édifice religieux de nos Récollets en son ensemble, tant les contemporains de son premier lustre y rencontraient d'heureux souvenirs.

Entretemps, l'édifice claustral s'était transformé en magasin d'abord, puis en fabrique de draps et de velours, par la maison Bruginan, Engler et Cie.

Mais, il semblait écrit que rien de ce qui appartint à nos anciennes communautés ne devait rester intact; un terrible incendie éclata dans cette nouvelle fabrique le 22 Juillet 1810; jour du Dimanche.

Il était dix heures du matin, la foule remplissait l'église, et le prêtre Coumont y célébrait la sainte Messe dans le choeur, au petit autel de la Vierge.

Le feu prit pour première proie l'angle Est, du côté de la rivière, à l'aile reliant l'ex-couvent au chevet de l'église. Telle fut la rapidité des flammes, qu'avant que le Saint Sacrifice ne fut accompli, tout l'ensemble des bâtisses ne présentait plus qu'un vaste brasier, alimenté par une quantité énorme de matières grasses, de métiers et de fabricats. En présence d'un pareil sinistre tout secours humain devenait inutile, et bientôt l'oeuvre de deux siècles allait être anéantie jusqu'en ses fondements.

Aux premiers cris d'alarme, la foule avait déserté l'église, mais le premier moment de stupeur vaincu, un grand nombre de personnes y rentrèrent pour sauver quelques meubles de la destruction. Elles y retrouvèrent avec étonnement le prêtre disant sa messe avec un calme qui excita l'admiration la plus vive; et malgré les supplications les plus pressantes il ne fit pas le moindre mouvement, faisant croire qu'il se trouvait entouré d'une scène aussi tumultueuse.

Cependant les témoins du sinistre ne restaient point inactifs. Dans cette confusion croissante, le concierge ne trouva plus les clefs des armoires de la sacristie, qui n'avait alors d'autre issue que par l'église, Gilles Mors, sacristain actuel, saisit une barre de fer, brisa les portes abritant les vases sacrés et les ornements, appela du secours aux fenêtres grillées et jeta d'entre les barreaux tous les objets les plus précieux. Il put de là remarquer le dévouement de feu Madame J.-J. Lejeune qui avait quitté sa maison, voisine de ce foyer, pour recevoir en son tablier les ostensoir, calices, etc.; auprès se distinguait le jeune Alexandre Paulis, lequel se chargeait des vêtements sacerdotaux lui lancés, et les déposaient en lieu sûr.

En ce moment des cris terribles s'élevèrent de la foule anxieuse, toute la toiture de l'église s'était embrasée d'un trait, d'énormes flammes étreignaient déjà la belle flèche qui s'élevait au-dessus du choeur et dont la base allait céder et la voir s'anéantir.

Ceux qui se trouvaient encore dans l'édifice se retirèrent, de nouvelles prières furent adressées inutilement au prêtre héroïque qui ne désemparait; néanmoins l'on enleva la statue de la Vierge qui décorait l'autel où l'on célébrait et bientôt Coumont se trouva seul dans l'enceinte livrée à l'élément destructeur.

Cependant Dieu protégeait ce dévouement à ses devoirs. Pour ceux qui de loin contemplaient cette scène terrible, les secondes parurent des siècles tant le péril était imminent; des craquements sinistres se faisaient entendre de toutes parts annonçant qu'une dernière heure allait sonner.

Enfin le saint Sacrifice s'acheva. Il était temps: le plafond du choeur s'était effrondé, le revers du grand autel était en feu, le chapeau du prêtre, accroché à la porte de gauche y brûlait. Quand le célébrant descendit de l'autel, on assure que les cloches fondaient déjà et que leur bronze tombait goutte à goutte au milieu du choeur.

Coumont traversa l'église à pas lents emportant les saintes espèces et à peine posait-il le pied dans la chapelle, qu'un horrible fracas vint épouvanter la ville entière, la haute flèche s'écroulait, entraînant dans sa chûte tout le plafond de la nef.

Alors le vaisseau de l'église fut une fournaise ardente dont nul n'osait approcher et dans laquelle disparurent tant de témoignages de la piété, de la reconnaissance de nos aïeux.

Quant à la chapelle, elle était destinée à ne point périr, sa voûte en briques reçut l'épreuve du feu et la charpente se consuma sur son cintre sans y laisser de traces.

En ce moment, tel était l'effroi de voir la statue vénérée atteinte par les flammes que, quoiqu'on la sut de pierre, il fut fait des efforts surhumains pour la descendre de son piédestal. Heureusement aucun mouvement ne s'y produisit et nulle trace de violence n'y fut laissée par les leviers dont on se servit contre elle.

Bientôt il fallut fuir aussi de la chapelle, car dès que la voûte en bois de l'église se fut écroulée, fournissant des aliments nouveaux à l'incendie, d'énormes masses de feu s'élancèrent par toutes les ouvertures que comptaient les trois portes de la base, les deux portes du jubé telles qu'elles existent encore, ainsi que par les trois fenêtres qui perçaient l'ancienne façade en sa partie supérieure et étaient restées comme ornement au-dessus de la niche de la Vierge; ajoutez y la porte qui donnait accès au cloître par lequel on se rendait du couvent à la galerie.

Malgré les neuf énormes langues de feu qui par ces ouvertures s'élançaient dans la chapelle, les balustrades et boiseries entourant la Vierge et formant l'ornementation que l'on y a vue jusqu'en 1853, rien de ces décorations ne fut consumé. La balustrade actuelle, découpée comme la guipure, y est restée comme seul témoignage, quant à la partie qui se trouve devant l'autel et s'étale sur la largeur du vaisseau.

Plus haut il fut parlé du dévouement de personnes arrachant des débris à l'élément destructeur, grand nombre s'y distinguèrent, malheureusement peu de noms nous sont connus, citons cependant d'après le témoignage de nombreux témoins, la belle conduite que tint pendant ce désastre, Henri Defawe, de Verviers, lieutenant des cuirassiers, décoré de la Légion d'Honneur, et alors en congé.

Le jeune Guillaume Dubois s'y distingua de même.

Jean Théodore Mors et Mathieu Lion y produisirent dès le début des efforts inouïs dans l'espoir de concentrer le feu dans l'établissement industriel.

Pendant tout le jour suivant, l'ardeur du foyer ne cessa d'effrayer la population et surtout le côté Nord de la place des Récollets.

La chaleur projetée dans les environs fut telle que les vitres des maisons environnantes en furent gercées. Une femme habitant au quai des Récollets surprise par cette ardeur suffoquante voulut se sauver par son jardin vers les Heyds, elle y serait morte si l'on ne fut venu l'enlever à temps.

L'on crut devoir attribuer à l'atmosphère altérée par cet événement l’état des arbres de la Place Verte, qui furent vus cette année au mois d'Août, entièrement dépouillés de leurs feuilles.

Cependant tout le premier jour de l’incendie fut rempli d'une pluie diluvienne qui ne cessa un instant et préserva le voisinage de l'église d'une complète destruction. Cet état météorologique uni au vent d'Est remplirent la ville d'une épaisse fumée qui ne se dissipa que la nuit.

Le lendemain 23 l'on croyait tout consumé, quand vers le soir, des mouvements s'étant produits dans la masse où gisait cette glomération de matériaux de tout genre, de hautes flammes s'en échappèrent de nouveau, l'alarme fut redonnée; enfin tout danger disparut.

Quant à l'église, son état et ses débris firent craindre qu'elle ne fut perdue pour toujours.

L'ex-couvent devenu ex-fabrique, fut bientôt remplacé par des habitations telles qu'on les voit aujourd'hui, composant rétablissement de roulage Fischer et Cornet.

La population, afin de constater sa reconnaissance pour la conservation de la chapelle, à laquelle on était si attaché, désira que l'on n'interrompit point la célébration de la Messe ni des Complies, ce qui eut lieu en présence d'une foule innombrable venant de toutes parts s'assurer de la conservation d'une partie de l'édifice, ce qu'elle considérait comme une nouvelle manifestation de la Providence.

Cependant l'on n'y donna la bénédiction qu'après que l'enceinte eut été cosacrée de nouveau.

Après l'événement cité, le P. André Roland fit peindre le quatrain suivant dans la chapelle;

La flamme dévorante approchait cet autel,

Elle allait dévorer cette enceinte sacrée

Quand Marie adressant nos voeux à l'Eternel,

Rend l'espoir et la paix à la foule éplorée.


RÉTABLISSEMENT DE L'ÉGLISE.

En 1812, fut émise l'idée de reconstruction de l'édifice incendié; des devis furent formés par l'architecte Danthine et le charpentier L. Joseph Grégoire, leur chiffre fut de 33,627 frs.

En 1816 les ruines étaient telles encore que l'incendie les avait laissées; seulement de leur masse s'élevait un taillis dépassant les plus hautes murailles épargnée

Alors de nouveaux projets surgirent par Douha, architecte, et Caro, de Theux, charpentier; ils furent accueillis, et Madame Biolley-Simonis offrit 30,000 francs afin d'activer la réalisation du voeu populaire.

Grâce à telle largesse, les travaux commencèrent le 23 Avril et la caisse de l'église fournit pour leur ornementation tout son avoir, 12,000 francs; des souscriptions pour l'achat des orgues procurèrent 200 louis.

Notre ex-Bourgmestre M. Charles Warnotte, acheta et fit don à l'église du magnifique maître autel de l'abbaye du Val Notre-Dame. Ce chef-d'oeuvre avait été offert à cette maison par l'une de ses abbesses, Lutgarde de Boileau, dans la première moitié du dernier siècle. Il se composait d'une base enrichie de bas reliefs de marbre blanc au-dessus desquels entre six colonnes corinthiennes se voyait une assomption, groupe demi colossal, où la Vierge entourée d'anges était reçue au Ciel par la Trinité.

Malheureusement cette belle pièce étant de proportion trop vaste, ne put être appliquée à l'église nouvelle. Elle fut remplacée par l'autel principal de l'église de Saint-Nicolas aux Treilles, de Liège, auquel officiait habituellemant l'évêque Zaepfel.

Ce second autel coûta 1,500 florins.

Un habitant d'Andrimont, donna une poutre énorme, laquelle supporte le jubé.

Ainsi se compléta cette réédification de laquelle fut écartée le projet, formé par l'architecte, de reconstruire la tour.

Le Père André Roland, heureux du rétablissement de son église, y fit placer en face du quatrain cité page 53, cette nouvelle inscription:

L'an 10, 22 Juillet, les flammes dévorantes,

N'avaient rien épargné, pas même les autels;

L'an 18, le 6 Mai, grâce aux mains bienfaisantes

Sion renait répand ses trésors immortels.

Enfin, â cette date, l'église fut de nouveau consacrée et livrée au culte, au milieu d'un immense concours. Elle fut bénie et la Grand'Messe y fut chantée par M. Toussaint Colette, curé de Saint-Remacle; l'offrande tenue y produisit mille francs, destinés à la décoration, et les habitants du quartier se cotisèrent pour compléter le fini des autels et de la sacristie.

Les prêtres Duesberg, ex-chanoine de Saint-Pierre, à Liege, et Gilles Deblon tous deux de notre ville la desservirent, disant chaque jour Messe et Salut. Le premier y officia jusqu'à ce que l'église N.-D. eut été érigée en paroisse.

La chapelle et l'église réédifiée reçurent en 1821 comme vicaire titulaire de Notre-Dame, P.-W.-J. Delahaye, hollandais; son traitement fut fourni par des souscriptions volontaires; il y célébra jusqu'à sa nomination à la cure de Henri-Chapelle.


INAUGUGRATION DE LA PAROISSE N-D & JUBILÉ DE 1842.

En 1825, il fut question d'ériger enfin l'église N.-D. en auxiliaire de Saint­Remacle; à cette fin, feu Antoine Brosky, de Herlen, y fut envoyé comme vicaire, mais il résida à l'église primaire jusqu'en 1826, époque à laquelle lui fut adjoint le révérend B. C. E. Meunier; des fonds baptismaux furent alors établis à N.-D.

Le 15 Mai, veille de la Pentecôte, jour de saint Servais, le premier baptême s'accomplit en leur succursale, et en 1827, les deux desservants se casèrent dans le quartier, fixant leur résidence en Brou, 10, à peu près en face de la maison où juste deux siècles auparavant (1627) s'étaient établis les Pères Récollets.

Leur succursale, la première créée en notre ville en dehors de l'église mère de Saint-Remacle, fut définitivement érigée le 6 Février 1833 par Monseigneur Van Bommel, évêque de Liège, sous le vocable de Notre-Dame.

Le 14 du même mois, Barthélémi-Charles-Eugène Meunier, né à Huy le 17 Juin 1803, en fut nommé premier desservant.

Son installation se produisit d'une manière solennelle par M. le curé primaire Hubert Neven (aujourd'hui Mgr. le grand vicaire de Liège), accompagné d'un clergé nombreux et d'une foule considérable.

L'église et la place étaient ornées de riches colonnades, de draperies, de guirlandes et chronogrammes, d'entre ceux-ci l'on en remarquait de l'un de nos plus distingués latinistes, feu Henri Mauhin-Dôdémont, professeur à l'Ecole Industrielle; il traça entr'autres au-dessus de la porte du temple cette heureuse sentence

DVX GREGIS ET CVSTOS

o MEUNIER IN CLYTE saLVE.

C'est-à-dire: O Meunier, chef et gardien du troupeau, soyez le bien venu.

A cette occasion, trois des plus honorables habitantes de la place des Récollets, Mesdames Genin, Sauvage et de Damseaux, désireuses de voir l'église dignement ornée, avaient fait dans le quartier une collecte dont le chiffre atteignit 1,060 francs.

Le premier baptême qui s'accomplit en la succursale, date du 15 Mai 1826, pour Jeanne-Marie Camus, fille légitime de Jean-Nicolas et de Marie-Joseph Colard, des Mezelles.

Le premier en la paroissiale N.-D. fut celui de Marie-Elisabeth Rensonnet, fille légitime de Jean-Servais et de Marie-Elisabeth Crama, de la rue Hodimont, 16 Février 1833.

La première inhumation fut celle du jeune François-Xavier Thoulen, de la rue du Marteau.

La possession d'un presbytère voisin de l'église s'étant fait désirer, il fut acquis et approprié pour la somme de fr. 29,000, en vertu d'un arrêté du 24 Octobre 1834, et la somme fut composée par le Conseil de Fabrique au moyen des capitaux de diverses fondations, avec lesquels l'on solda d’abord 2/5 mes du prix d'achat, et les 3/5 mes restants furent complétés au moyen de divers capitaux de fondations, donnés ou remboursés à la Fabrique.

Le nouveau pasteur acquit bientôt de nombreux titres à la reconnaissance et se distingua d'une manière toute spéciale, pour l'organisation des processions, qui grâce à ses soins, devinrent des plus riches et des mieux ordonnées.

Cette aptitude acquit un développement extraordinaire en 1842, par le jubilé du 150e anniversaire du miracle, solennité que l'on désirait voir égaler en luxe les commémorations de 1742 et de 1792.

Les journaux reproduisirent tous les détails de cette fête remarquable, nous ne transcrirons ici que la description due à feu M. Herman Berguenheusse, de Verviers, mort à Mouzon aux Ecluses, le 1er Février 1858, et qui, comme ses ancêtres, continua le rôle de chroniqueur jusqu'au 20 Août 1849. (il fut peut­être le dernier qui tint un journal manuscrit parmi nous.) Voici le narré dont il est question:

« Le 18 Septembre 1842, eut lieu le Jubilé de 150 années, à la paroisse N.-D. en mémoire du miracle ou changement de la statue de la sainte Vierge Marie, arrivé l'an 1692.

La veille au soir et le dit jour au matin, la solennité fut annoncée par le canon et le son des cloches de toutes nos églises. Après la Grand'Messe qui y fut chantée en musique à huit heures, la procession sortit avec un éclat dépassant tout ce que notre ville avait vu en ce genre.

L'on y portait en triomphe le portrait de la Vierge des Récollets, très ressemblant, peint par J.-S. R ... de cette ville.

Devant cette image, marchaient cent jeunes demoiselles répandant des fleurs.

Plusieurs Confréries venaient ensuite, en tête desquelles marchait celle de N.-D. de Miséricorde, puis suivaient celles de Dison, d'Ensival et de Chaineux.

Une foule considérable de prêtres, d'hommes, de femmes et d'enfants, accompagnaient dans un recueillement et un ordre admirable. Toutes les autorités de la ville y assistaient aussi.

Partout l'on trouva les rues jonchées de fleurs et de verdure; le parvis et la chapelle de la Vierge étaient transformés en bosquets ornés de nombreux chronogrammes, dus à la verve de M. Meunier, curé.

Le soir toute la ville fut illuminée.

Les fêtes jubilaires furent continuées jusqu'au 26 et une indulgence spéciale fut accordée à ceux qui y prenaient part.

Deux missionnaires Rédemptoristes de grand mérite, les Pères Fontaine et Deschamps y vinrent prêcher et confesser, une foule incroyable se porta vers eux, ainsi qu'aux confessionnaux de nombreux prêtres de la ville et des environs.

L'on fut obligé d'appeler un troisième missionnaire qui fut- le P. Pierre Renand, de notre ville.

Aux Messes de 6 heures et au Salut de 7, où les sermons se faisaient, l'église était au moins une fois trop petite. A l'un des sermons du P. Deschamps, la foule y était tellement entassée et produisit tel tumulte que l'on fut longtemps à savoir si l'on entonnerait le Salut. Heureusement nul accident ne s'y produisit et la cérémonie se termina par un Te Deum.

Il y eut chaque jour Grand'Messe à la chapelle, le Dimanche en musique à 10 heures, de même que les derniers jours, et enfin le 26 à 9 heures à grand orchestre. La veille était un Dimanche pendant lequel se fit. une procession aussi brillante que la première.

En ce moment, le pont des Récollets se trouvait en reconstruction; les habitants du Spintay sollicitèrent de n'être pas privés du cortège et l'on posa des poutres sur les arches non fermées, afin qu'ils pussent jouir de tel avantage.

Une remarque digne d'intérêt, c'est que feu le digne abbé Magnée, de Verviers, célébra la première messe de cette solennité ainsi qu'il l'avait fait 50 années auparavant, au jubilé séculaire de 1792.

La plupart des chronographes et pièces de vers qui ornèrent cette belle fête et composées à son sujet, ont été reproduites en une brochure intitulée:

Notice historique sur les changements prodigieux et les faits miraculeux arrivés le 18 Septembre 1692 sur la statue de la sainte Vierge, honorée dans l'église des P. Récollets. Publiée à l'occasion du 3° jubilé de 50 ans qui a lieu en mémoire de ces changements. In-12. - Verviers 1842. Imprimerie de A. Remacle."

L'on y remarque les Litanies de la Vierge en chronogrammes latins, avec traduction française.

Voici, d'après l'imprimé du temps, l'ordre dans lequel se produisit cette dernière commémoration:

Progamme des cérémonies et de l'ordre de la Procession Générale du Jubilé, qui aura lieu à l'église de Notre-Dame, à Verviers, le 18 Septembre 1842.

La solennité sera annoncée la veille et le matin par le canon et le son des cloches des églises de la ville.

La sortie de la procession aura lieu vers neuf heures et demie et dans l'ordre suivant :

1° La croix de la paroisse avec sa bannière, suivie immédiatement des orphelins et des congrégations d'hommes ou de garçons.

2° Les Confréries de la Sainte-Vierge dans l'ordre suivant:

I. Toutes les confréries étrangères à la ville se rangeront d'après l'ordre de leur arrivée, immédiatement entre les congrégations de garçons et la confrérie de l'église des Carmes.

II. Suivra ensuite la Confrérie de Notre-Dame du Mont Carmel, celle de Notre-Dame de Pitié, et en dernier lieu celle de Notre-Dame Auxiliatrice, avec ou sans bannière.

3° L'image de la Sainte Vierge sera placée à l'extrémité des confréries

4° Viendront ensuite, les congrégations des filles, qui suivront immédiatement l'image de la Sainte Vierge, et puis les personnes du sexe, qui ne font pas partie des congrégations.

5° Viendront ensuite les autres confréries dans l'ordre suivant:

I. Toutes les confréries autres que celle de la Sainte Vierge qui se placeront immédiatement après les congrégations, et autres personnes du sexe dans l'ordre de leur arrivée.

II. La confrérie do la Très-Sainte-Trinité, et celle du Très-Saint-Sacrement de la paroisse primaire de Saint-Remacle.

III. La confrérie du Très-Saint-Sacrement de la paroisse de Notre-Dame.

6° Viendront ensuite les religieux, le clergé et le Dais qui sera suivi et entouré du corps des pompiers, de la police, et des autorités de la ville.

Les personnes qui suivront le Dais sont invitées à se ranger en ordre, en formant des lignes de 6 ou 8 personnes.

La procession se fera dans l'ordre suivant: En partant de la place des Récollets, elle suivra dans la paroisse primaire, les rues du Collège et des Raines, ira aux grandes Rames par la place Saint-Remacle, pour sortir par la rue Sainte-Anne et revenir par Sommeleville, Secheval, le Marché et Crapaurue. Dans la paroisse de Notre-Dame, elle suivra ensuite la place Verte à gauche, la Xhavée, rentrera par derrière les orphelins, dans la rue de l'Harmonie, les rues derrière les Rames, Brou, rue Saint-Laurent, rue du Marteau pont au Chêne, Saucy. Dans la paroisse de Hodimont, elle traversera la rue Neuve, celle de la Chapelle et la grande rue, pour revenir à l'église de Notre-Dame, par les rues Hodimont et Spintay.

Les habitants et les sociétés des différentes rues sont instamment invités à décorer les rues et les maisons d'une manière digne de cette grande solennité, et à vouloir bien illuminer leurs maisons, le dimanche soir, à l'exemple des édifices publics, qui seront aussi illuminés. On a l'espoir, que la piété, le recueillement et le bon ordre, seront le caractère de cette belle cérémonie religieuse, et que dans cette circonstance si importante, la ville de Verviers saura conserver la réputation dont elle jouit, d'allier la piété et le bon ordre à la pompe des processions.

N. B. En cas que le temps ne permettrait pas de faire la procession le 18, elle serait transférée au Dimanche suivant, 25 Septembre, aux mêmes heures et dans le même ordre.

Verviers, le 12 Septembre 1842.

Le Curé de la paroisse, B.-C.-E. MEUNIER. Le Bourgmtestre, C. WARNOTTE.

Depuis ledit Jubilé, la chapelle et l'église ont subi divers changements et améliorations, c'est pourquoi un aperçu de leur état actuel trouvera place dans le présent exposé. Auparavant il reste à citer une série de personnes séculières y ayant prêté leurs soins.


DES SYNDICS DES RÉCOLLET.

La constitution particulière des Franciscains, leur interdisant de posséder aucune valeur monétaire, adjoignit à leurs maisons, la charge de syndic ou délégué, confiée à une personne laïque de l'un ou de l'autre sexe, et chargée des transactions quotidiennes qu'exige, dans toute société, le mouvement des recettes et dépenses.

Le premier en titre à Verviers fut:

Grégoire Bauduin, premier Père syndique des PP. Récollets, enterré en leur couvent le 24 Juillet 1655. Son titre reparaît à propos du service de sa femme Idelette le Poneau, inhumée près de son époux, le 8 Mars 1683.

Le second semble avoir été Henry Stocqui, enterré en l'église des dits Pères, le 30 Décembre 1662, jadis Bourgmestre et Père syndique.

Nos livres mortuaires présentent ensuite le nom de Antoine Franquinet, plusieurs fois Bourgmestre, Commissaire et Syndique, inhumé au choeur des Récollets, le 24 Juillet 1736. Ses titres sont cités encore au sujet de la mort de son épouse Catherine-Joseph d'Exhorez, inhumée aussi au choeur, le 5 Mars 1728.

Ce troisième nom de syndic est la dernière personnification du genre que nous rencontrions; viennent ensuite:

Anne Wacomont, soeur sindique, morte le 30 Décembre 1780 et enterrée aux PP. Récollets le 1er Janvier 1781.

Catherine-Ignace Wacomont, célibataire, syndique des sol jura (comptes) des Pères Récollets, inhumée au cimetière de la paroisse, le 2 Août 1786.

Marie-Marguerite Massotte, dite ci-devant syndique des Récollets en une pétition du 25 Avril 1798 conservée aux archives communales. Cette personne fut la dernière avant rempli ces fonctions en notre ville; née à Ensival, elle mourut à Verviers le 22 Août 1812, âgée de 73 ans.


DIRECTRICES ET DIRECTEUR DE LA CHAPELLE.

L'affluence qui se porta vers la chapelle de la Vierge des Récollets dès son achèvement, le désir de l'orner et de la rendre utile par des collectes, y firent déposer un tronc pour les pauvres et un autre pour son entretien.

L'on a vu page 16, leur approbation, par la lettre du Nonce, en 1709, et dès lors ces recettes produisirent la charge de directrice, syndique ou mambournesse de la chapelle, titre accordé pendant le 18e siècle à des dames, les plus recommandables de la ville.

La première trace officielle que nous en ayons rencontrée date de 1719, comme on verra bientôt.

Permis de faire la quête parmi la chapelle, accordé sur supplique à la Delle épouse au sieur Toussaint Nizet, sique syndique ou mambournesse de la dite chapelle. Nous Bourgmestres et magistrat de la ville de Vervier assemblés en corps à la maison de ville, trouvant la demande de la suppliante conforme à la piété chrétienne, déclarons la lui accorder, autant qu'il est en notre pouvoir, la faculté de faire faire une quête ou collecte parmi la chapelle de la sainte Vierge, joindante l'église des PP. Récollets, les jours indiqués dans la présente.

Fait au conseil de ville le 12 Mars 1744.

Par ordonnance (Signé) C. E. HANSTER.

Cette dame ayant donné sa démission, il s'ensuivit le document, ci-joint:

Les Bourgmestres et gens du Conseil, ayant duement examinés les comptes rendus par Mlle Anne-Marie Arnoldy, épouse au sieur Toussaint Nizet, conseiller actuel ... avons trouvé ses réceptats portés, commençant en mai de l'an 1719, à quatre mille deux cent vingt-sept florins Brabant et deux liards 4227 0 2

Déboursés 4017

Auxquels sont joints 210 0 2

Nous remis avec quelques bijoux des charités et bienfaits pour la chapelle, etc.

Fait au conseil de la ville le 14 Janvier 1750.

Par ordonnance HANSTER.

Il fut pourvu à ce remplacement comme suit:

Nous les Bourgmestres etc ... , le R. P. Gardien nous ayant présenté pour la remplacer la Delle Louys, Ve du sieur Benoit De Gueusenge (Benoit De Geusenge était conseiller de Régence en 1743) déclarons l'avoir établie comme par cette l'établissons, à l'effet sur ce requis, à condition de rendre compte par chaque année au magistrat ou ses députés, conformément au décret du Nonce apostolique de Cologne, émané à ce sujet le 29 Juin 1709.

Fait au Conseil le 3e de Février 1750.

Par ordonnance; (Signé) C.-E. HANSTER.

Cette dame remit ses comptes et pouvoirs en mains des députés du Conseil le 10 Juin 1760, ainsi qu'un inventaire de bijoux, portant:

Un demi collier avec une croix en diamant donnée par une demoiselle étrangère dont l'intention est qu'elle reste perpétuellement à la figure de la Sainte Vierge.

Item une croix et un crucifix à diamants, deux bagues d'or aussi avec diamants, quatre crucifix d'or, un anneau d'or, un chapelet dit de grenade, une sonnette d'argent, un habit de damas jaune et blanc, pour un ornement à la Vierge en son temps et enfin les clefs des blocs, des armoires, etc., ayant laissé à la dite chapelle tous ses autres ornements agenterie et linges qui s'y trouvent ...

M. le Bourgmestre Sougnez s'est bien voulu charger de les remettre en mains de la demoiselle Marianne de Pirons qui succède dans la dite charge de syndique à la ditte demoiselle de Gueusenge.

Fait au parloir des RR. PP. Récollets, à raison de l'incommodité de la -. dite demoiselle de Gueusenge.

Par ordonnance et comme député du Magistrat

JEAN SOUGNEZ. - F.-J.-T. FROMANTEAU, gardien.

La demoiselle de Pirons s'étant demise de la charge de syndique, a remis tout le dessus en mains du magistrat qui le gardent dans une armoire aux archives.

Le 4e Juillet 1761 le tout a été remis en mains de notre huissier Dechesnes, à la maison de ville, le conseil assemblé, à la réserve de l'habit de damas.

La magistrature procéda à ce remplacement par un acte ainsi conçu:

« Confiant dans la probité de la demoiselle Anne-Elisabeth Remy, épouse à notre collecteur et huissier Dechesne, déclarons l'avoir autorisée, comme par la présente l'autorisons et établissons, tant séparément que conjointement avec ce dernier, son mari, dans la charge de syndique ou administratrice du provenu des charités et libéralités qui se font à la chapelle, à condition de rendre compte conformément au décret du Nonce, etc ...

Aussi, qu'elle ne pourra, ni son mari non plus, faire aucune réparation ou embellissement à la dite chapelle sans l'avoir préalablement communiqué au dit magistrat; qu'elle devra, elle ou sont mari, aller faire la visite des ornements qui sont dans la dite chapelle, de même que des vêtements sacerdotaux et de tout ce qui sert à la célébration du saint Sacrifice de la messe et nous en remettre la liste.

«Fait au Conseil de la ville le 14 Juillet 1760. »

Après la mort de Dechesne il fut émis la pièce suivante:

Nous, confiants dans les bons rapports nous faits de la probité, capacité et prud'homie du sieur Jean Van Erven, l'établissons directeur de la chapelle aux mêmes honneurs et prérogatives dont ont joui ses prédécesseurs.

Ordonnons à qui compête de lui obéir.

Fait au Conseil, 9 Mai 1776.

Par ordonnance (Signé) MAQUINAY. »

(Nous n'avons rien rencontré, concernant ces avantages offerts en retour des soins donnés.)

Le décès du prénommé, arrivé le 14 Juin 1783, fit offrir cette commission à MM. le conseiller Régent, Hubert Godin et Stanislas Dutz, marchand de vin.

Huit ans après, en 1791, cette fonction fut confiée à Mlle Marie-Hélène Kaison dont le courage mit tout en oeuvre pendant les mauvais jours de la révolution pour sauver le dépôt lui confié.

Le 4 germinal an 4, ou 24 Mars 1796, l'administration municipale, se fit reproduire « la commission de directrice de la chapelle des Récollets, donné à la citoyenne Marie-Hélène Kaison, le 24 Juillet 1791, D'où il appert qu'elle est chargée de tout ce qui y a trait. Considérant en conséquence qu'il est du devoir de l'administration d'advigiler tous les objets confiés à cette citoyenne, arrête: que dans le terme de cinq jours de la date de l'insinuation du présent, elle est requise de remettre au secrétariat une note exacte de tous les effets appartenant à cette chapelle, avec désignation des matières dont ils sont composés et où ils sont actuellement, soit en totalité ou en partie. »

Le 2 Messidor (20 Juin) il fut ordonné de rendre compte de cet objet dans les 24 heures, mais sans effet, voici pourquoi:

Pendant la première occupation française, le susdit trésor avait pu être garé de la rapacité des envahisseurs. Lors de la seconde émigration de nos principales familles, Mlle Thérèse Kaison, vu son titre, transporta à Dusseldorf l'argenterie décorant le sanctuaire de la Vierge. Outre les ex-voto appendus à l'entour de l'autel et déjà décrits p. 17, l'on y comptait surtout six superbes chandeliers de quatre pieds de haut, réputés les plus beaux et les plus riches de la ville, après ceux de Saint-Remacle.

Malheureusement la maison où ces objets furent déposés devint la proie des flammes lors du siège de la ville, et l'on ne récupéra que peu de débris fondus, retrouvés dans les ruines. Ils furent restitués en 1809, à feu M. Hubert-Joseph Arnoldy père, envoyé à cet effet à Aix-la-Chapelle, où le grand vicaire Funck qui en était dépositaire, lui délivra cinq livres et onze onces d'argent qui furent vendues 373 fl. 18 sous de Liège.

Le 6 Septembre 1797, furent préposés à la direction de la chapelle, Stanislas Dutz et Mathieu Dasse.

Le 23 Avril 1803, le maire David accorda l'autorisation de faire des collectes pour le rachat des meubles et ornements de l'église; les directeurs de la chapelle se chargèrent de cet office, ils étaient, d'après les signatures des pièces, Messieurs Hubert-Joseph Arnoldy, Mathieu Ernotte, François-Joseph Grand­jean, Henri Dubois, D.-D. Dormant, Noël Servais et Antoine Gobsé.

Ces directeurs s'étaient peut-être constitués pour la circonstance, car le 4 Novembre 1804, furent officiellement appelés à ces fonctions MM. Jean Weber et Noël Servais.

Ces nouveaux administrateurs, par arrêté du 10 Février, reçurent le titre d'économes de la chapelle des ex-Récollets.

Le premier fut remplacé l'an 1808 par Jean Evrard Arnoldy, fils, lequel céda sa place à son père, Hubert-Joseph Arnoldy en 1810 et en 1811 un troisième économe, Mathieu Ernotte, leur fut adjoint.

En 1823 l'administration se forma de MM. P.-W.-J. Delahaye, vicaire, Henri Genin, Louis Nouveau, H.-J. Arnoldy et Noël Servais.

Le 31 Décembre 1826, M. Noël Servais se démit de ses fonctions d'économe lors de l'érection de l'église en succursale, et l'administration fut alors composée de MM. Meunier et Brosky, desservants, Henri Genin, Louis Nouveau, Ant.­Joseph Lamberty.

Notons que jusqu'à cette époque les lettres adressées par les directeurs à notre magistrature, portèrent pour suscription: Aux nobles et honorables Seigneurs les membres de la Régence de Verviers.

En 1833 fut enfin constitué le Conseil de Fabrique de N.-D., composé de Messieurs Henri Genin, Louis Nouveau, Jean-Jacques Lejeune, Nicolas-Bernardin Lonhienne-Biolley, Isidore-Xavier Vandersavel-Arnoldy, Laurent Grand­jean-Douha, Noël Servais, H.-E.-J. Detrooz et F. Keppenne.

De nombreuses mutations se sont produites depuis.

Les membres actuels, sont:

Messieurs Alphonse Lefebvre, Auguste Renkin-Flagontier, Pascal Sagehomme, Léonard Fischer, Félicien Chapuis, Gilles-Joseph Nautet-Hans, Jean Seret, Jean- Louis Troupin et Jean-Joseph Parmentier.

Quant au trésor de la chapelle, il est confié aux soins dévoués de Mademoiselle Mélanie Pirard.

DES BANCS.

L'établissement de places réservées avant été l'une des premières ressources des édifices religieux, nos Récollets asservirent aussi cet usage à l'ornementation de leur église (la chapelle, ne fut entourée que de bancs ouverts qui disparurent il y a peu d'années).

L'usage de ces privautés y avant été interrompu à la fin du dernier siècle, les propriétaires néanmoins les reprirent lors de la reddition de l'église au culte, et en jouirent jusqu'au jour de l'incendie. En 1818, ils réclamèrent de nouveau leurs droits, après la réédification. Alors, l'on évoqua contre eux:

1° Les principes des mandements des évêques, disant que les concessions du genre étaient toujours révocables pour cause d'utilité, en indemnisant les propriétaires.

2° Que les propriétaires avaient perdu leurs droits anciens par les décrets déclarant biens nationaux et vendant le couvent et l'église.

3° Que les anciens possesseurs n'avaient acquis droits nouveaux que par l'arrêté municipal, du 20 Juillet 1806, admettant qu'au moyen d'une légère rétribution ils rentreraient dans la jouissance, à perpétuité, de l'objet en litige.

4° Que vu le cas de force majeure produit par l'incendie, cette jouissance avait cessé, aucun des dits obtenteurs n'ayant coopéré au rétablissement de l'église.

Cependant, les administrateurs offrirent aux réclamants de leur céder titre nouvel moyennant 150 francs par banc, y compris le lambris.

Cet accord étant établi et les titres présentés, ceux-ci selon leur rang d'ancienneté eurent droit au choix.

Quant aux aspirants propriétaires, soumis aux mêmes conditions de prix, ils reçurent leur lot par un tirage au sort qui eut lieu le 20 Février 1818.

De nos jours, l'état et les besoins de l'église devenue paroissiale ayant excité des réclamations, il fut décidé que les acquéreurs de titres reconnus en auront l'usage leur vie durant, et cela, à partir du 5 Avril 1857, jour auquel furent émises à ce sujet, et les clauses de la délibération du Conseil de Fabrique, et la Circulaire du bureau des Marguillers.


DES CLOCHES.

La tourelle qui les renferme, surmontant la façade de la chapelle, est courronnée par la croix de l'ancienne flèche de l'église, cet objet fut retrouvé en 1817 dans les restes de l'incendie,

Quant aux cloches, elles sont toutes deux de provenance étrangère:

La plus forte fut la seconde de celles qui, au siècle dernier, vibrèrent au joli clocher d'Ensival, elle en fut descendue lors de l'édit les concernant et rachetée par Madame Jean-Nicolas David, d'Ensival, née Elisabeth Pirard, de Verviers.

Aussitôt après l'incendie de 1810, cette généreuse dame l'offrit pour desservir la chapelle restaurée.

Cette cloche porte en relief cette inscription

Sanctae Joseph patronae Ecclesiae Ensivaleusis interce pro nobis sumptibus oppidi Cura Reverendi Pastoris Dni Nicolaï Poulet.

M. Nicolal Franquinet et Petri Joseph Fauconnier Consulum, Comparata commissariarum quae Josephi Moray, Quirin Chanxhe, Bernacle Halez et Mathei Despa, d'Ensival.

Marine et Parin M. Laurent Polis, Marchand et MlIe Christine Thérèse Thiriard, marchane à Ensival. A° 1741. - A. I. Chaudoir conflata.

La seconde cloche fit partie du carillon de l'église des Croisiers, de Liège. Ce jeu étant devenu propriété et meuble de notre hôtel-de-ville, ne sut y remplir son office; après plusieurs années d'essais infructueux, feu le bourgmestre David, permit aux administrateurs de la chapelle de disposer de la pièce principale du dit carillon. L'on y voit ces mots:

Santae Augustine

Ora pro no. 1664.

Le hasard veut que cette date soit celle où fut érigée la statue de la Vierge des Récollets


ÉTAT ACTUEL DE LA CHAPELLE.

La façade de l'édifice, précédée d'un parvis de deux marches, sémi-circulaires, est construite en pierre bleue dite de taille, surmontée d'un clocheton s'élevant au-dessus d'un tympan cintré, posé sur deux doucines et percé d'un oeil de boeuf orné d'une horloge.

Au milieu de cette face s'ouvre une vaste fenêtre, sous laquelle est un Christ en bois, aux côtés duquel sont deux niches contenant les figures des saints Remacle et Hubert. Ces statues en bois, jadis posées en l'ancienne église paroissiale, remplacèrent ici deux statues de pierre de sable, brisées vers 1793; ces premières représentaient saint François et saint Antoine de Padoue.

La base de l'édifice est percée de trois portes cintrées donnant accès, d'abord à la chapelle.

Celle du centre fut autrefois précédée d'un édicule en pierre, qui abritait les fidèles allant y prier après la fermeture de la chapelle.

Celle-ci en son ensemble offre une disposition très pittoresque, étant entourée de galeries au-dessus desquelles s'élèvent l'autel et le groupe vénéré. Ce tout surmonte trois portes carrées, entrées de l'église primitive, à travers lesquelles le sanctuaire se présente dans un effet heureux de perspective.

Au-dessus, la Vierge miraculeuse apparaît se détachant de sa teinte foncée sur un fond doré, qu'entoure une boiserie sculptée; le tout est couronné d'un dais mi-partie carton-pierre et bois, formé par les frères Debra en 1855. A cette époque, la statue fut exhaussée de deux pieds, afin d'être vue en entier dès l'entrée dans l'enceinte inférieure. Aux côtés de l'autel s'ouvrent deux portes, la première donnant accès au jubé et la seconde servant de sacristie. Deux vastes bas-reliefs en marbre blanc les surmontent; celui à droite de l'autel est une descente de croix et le second représente l'Eucharistie consolant les âmes du Purgatoire. Ces pièces d'assez bon travail, mais très défavorablement posées, firent partie de la base de l'autel du Val Notre-Dame, dont il fut parlé p. 54.

Purgatoire
par Arnorld du Hontoire

Descente de Croix
par Cornélis, élève de Hontoire

Sainte Famille
1682, par Verbure, élève de Hontoire

Les stucs des parroies et de la voûte de la chapelle, furent entièrement renouvelés en 1852; en même temps fut complétée la galerie entourant l'enceinte; car auparavant elle se composait de deux pièces ayant chacune son escalier, l'une devant l'autel et l'autre longeant l'intérieur de la façade.

Dans le complément de cette tribune, l'on eut le bon goût de continuer l'ornementation de la balustrade primitive, d'un dessin très-original. Les deux parties anciennes, forment donc avec la statue et l'inscription de 1647, tout ce qui reste de la décoration première, démolie en 1853. L'on sait que celle-là offrait aussi un dais entièrement en boiseries, parsemé d'anges, dont le plus grand, posé au centre au-dessus de la niche, jouait de la trompette. Cette figure dans l'acte de sonner ayant les joues gonflées, avait donné lieu au dicton populaire de boûflèie ange d'aux Récollets, surnom donné alors aux enfants bouffis.

La parroie revers de la façade, est ornée d'un harmonium et de trois tableaux méritants, dont deux d'école flamande, peints sur bois.

Le premier montre sainte Anne instruisant la Vierge, figures demi nature. Cette oeuvre fut donnée par feu Martin Franck, ouvrier tondeur, de la rue du Marteau.

Le second représente le crucifiement, figures grandeur académique. Il provient du couvent des Conceptionnistes de notre ville et fut offert par feu Noël servais, économe de la chapelle.

Le troisième peint sur toile est oeuvre et don de notre concitoyen M. Michel Bressy. Il représente la Vierge et l'enfant Jésus apparaissant à saint François.

Les figures en sont demi-grandeur naturelle et l'ensemble porte le cachet gracieux du coloris Anversois.

Disons aussi que la dernière restauration de la chapelle s'accomplit par des dons volontaires et surtout par le produit d'une tombola d'objets de tout genre, offerts à cette fin et exposés au local ancien de la Société Littéraire. Il y avait musique le dimanche de midi à une heure.


DES EX-VOTO PRÉSENTS.

D'entre les objets offerts par la piété ou la reconnaissance à la chapelle, se trouvent plusieurs des récompenses décernées aux braves. La plus ancienne pièce de ce genre est une médaille d'or, à l'effigie de Joseph Clément, électeur de Cologne en 1696.

Trois médailles en argent décernées par l'empereur Léopold d'Autriche, aux volontaires Limbourgeois en 1790. Elles portent le profil du monarque et au revers l'inscription

Fides

Fortibusque

Voluntariis

Limbugensibus

Palma.

MDCCXC

C'est-à-dire: A la fidélité, au courage des volontaires Limbourgeois , 1790.

Auprès de ces trophées se voient:

Une croix de saint Georges.

Deux croix de Fer.

Trois croix de la Légion d'Honneur.

Le don de l'une d'elles, provoqué par un voeu, se fit personnellement par le capitaine qui l'avait gagnée au service de France en Afrique. Cette belle récompense reste constamment attachée à la statue de la Vierge.

D'entre les objets d'intérêt particulier, sont encore deux petites figures agenouillées, en argent; voici en quelles circonstances elles furent offertes en 1835.

Feu Pierre Valentin Lemoine, négociant en laines à Smyrne et ayant habité notre ville, voyageait vers les sources du Danube, s'égara et cherchait vainement à obtenir des renseignements désirés, lorsqu'il aperçut une maison ayant l'aspect d'une auberge. Il s'y rendit, eut peine à se faire comprendre dans la langue du pays, et désespéré s'écria qué pay d'ché, qui dô mè'tirret! A ces mots, l'hôtesse transportée de joie répondit sainte Notrudamme, iè d'Haive! Cette brave femme était de Herve aussi et là établie avec son mari.

Laissons à penser si l'on fricota du wallon dont on n'avait ouï le son réjouis sont depuis longues années. L'heure de séparation arrivant, ces compatriotes supplièrent le voyageur d'attendre le souvenir qu'ils destinaient à la Vierge des Récollets; à cette fin ils firent exécuter leurs portraits dans les deux figurines reproduites ci-contre.

Les autres ex-voto se composent de cent et dix croix et bagues en or ou enrichies de diamants, et de 675 coeurs et objets en argent, plus deux coeurs en or, dont l'un de belle proportion orne aux solennités la statue de la Vierge.

Tous ces objets, disposés dans douze cadres et quatre chassis en forme de pyramides, ne sont exposés en totalité dans la chapelle, qu'aux fêtes de la Vierge.


DE LA COULEUR DE LA VIERGE DES RECOLLETS.

Selon toute probabilité, la statue fut posée à la façade de l'église en son état naturel de pierre de sable.

La déclaration écrite, faite en 1693 par Jean Sanglier, peintre, apprend « qu'il employa cinq à six jours à la nettoyer, lustrer et peindre » et non repeindre comme nous l'avons reproduit page 13, d'après la notice de 1842.

La ratification de 1696 ajoute que « le susdit a été requis des dits PP. Récollets, passé deux ans et d'avantage, devant le dit tremblement de terre, pour nettoyer la dite image et effigie, taillée en sculture en pierre de sable, et avoir employé à ce nettoiement cinq à six ou sept jours, si bien se recorde (s'il se rappelle bien) même de l'avoir relustrée. »

Cet espace de temps employé laisse à croire que l'ensemble était historié d'ornements et dorures, les attestations parlent de la boule bleue, du sceptre doré, de l'aspect plus pâle et plus vermeil de la figure.

L'on est donc en droit, d'après ces données, de tenir pour exacte la gravure coloriée qui en fut faite par J. Duvivier, de Liège, en 1710.

Une autre oeuvre la confirme, c'est la présence de deux troncs anciens qui se voient encore en la chapelle, et sur lesquels est reproduite la Vierge sous ses deux aspects. En la peinture, avant le changement ainsi qu'en la gravure, la robe est blanche et le manteau bleu; même couleur pour le globe, lequel est entouré de cercles jaune. En la seconde oeuvre, l'ensemble a une teinte uniforme gris-brunâtre.

Bragarde par son récit du changement de 1756, est le seul qui nous apprenne qu'à cette date, la Vierge, parut toute changée de couleur, mais il ne précise rien à ce sujet.

Dès 1692 la vénération ayant écarté du groupe tout contact étranger, le temps, dans l'espace d'un siècle, put y apporter une teinte foncée. L'on sait qu'en 1792, lors de la transformation de la chapelle en atelier de forgerons, des personnes pieuses y ayant reproché aux soldats telle profanation, ceux-ci répondirent:

Quoi, nos fourneaux gâtent votre Vierge? mais elle est noire! Du resta, cette image est connue depuis longtemps sous cette dernière dénomination. En fait de répétitions anciennes portant cette couleur, nous citerons celle qui se voit en une petite chapelle située près du château de Sclassin, dans laquelle les vieillards du voisinage se rappellent l'avoir toujours vue.

Jean Sanglier fut à notre avis le premier qui coloria le groupe, parce que sa déposition de 1693, ainsi que celle de Jean Quintin, même année, le disent de pierre de sable; ils avaient donc connaissance de la matière dont elle était, composée.

Detrooz en 1809, ne remarquant pas ces passages, croit la statue « d'une espèce de pierre noire ou de plâtre noirci. »

La notice de 1842 elle-même, émet que « la statue est probablement en pierre dure, une espèce de pierre de sable ou de grès, peinte en couleur noire, afin de lui donner un fini que la dureté de la matière n'avait pas permis à l'ouvrier de lui donner. »

Les moules, pris des deux bustes du groupe en son état naturel, ont prouvé la valeur du travail.

Le fait étrange de la restauration, eut pour résultat favorable de démontrer que l’oeuvre est bien en pierre de sable, composée de deux blocs intacts divisant, la hauteur, et que le changement de 1692 se fit « sans fraction comme dit le Me Berguenheuse.

Des traces des teintes primitives, furent retrouvées lorsqu'on nettoya le groupe jusqu'à la pierre en 1853.

A cette date, les deux figures furent vues en leur blancheur native pendant quelques jours, puis teintées de brun très-foncé, telles qu'elles sont aujourd'hui.

Disons aussi que les restes du grattage, furent recueillis précieusement et qu'il en fut fait de petites statuettes à l'imitation de la Vierge noire; elles furent vendues au profit de la restauration de la chapelle.

Un objet que rien ne mentionne est le globe bleu que tenait le petit Jésus, il disparut lorsque la main de l'enfant s'unit à celle de sa mère pour soutenir le sceptre.


ÉTAT ACTUEL DE L'ÉGLISE.

Le vaisseau en est vaste, de proportion allongée, 45 mètres sur 15, il est couvert d'un cintre surbaissé, porté par des pilastres corinthiens, espacés à droite par huit fenêtres arquées, et à gauche par autant d'arcades correspondantes, fermées, sauf pour le choeur qui est éclairé de chaque côté par deux fenêtres. Les ornements des pilastres et moulures des arceaux furent appliquées en 1857, par la libéralité de M. Renier Lejeune de Grand'Ry qui fit de même remettre au naturel puis vernir et dorer les autels et lambrisser l'église. A l'entour règne donc cette boiserie, d'un bon effet, surmontée des statues semi­colossales des Evangélistes et des Apôtres saint Pierre et saint Paul, dues au ciseau de Rendeux, le tout posé aussi à la date précitée.

Toutes les sculptures de cet entourage proviennent de l'église abbatiale du Val-Dieu, de même que les deux jolis confessionnaux ioniques, genre rocaille, d'un charmant dessin, lesquels portent, à leur front plein cintre, les armoiries de l'abbé Delcour, sous le règne duquel ils furent sculptés. Le confessionnal en face de la chair, provenant de l'ancienne église de Dison, porta les armoiries de la famille d'Orne, celles qui s'y voient y ont été rapportées depuis peu.

Sur cette boiserie sont disposés les tableaux des XIV Stations tels que les fit placer le Père Ancion, vers 1760; ils sont d'assez bonne peinture, leur aspect est agréable et leur conservation heureuse après tant d'épreuves.

Le jubé pose sur deux colonnes de marbre sainte Anne et les orgues qu'ils supportent furent acquis à l'abbaye susdite, ainsi que les lutrins et lambris du choeur. Ceux-ci sont ornés de deux toiles représentant la Nativité et le Christ au tombeau.

Ces oeuvres dominent à droite et à gauche la table de communion d'ordonnance ionique, composée des marbres rouge, blanc et noir. Les petits autels dédiés à la Vierge et à saint Antoine de Padoue ont pour principal mérite les statues qui les surmontent; elles sont demi-grandeur naturelle.

Celle de la Vierge, très élégante, était à cette même place du temps des Récollets et fut sauvée de l'incendie, comme on a vu page 51. Elle fut attribuée au célèbre Delcour; le saint Antoine appartint à l'église des Récollets de Liège.

Le maître-autel, d'ordre composite, bien pris dans ses proportions, est formé de quatre colonnes accouplées, espacées par un pilastre concave. Cette ordonnance posée sur des piédestaux élevés, ouvre une arcade plein cintre entourant le retable, elle est surmontée d'un front plein, orné d'un rayon, contourné de consoles; il supporte des anges provenant de l'autel du Val Notre-Dame.

Le tabernacle est d'un heureux effet et les adorateurs de bonne sculpture. Aux côtés de l'autel se voyent les statues semi-colossales de saint François et de sainte Barbe, provenant de l'église des Récollets de Liège.

Elles s'élèvent au-dessus de deux portes d'un travail intéressant, style rocaille qui présentent en leur panneau principal des bas-reliefs en bois d'un faire hardi; à droite la Résurrection, à gauche l'Ascension. Ces jolies pièces firent partie de la riche décoration de l'église des Chartreux de Liege.

Quant au tableau de l'autel, il est à notre avis le chef-d'oeuvre du peintre Fisen, de Liege. Cette toile, haute de 18 pieds sur 6 de large, représente l'adoration du Très-Saint-Sacrement posé sur le globe, entouré des Evangélistes et des Docteurs de l'Eglise.

Au-dessus du groupe de droite, sur un nuage, sont la Vierge, saint Joseph et saint Jean; au haut se voit Dieu le Père entouré d'anges, le Saint-Esprit domine cette belle composition.

L'ensemble est d'aspect heureux, montre de beaux types, des poses élégantes et l'exécution n'a rien de cette sécheresse que l'on remarque ordinairement dans les peintures de ce maitre fécond, au bas est la date 1679 et le nom de Fisen.

En 1838 ce tableau fut entièrement recouvert par un barbouilleur et remis en son état primitif en 1855, d'après les ordres de M. Renier Lejeune.

La paroissiale N.-D. en 1843, reçut le corps entier de sainte Justine, grâce à la sollicitude de feu le Rd Vincent Lamarche, alors Prieur des Dominicains, au couvent de la Minerve, à Rome.

La sacristie qui échappa au désastre de 1810, renfermait un tableau d'excellente exécution représentant la sainte Famille, peint, assure-t-on, par l'un des Pères Récollets; il orne aujourd'hui la chapelle de l'hospice Saint-Vincent.

Parmi les pièces d'argenterie ancienne, l'église possède encore un ostensoir propriété de la Confrérie du Très-Saint-Sacrement et réclamé à ce titre en 1797. Ses formes paraissent dater du commencement du dernier siècle, style Louis XIV, le travail en est distingué; son pied porte les armoiries de la famille Franquinet.

Notons maintenant qu'à propos de l'ensemble de l'édifice, le Révérend Curé actuel, dont le zèle pour la décoration intérieure de son église ne se ralentit pas un instant, ne renoncera point d'en voir l'extérieur enrichi à son tour.

Déjà en 1836 par ses soins parut 1° le projet d'un portique précédant la façade; l'ordonnance dorique en fut tracée par M. W. Herve; 2° le projet de construction d'une tour.

Faisons des voeux pour la réalisation de désirs cherchant à orner notre gracieuse vallée de monuments splendides.


DES CONFRÉRIES ÉRIGÉES & DES INDULGENCES ATTACHÉES A L'ÉGLISE N.D.

L'année mème où Verviers fut érigé en ville, l'an 1651, une Confrérie du Très-Saint-Sacrement de l'Autel s'établit dans l'église que les Récollets avaient, comme on a vu, consacrée en 1647.

Les bulles d'institution s'étant perdues, probablement l'an 1810, le Souverain Pontife Léon XII permit d'affilier la dite Confrérie verviétoise, à celle érigée sous le titre d'Archi-Confrérie de l'Adoration perpétuelle, établie dans l'église collégiale de Sainte-Marie de la Rotonde (Panthéon), à Rome. Dès lors, toutes les indulgences plénières et partielles que le Saint-Siège accorda à celle-ci, furent octroyées à la première, à condition d'accomplir les obligations voulues.

Le rescrit les concernant fut daté du 15 Janvier 1828.

La Confrérie de N.-D. de Miséricorde créée, comme on a vu p. 14, en 1698, vit renouveler aussi ses prérogatives; seulement elle changea son titre en celui de N.-D. Auxiliatrice, fut réérigée canoniquement le 20 Novembre 1834 et approuvée par un rescrit du Saint-Siège le 19 Décembre suivant.

La Confrérie du Très-Saint et Immaculé Coeur de Marie, fut instituée par Mgr Van Bommel, Evêque de Liège, le 18 Janvier 1842, et agrégée à l'Archi-confrérie de N.-D. des Victoires à Paris, le 7 Février même année.

Les faveurs spirituelles accordées à ces associations sont détaillées aux ouvrages cités p. 74, notés 1, 2, 4. En fait d'indulgences décernées à l'église N.-D., nous citerons les suivantes

1. Celles des prières de XL heures fixées au 8 Septembre et obtenues en 1818, à la demande du Rd Tousst ColIette, curé de Saint-Remacle.

2. L'indulgence de la Portioncule, dite Pardons de Saint-François, attachée à l'ordre de Franciscains. Elle a été rendue à l'église N.-D. le 14 Juillet 1820, par le Pape Pie VII; à la demande des directeurs de la Confrérie du Saint­Sacrement. Elle lui est accordée à perpétuité jusqu'au rétablissement des PP. Récollets dans leur ancienne église.

3. Les indulgences des Stations, renouvelées en 1834 par bref du Pape Grégoire XVI.

4. L'indulgence plénière et perpétuelle pour tous les jours de l'année, accordée par S.S. Pie IX, le 19 Décembre 1846.

5. Les indulgences du Tiers-Ordre de Saint-François. Cette association supprimée depuis la dispersion de nos Récollets, fut rétablie pour l'église N.-D. le 8 Octobre 1847, par Frère Archange Vendrickx, lecteur en théologie de l'ordre des Frères Mineurs Récollets, ministre provincial et serviteur de la province belge de Saint-Joseph.

La paroisse N.-D. possède quatre sociétés concourant aux solennités religieuses avec le zèle le plus louable; elles portent les titres de

Saint-Pierre, pour la place des Récollet; son autel fut sculpté en 1777.

Saint-Paul, rue du Marteau.

Saint-François, rue Spintay.

Saint-Roch, rue Xhavée et place Verte.

Saint-Louis de Gonzague, rues du Brou, de l'Harmonie et du Canal.


PRIÈRES DU SOIR ET NUIT DE NOEL.

Un fait curieux â observer, est la dévotion incessante qui se manifeste au parvis de l'église N .-D. Dès l'aube, avant l'ouverture des portes, des fidèles y sont agenouillés; et le soir, jusqu'à une heure avancée, il est rare de n'y pas voir nombre de personnes de tout âge, bravant les intempéries afin d'y confier leurs voeux à la Mère de Miséricorde.

Aucune autre église n'offre pareil concours; chaque événement ou épidémie y manifeste ses terreurs par la présence de villages entiers s'y rendant en procession et priant à haute voix.

L'époque du choléra parmi nous y vit paraître la plus grande partie des populations environnantes, leur nombre obligea la défense des prières à haute voix en traversant la ville.

Nul autre sanctuaire n'offre de manifestations de ferveur plus frappantes que celles qui s'y pratiquent aussi chaque année la nuit de Noël.

Depuis l'absence de la messe de minuit, et malgré la fermeture de l'édifice, à cette heure mémorable, une foule de fidèles, dont le nombre s'élève à plusieurs milliers, stationne devant l'église. Au premier coup de minuit, la plupart allume des cierges, se met à genoux par n'importe quel temps, prie pendant quelques minutes avec un recueillement parfait, puis se retire.

La nuit de Noël 1859 s'y fit remarquer par une assistance innombrable qui couvrait la place et ses abords. Malgré des exhortations parties du haut même de la chaire, contre cet usage, le 25 Décembre 1861 a prouvé, une fois de plus, combien nos populations sont attachées et persévérantes dans leurs pieuses pratiques.

Puisse le Ciel, leur accorder sans trêve, la grâce de trouver par la prière une constante et douce consolation dans leurs peines, un élan inspiré de reconnaissance, pour l'accomplissement de leurs voeux.


LISTE DES VICAIRES AVANT DESERVI LA PAROISSIALE N.D.

1. Feu le révérend Mathieu-Antoine Brosky, né à Herlen, le 22 Septembre 1799.

Après avoir consacré ses premières années à l'instruction, il fut ordonné prêtre à Malines, le 13 Décembre 1824, et nommé vicaire de Notre-Dame à Verviers en 1825.

Promu à la cure de Soiron en Mars 1837, il y expira le vendredi 16 Février 1844, à trois heures de l'après-dînée, dans sa 45e année, la 20me de prêtrise.

En lui un zèle actif et prudent, un dévouement sans fin et surtout une charité immense, excitèrent une admiration générale. L'on peut dire qu'aux yeux de tous ceux qui eurent le bonheur de le connaître, il mourut en odeur de sainteté.

2. Le révérend Jean-Joseph Spits, né à Barchon-Cheratte le 30 Mai 1808, fit ses études successivement au Val-Dieu, à Argenteau, au Collége philosophique de Louvain et au Séminaire de Liège.

Ordonné prêtre en 1833, il fut nommé vicaire de N.-D. le 13 Août même année, et curé de Melen le 15 Novembre 1842, où il fut installé le 30 du même mois.

3. Le révérend Jean-Joseph Heuschen, né à Henri-Chapelle, le 3 Mars 1800, fit ses études à Saint-Roch et au Séminaire de Liège.

Ordonné prêtre le 12 Août 1833, il fut nommé vicaire à Mechelen, canton de Galoppe, puis transféré en la même qualité à l'église paroissiale de N.-D. le 12 Juin 1836.

Appelé à la cure de José, canton de Herve, le 1er Janvier 1843, il fut transféré à celle de Cheneux, canton de Stavelot, le 9 Septembre 1858.

4. Le révérend Jacques-Antoine-Lambert Winders, né à Anvers le 9 Février 1811, fit ses études comme suit:

Humanités à Weert, Philosophie à Rolduc et Théologie à Liège.

Nomme vicaire de N.-D. le 6 Septembre 1837, il fut, sur sa demande, transféré en la même qualité à Clermont, canton d'Aubel, le 22 Septembre 1840.

Installé premier curé de Nessonvaux en 1845, il obtint la cure de Wonck, canton de Glons, le 30 Janvier 1855.

Il a publié: Ce que c'est que la soi-disant Eglise chrétienne évangélique, ou Tableau de la prétendue réforme, présentée à ses paroissiens, par J.-A.-L. Winders curé de Nessonvaux. 1 volume in-18, 1848.

5. Le révérend Pascal-Joseph Jacquet, né à Verviers, après avoir été vicaire de Saint-Barthélemy à Liège, venait d'être nommé au même titre à N.-D. lorsqu'il mourut à Verviers, le 22 Avril 1841, âgé de 33 ans, sa 11e de prêtrise.

6. Feu le révérend Christophe-Joepli Speder, né à Stavelot le 11 Février 1818, ordonné prêtre à Liège le 17 Décembre 1842, et nommé aussitôt vicaire de N.-D. Il y mourut le 6 Mars 1845, dans sa 28me année, 3e de prêtrise.

7. Le révérend J.-J. Marchand, fut chargé du vicariat de N.-D. pendant le cours de 1844. Nommé en la même qualité à Rausa, il fut appelé â la cure de Dreye, canton de Saint-Georges, en 1854.

8. Le révérend Pierre-Joseph Langohr, né à Gemmenich, canton d'Aubel, le 15 Août 1821, fit ses humanités à Rolduc et sa théologie à Liège.

Il fut ordonné prêtre et devint vicaire de N.-D. en 1844.

Nommé curé de Comblain-à-la-Tour le 25 Février 1851, il fut transféré au même titre à la Clouse, canton d'Aubel, le 8 décembre 1855. Son installation y eut lieu le 10 Janvier 1856.

9. Le révérend M. Antoine-Joseph Dehareng, né à Rocour, le 22 Août 1825.

Il fit ses études successives chez les Jésuites à Liège, à Rolduc, â Saint­Trond et au Séminaire de Liège.

Il fut nommé vicaire de N.-D. le 4 Avril 1851, et curé de Feneur, canton de Dalhem, le 18 Juillet 1861.

Les vicaires actuels sont :

10. MM. le révérend Jacques-Nicolas-Joseph Boden, né à Bettincourt, en Hesbaye le 16 Mai 1816.

Il fit ses études aux Séminaires de Rolduc et de Liège.

Nommé vicaire à Genette en 1842, il fut transféré en la même qualité à N.-D. en 1845.

11. Le révérend François-Joseph-Antoine Frédéric, né à Saint-Séverin, en Condroz, le 31 Décembre 1833, fit ses études au Séminaire de Saint-Trond, fut nommé vicaire à Tilf le 1 Juillet 1861, puis vicaire de N.-D. le 1er Octobre suivant.

La paroisse de Notre-Dame a le bonheur de posséder encore son premier Curé, le très-Révérend Barthélemy-Charles-Eugène Meunier, né à Huy le 17 Juin 1803.

Il accomplit avec beaucoup de distinction ses humanités au collège de Huy, et en Octobre 1821 entra au Séminaire de Liège, où il acheva avec succès et rapidité sa philosophie. Des qualités éminentes le firent nommer en Octobre 1822, professeur de Rhétorique au petit Séminaire diocésain de Saint-Roch, où il enseigna jusqu'à la fermeture de cet établissement. Le 30 Mars 1826 il fut nommé vicaire de N.-D. , et le 5 Avril suivant ordonné prêtre à Malines.

L'acte de son installation en qualité de Curé date du 7 Février 1833, son installation eut lieu le 14.

Ce digne pasteur, pénétré d'un dévouement et d'un zèle qui va croissant, a publié:

1. Recueil des Indulgences accordées à la Confrérie du Très-Saint-Sacrement, érigée dans l'église des RR. PP. Récollets (aujourd'hui église auxiliaire de N.-D. à Verviers), depuis l'an 1651 et agrégée à l'Archiconfrérie de l'Adoration perpétuelle du Très-Saint-Sacrement, établie dans l'église de N.-D. de la Rotonde, à Rome, en vertu d'un rescrit de Sa Sainteté Léon XII, en date du 15 Janvier 1828. Liège, lib. de Kersten. Petit in-18, 22 pages.

2. Manuel d'Instructions et de Prières à l'usage des membres de la Confrérie du Très-Saint et Immaculé Coeur de la Bienheureuse Vierge Marie, établie dans l'église paroissiale de N.-D. des Victoires à Paris, sous le titre d'Archiconfrérie, et dans l'église paroissiale de N.-D. à Verviers, au diocèse de Liège. - Imp. de A. Remacle, 1842. Petit in-18, 72 pages.

3. Notice Historique sur les changements prodigieux et les faits miraculeux qui ont eu lieu depuis le 18 Septembre 1692, sur la statue de la sainte Vierge, honorée dans l'église paroissiale de N.-D. à Verviers, autrefois église des RR. PP. Récollets.

Publiée à l'occasion du troisième jubilé de cinquante ans, qui a eu lieu en mémoire de ces changements, en 1842. - Verviers, imp. de A. Remacle, place du Marché, 1842. Grand in-18, 34 pages.

4. Notice Historique sur les changements prodigieux et les faits miraculeux qui ont eu lieu le 18 Septembre 1692, dans la statue de la sainte Vierge Marie, honorée dans l'église des PP. Récollets, maintenant église paroissiale de N.-D. à Verviers. Contenant les documents authentiques sur ces changements et sur les guérisons obtenues de 1692 à 1696, d'après le manuscrit, aux actes originaux qui se trouvent dans les archives de l'hôtel-de-ville de Verviers. - Verviers typ. G. Nautet­Hans, place des Récollets, 1855. Grand in-18, 331 pages.


DES TOMBES ANCIENNES.

Peu de renseignements existent à leur sujet, le présent recueil a noté p. 7 celles de la famille de Herve et de Jacques Antoine Pirons.

Au choeur aussi était celle de Dom Georges Tirsay, de Verviers (cité p. 11), moine Bénédictin du monastère d'Arras, professeur de philosophie à l'université de Douay; il mourut en notre ville le 17 Août 1677. La p. 25 cite le point où reposa l'un des défenseurs de Stembert en 1678.

Lors du déblayement des ruines en 1817 l'on trouva l'ancien pavé en grande partie brisé, calciné, il fut refait à neuf. Cependant parmi les débris dont se composèrent les dessous des bancs, nous avons pu voir il y a quelques années, grâce au déplacement d'une partie de ces meubles, deux restes d'inscriptions tumulaires que voici:

La 1er disant: A Walter Fromanteau, mort le 3 Juillet 1761; jadis vicaire de ce couvent, il en était actuellement le Gardien.

C'est du moins le sens que nous croyons pouvoir attribuer, en complétant le dernier mot par GUARDIANUS.

A la p. 33 en la liste des gardiens de nos Récollets l'on a vu qu'en 1761 Frère J .-T. Fromanteau eut pour successeur F. Michel Bacquet.

La présente inscription lui donne son vrai nom de baptême et non celui de religion.

Voilà donc l'unique monument connu jusqu'à cette heure rappelant la mémoire de l'un des chefs de notre communauté franciscaine.

Voir pour le complément de cette 2e tombe p. 90, à la date du 9 Octobre 1705.

Aujourd'hui il ne reste de visible qu'un seul fragment tumulaire, sur lequel par un rapport bizarre n'existe qu'un mot entier, Omnibus: à tous.


DES MARIAGES CÉLÉBRÉS AU COUVENT DE NOS RÉCOLLETS.

Le premier exemple que nous en rencontrions date d'une licence accordée le 12 Janvier 1715 pour la célébration de mariage qui eut lieu le 27 du même mois, par le prêtre Idoneo, entre: Jacques Denis de Nizet, et Mademoiselle Marie Françoise Hauzeur.

Les témoins furent Jean François Paheau, Récollet; Jean François Hauzeur et Marie Bernard Lezaak.

Le second exemple s'offre au 16 Juin 1719, pour J. Guillaume de Wez, de Herve, et Catherine Gauthier, de Vervier.

Témoins : Frère, Pierre de Mazure et Martin Sochlet.

Ces pièces ayant été trouvées pendant l'impression de la présente brochure, les noms des deux Récollets précités s'ajouteront à la liste des religieux donnée plus haut et nous y joindrons les Frères Mathieu Chaussette et Martin Henrard, tous deux lecteurs en théologie et qui signèrent l'approbation émanée du couvent de Vervier en faveur du livré des Méditations sur le Chemin de la Croix, du Père Ancion (voir page 34). Cette attestation est datée du 4 Avril 1773.


TEXTES NON TRANSCRITS

LISTE ET DATE DES INUMATIONS AYANT EU LIEU DANS LE COUVENT, L’EGLISE & LA CHAPELLE DES PP. RÉCOLLETS, p. 74 à 97.

FRAGMENTS D’UNE LISTE D’ENFANTS NES SANS VIE.

EXTRAIT D'UN IMPRIMÉ DE 1697.


(1) Le type des Franciscains étant la pauvreté, leur costume brun, fait de laine non teinte, porta des pièces ajoutées comme si le vêtement était usé.

L'ordre se divisa en deux branches

1° Les frères mineurs dits conventuels ou des couvents, autorisés par Léon X à posséder de biens en commun et n'observant plus leur règle en sa stricte rigueur.

2° Les frères mineurs dits observantins ou de l'étroite observance, et nommés Récollets et Capucins, ne différant en leur tenue que par la barbe que portent ceux-ci, et dans leurs voeux que de nom; car les uns et les autres observent une entière pauvreté en appliquant la règle exacte de saint François.

Les Récollets portèrent dont les pièces sans la barbe, et les Capucins conservèrent ces deux objets. Ces derniers prirent nom de leur capuce ou petit capuchon.

Quand aux conventuels, ils se partagèrent aussi en deux classes, les cordeliers vêtus de drap gris, n'ayant ni pièces ni barbes, et les Picpus portant la barbe et non les pièces.

Pour les premiers, la ceinture de corde a trois noeuds qu'ils portaient leur servit de baptême. Il leur fut octroyé â la Croisade: Saint Louis écoutant le récit de leur valeur dans la mêlée demanda leur nom, l'on répondit qu'ils étaient ceux de cordes liés. La seconde classe, les Picpus, du Tiers­Ordre, furent ainsi nommés parce que le siège de leur maison regardée comme principale, était le village de Picpus, aujourd'hui enclavé dans Paris.

Ait second rang de l'ordre des Franciscains, furent placées les pauvres clarisses, et au troisième les hommes et femmes pénitentes du Tiers-Ordre vivant ou non en communauté.

L'on sait que le nom de Frères mineurs est dû à l'humilité du saint fondateur qui, diacre, ne voulut point se laisser élever â la prêtrise.

Cette gloire d'Assise fut fils de Pierre Bernandou et de N. Pique. Né en 1182, il fut baptisé sous le nom de Jean, puis surnommé François parce qu'il apprit en peu de temps la langue française.

La forme du costume adopté provint de ce que le saint, dégoûté du monde, se vouant à Dieu, rendit ses habits à son père, en présence de l'évêque d'Assise, lequel le revêtit d'une robe à capuchon ayant appartenu à un berger, ce fut ce vêtement que les disciples reproduisirent jusqu'en son usure,

(2) Un manuscrit, oeuvre de Idon, d'Ensival, rapporte deux faits identiques mais sans y mentionner d'étudiants, l'un eut lieu en 1755 en faveur d'un homme arrêté « pour des crus de filés environ un clou et délivré allant vers Franchimont. »

L'autre se passa le 13 Octobre 1779 « François Boxho arrêté le 12 dans la rue Hodimont était conduit à Franchimont, lorsque le détachement fut attaqué entre Heusy et la Bouquette, il riposta par quatre coups de feu; un jeune homme de 17 ans, nommé Layon, y mourut, muni de l'absolution. »

(3) Nous trouvons encore aux archives une note datée 1740 et portant que cette année, il fut accordé 200 florins Brabant pour les sermons, les frais de représentation et de construction du théâtre élevé sur la place du Werihas ou des Récollets.

(4) En 1792, cette charge se rétribuait 24 florins, annuellement.

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